Le mois d’avril 2023 au sud- Caucase en bref…

Le mois d’avril a été marqué au Karabakh par la poursuite de l’enlisement du processus de paix, chaque protagoniste campant sur ses positions. L’Azerbaïdjan a fait savoir par la voix de son président le 18 avril que «Les Arméniens vivant au Karabakh devraient soit accepter la citoyenneté azerbaïdjanaise, soit trouver un autre endroit où vivre». L’Arménie a continué de dénoncer un génocide en cours et une politique de nettoyage ethnique planifiée tout en tenant un discours assez confus sur le plan du droit international à l’image de celui du Premier ministre Nikol Pachinian le 18 avril devant le Parlement, reconnaissant l’intégrité territoriale de son voisin mais critiquant en même temps une politique dite maximaliste de ce dernier. Il est à noter que le 17 avril a été nommé en Azerbaïdjan un nouveau chef du service d’État pour la mobilisation et la conscription et qu’au début du mois de nombreux exercices militaires ont eu lieu alors que le colonel général Zakir Hasanov, rencontrait le directeur de la technologie de la société turque Baykar. La partie russe a expliqué la situation à la fin du mois par l’absence de progrès de négociations sous son égide du fait d’un interventionnisme opportuniste des Occidentaux, tout en se disant «gravement préoccupée». Les visites de la ministre des Affaires étrangères française en fin de mois dans la région, qui a demandé le rétablissement de la libre circulation dans le corridor de Latchin, n’a pas changé la rivalité franco-azerbaïdjanaise désormais consommée, preuve en sont les termes exacts de son homologue : «la position affichée par la France pendant la période post-conflit n’a pas contribué au processus de paix».
Sur le terrain, les manifestations écologistes pro-gouvernementales azerbaïdjanaises se sont poursuivies dans le corridor de Latchin (138ème jour au 28 avril) ne permettant que le passage quotidien des véhicules des forces de maintien de la paix russe et du CICR, et occasionnant une crise humanitaire qui s’aggrave de jour en jour pour la population arménienne du Karabakh. A partir du 23 avril, la partie azerbaïdjanaise a bloqué la passerelle d’Hakari dans le corridor de Latchin en construisant un nouveau point de contrôle afin, selon les autorités de lutter contre le transport illégal de fournitures militaires de l’Arménie vers l’enclave «avec le soutien des casques bleus russes». De nombreuses accusations réciproques de rupture de cessez-le feu ont été à déplorer (3 morts et 4 blessés azerbaïdjanais et 5 morts et 6 blessés arméniens) alors que le nouveau commandant des forces de maintien de la paix russe a été remplacé le 25 avril par le colonel-général Alexander Lentsov, conseiller du ministre de la défense Sergueï Choïgou.
Le mois d’avril 2023 a débuté par le 57eme cycle des Discussions internationales de Genève concernant la stabilité en Transcaucasie. Ce cadre est le seul à réunir les parties abkhazes, sud-ossètes, géorgiennes, russes et états-uniennes, à la table des négociations, sous la coprésidence des Nations Unies, de l’Union Européenne et de l’Organisation de sécurité et de coopération en Europe. Les coopérations russo-sud ossètes et surtout russo-abkhazes ont évolué dans le sens du renforcement, notamment concernant le tourisme et l’économie. Les parties sud-ossètes et abkhazes ont également renforcé leurs coopérations avec la République Arabe Syrienne. Cet affermissement des relations bilatérales syro-abkhazes et syro-sud ossètes se sont établis sous la coordination russe. Toutefois, cette dernière tend à s’effacer de plus en plus. Également, les tensions sont moins fortes aux frontières entre la Géorgie et les deux États proclamés indépendants. Ce constat a pu être expliqué par la volonté abkhaze de se déterminer en plate-forme commerciale mais aussi par une plus grande flexibilité durant les vacances de Pâques. Enfin, la Cour Européenne des Droits de l’Homme a déclaré que dans sa décision Géorgie c. Russie (IV), la requête était recevable. Le cas doit être rejugé sur le fond.
Sur le plan des politiques commerciales, énergétiques et de transport dans la région, on aura remarqué la signature d’un protocole d’accord entre le port de Bakou et le port de Qingdao, l’un des plus grands ports de Chine, avec l’intention de transférer des marchandises du Japon et de la Corée du Sud via le «corridor du milieu», un accroissement des relations bilatérales entre l’Azerbaïdjan et Israël, ou avec la Bosnie-Herzégovine par le biais d’un accord de partenariat stratégique.
A la visite du ministre de la défense azerbaïdjanais, Zakir Hasanov, au Kazakhstan le 18 avril afin d’étudier ensemble les perspectives de coopération dans les domaines militaire, militaro-technique et militaro-éducatif, a correspondu des consultations politiques de l’Arménie avec l’Inde et l’Iran.
À propos de l'auteur
Morgan Caillet
Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.



