La Géorgie entre influence russe et aspirations occidentales – Point de situation au 25/09/2024

Politique intérieure : répression et contrôle des ONG
Le 24 septembre, le Bureau Anti-Corruption de Géorgie a classé plusieurs organisations de la société civile (OSC), dont Transparency International Georgia et Vote for Europe, comme « acteurs politiques » ayant des objectifs électoraux.
Cette décision impose à ces organisations de soumettre leurs états financiers conformément à la loi géorgienne sur les associations politiques. Les critiques y voient une tentative du parti au pouvoir, Rêve Géorgien, de renforcer son contrôle sur les OSC à l’approche des élections. Les organisations concernées disposent de cinq jours pour se conformer aux exigences du Bureau, sous peine de sanctions.
Le même jour, le président du Parlement, Shalva Papuashvili, a accusé des acteurs étrangers d’influencer les élections géorgiennes en soutenant l’opposition. Il a affirmé que les médias et la propagande extérieurs façonnent l’agenda de l’opposition, sapant la souveraineté du pays. Papuashvili a exhorté les partenaires étrangers à ne pas interférer dans le processus électoral, réaffirmant que seuls les citoyens géorgiens doivent décider de l’issue des élections sans pression extérieure.
Lois anti-LGBT et répercussions internationales
Le 17 septembre, le Parlement géorgien a adopté un paquet législatif anti-LGBTQ+ avec 84 voix pour et aucune contre. Ce texte, qui comprend la loi « sur la protection des valeurs familiales et des mineurs », a suscité des critiques internationales importantes. Marc Cools, président du Congrès des pouvoirs locaux du Conseil de l’Europe, ainsi que Josep Borrell, vice-président de la Commission européenne, ont exprimé leurs inquiétudes quant à la violation des droits humains et à l’impact sur les aspirations européennes de la Géorgie.
Le porte-parole du Département d’État américain, Matthew Miller, ainsi que les ministres des Affaires étrangères estonien et norvégien, ont condamné la législation pour atteinte aux droits des personnes LGBTQ+. L’ambassade du Royaume-Uni et Freedom House ont également averti que cette loi pourrait nuire aux relations de la Géorgie avec l’Occident et l’isoler davantage.
La tragédie de Kesaria Abramidze, une personnalité médiatique transgenre, assassinée à son domicile, a intensifié la colère contre la rhétorique anti-LGBT du parti Rêve Géorgien. Des groupes de défense des droits, dont le Social Justice Centre, ont établi un lien direct entre cet assassinat et la montée de discours transphobes soutenus par le gouvernement.
Relations internationales : tensions avec les États-Unis et l’Europe
Les relations entre la Géorgie et les États-Unis se sont détériorées depuis que le parti Rêve Géorgien a réintroduit une loi controversée sur les agents étrangers. Le Premier ministre géorgien, Irakli Kobakhidze, a critiqué les sanctions imposées par l’administration Biden à l’encontre de quatre citoyens géorgiens, qualifiant cette décision de « futile ». Il a également insinué que ces sanctions visaient à renforcer l’opposition à l’approche des élections.
L’ambassadrice américaine Robin Dunnigan a répondu en affirmant que la Géorgie s’isolait de plus en plus de l’Occident à cause des actions du gouvernement. Par ailleurs, l’administration Biden a récemment exclu Kobakhidze d’une réception internationale, citant des préoccupations concernant les actions du gouvernement géorgien. Le soutien des États-Unis à l’intégration euro-atlantique de la Géorgie reste toutefois ferme, malgré les tensions actuelles.
En parallèle, l’Union européenne, par l’intermédiaire de l’ambassadeur Paweł Herczyński, a rappelé l’importance d’élections libres et transparentes pour l’avenir européen de la Géorgie. Des sanctions européennes pourraient être envisagées si les élections d’octobre ne répondent pas aux normes démocratiques, notamment avec la proposition d’un plan en quatre points par 30 députés européens.
Opposition : divisions et difficultés d’unité
À cinq semaines des élections législatives, les partis d’opposition « Pour la Géorgie » et « Géorgie Forte » n’ont pas réussi à former une alliance. Les négociations, soutenues par la présidente Salomé Zourabichvili, visaient à créer un « troisième centre » pour les électeurs indécis, mais elles ont échoué en raison des réserves de certains leaders, notamment Mamuka Khazaradze, chef de Lelo. Cette incapacité à s’unir reflète les tensions internes au sein de l’opposition.
Le 23 septembre, le parti Pour la Géorgie, dirigé par l’ex-Premier ministre Giorgi Gakharia, a finalement signé la « Charte géorgienne » de Salomé Zourabichvili, visant à promouvoir l’intégration européenne du pays. Cette signature intervient après des tentatives infructueuses d’alliance avec d’autres partis d’opposition.
À propos de l'auteur
Alexis de Varax
Alexis de Varax est analyste géopolitique. Il est diplômé en géopolitique et philosophie, spécialisé dans les dynamiques politiques du Caucase et de l'Europe de l'Est. Il contribue à la production de veilles géopolitiques hebdomadaires et d'analyses approfondies sur les relations internationales et les enjeux contemporains dans les pays post-soviétiques.



