La Géorgie entre influence russe et aspirations occidentales – Point de situation au 30/10/2024

Contexte électoral et premières réactions
Le 26 octobre 2024, à la fermeture des bureaux de vote en Géorgie, des sondages de sortie de vote divergents ont incité le parti au pouvoir, Georgian Dream (GD), et l’opposition à se déclarer chacun victorieux. Bidzina Ivanishvili, président honoraire de GD, a affirmé que le parti allait rester prédominant, envisageant un avenir prospère pour la Géorgie sous sa gouvernance. Parallèlement, les leaders de l’opposition, telle Tina Bokuchava de l’UNM-Unity, ont célébré une « victoire symbolique » de l’aspiration européenne. Mamuka Khazaradze de Strong Georgia a qualifié cette élection de rejet du « gouvernement pro-russe », alors que Giorgi Gakharia de For Georgia a appelé à la prudence, mentionnant les marges d’erreur et encourageant l’attente du décompte final.
Rapport préliminaire de l’OSCE et conclusions sur le processus électoral
L’OSCE a rendu un rapport soulignant la polarisation et des préoccupations sur l’impact de lois récentes sur les libertés fondamentales. Malgré une campagne généralement libre, des pressions persistantes sur les électeurs du secteur public ont suscité des inquiétudes quant à l’intégrité du scrutin. L’OSCE déplore des modifications législatives, depuis 2020, qui déstabilisent le cadre juridique au profit du parti au pouvoir, créant un déséquilibre dans le financement de campagne. Le jour du vote, des incidents d’intimidation et un manque de transparence dans le processus de comptage ont été signalés, minant la confiance des électeurs dans les institutions.
Les résultats officiels donnent GD vainqueur avec 53,92 % des voix, contre 37,78 % pour les coalitions d’opposition. Alors que GD bénéficie d’un soutien massif dans les zones rurales et parmi les minorités ethniques, il perd du terrain dans les grandes villes et chez les émigrés, où il n’obtient que 15 % des voix.
Réaction de l’opposition
Le 29 octobre, les quatre principales forces d’opposition géorgiennes — Unity/UNM, Coalition for Change, Strong Georgia et For Georgia — ont annoncé qu’elles rejetaient les résultats officiels des élections parlementaires du 26 octobre, dénonçant un complexe système de fraude électorale. Elles refusent de légitimer le nouveau parlement et appellent à l’organisation de nouvelles élections sous administration internationale.
Certains partis ont directement promis de ne pas siéger au parlement, retirant leurs listes de candidats, tandis que d’autres ont exprimé des intentions similaires de manière indirecte. Les partis de l’opposition se sont engagés à poursuivre leur lutte pour prouver la fraude présumée et réclamer une nouvelle élection.
La présidente Salomé Zourabichvili a annoncé ne pas reconnaître les résultats, qualifiant l’élection de « falsification massive » et d’« opération spéciale russe » contre la démocratie géorgienne. Elle a invité les citoyens à manifester pacifiquement le 28 octobre pour contester les résultats et défendre leur droit à des élections libres, tout en sollicitant le soutien des partenaires internationaux pour une enquête approfondie et de nouvelles élections .
Réactions des observateurs de pays tiers
Le groupe d’observation local My Vote a dénoncé un système de fraude électorale massif et demandé l’annulation de 300 000 votes, citant des violations systématiques et des manipulations préparées en amont du scrutin. Parmi les preuves fournies figurent des témoignages et des images, déposés auprès des missions d’observation et du parquet.
Certaines nations, telles que le la Suède, ont exprimé leur inquiétude et suspendu leur coopération en réponse aux allégations de fraude électorale. Le Canada a annoncé une réévaluation de ses relations avec la Géorgie, insistant sur le respect des droits de l’homme et des normes démocratiques. De même, la Suède a suspendu son aide à l’administration géorgienne, réclamant un retour aux standards de l’UE .
Le 27 octobre, plusieurs parlementaires européens ont publié une déclaration affirmant que l’UE ne pouvait pas reconnaître ces élections « ni libres ni équitables ». Ils dénoncent l’usage de la peur, de l’intimidation et des attaques contre l’opposition, appelant à des sanctions ciblées. La déclaration critique la politique de GD incompatible avec les valeurs européennes et exprime des préoccupations sur une possible « bélarussification » de la Géorgie .
Reconnaissance internationale des résultats
En revanche, quelques leaders internationaux, notamment le Premier ministre hongrois Viktor Orbán et le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, ont félicité GD pour sa victoire, louant la stabilité et le soutien aux « valeurs traditionnelles » en Géorgie. Du côté russe, les sénateurs Aleksey Pushkov et Grigory Karasin ont salué la participation élevée et souligné l’atmosphère sereine des élections, affirmant que le succès de GD garantirait la stabilité politique en Géorgie .
Des responsables russes accusent l’Occident de « néocolonialisme » et d’ingérence en Géorgie après les récentes élections parlementaires. Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a critiqué les avertissements américains de « conséquences » pour la Géorgie, les qualifiant de tactiques néocoloniales. Dmitry Peskov, porte-parole du Kremlin, a également accusé la présidente géorgienne Salome Zourabichvili de tenter de « déstabiliser » le pays en contestant les résultats et en appelant à des manifestations. Il a affirmé que l’influence étrangère venait de l’Europe, pas de la Russie, et a souligné que le choix du peuple géorgien devait être respecté sans ingérence extérieure.
À propos de l'auteur
Alexis de Varax
Alexis de Varax est analyste géopolitique. Il est diplômé en géopolitique et philosophie, spécialisé dans les dynamiques politiques du Caucase et de l'Europe de l'Est. Il contribue à la production de veilles géopolitiques hebdomadaires et d'analyses approfondies sur les relations internationales et les enjeux contemporains dans les pays post-soviétiques.



