La Géorgie entre influence russe et aspirations occidentales – Point de situation au 22/01/2025

Répression judiciaire et tensions politiques
Les tensions politiques en Géorgie ont connu une nouvelle escalade avec la répression judiciaire ciblant des militants pro-européens. Le 10 janvier, la juge Ketevan Jachvadze du tribunal municipal de Tbilissi a ordonné la détention provisoire de 11 manifestants arrêtés lors d’un rassemblement pro-européen en décembre, les accusant de participation à des violences de groupe. Le lendemain, le juge Irakli Khuskivadze a également refusé la libération sous caution de huit autres manifestants, reconduisant leur détention jusqu’en mars. Ces décisions judiciaires ont provoqué une nouvelle vague de protestations à Tbilissi et Batoumi, avec des slogans tels que « Police partout, justice nulle part » scandés par les manifestants.
Dans un climat de répression croissante, Mzia Amaglobeli, directrice du journal Batumelebi, a été arrêtée le 12 janvier sous l’accusation d’avoir agressé un policier. Son maintien en détention, confirmé par la Cour d’appel de Koutaïssi, a suscité un tollé au sein des médias et de la société civile, qui dénoncent un climat de persécution politique. Transparency International – Georgia et ISFED ont exprimé leur inquiétude face aux licenciements massifs de fonctionnaires soutenant l’intégration européenne et aux intimidations visant les journalistes et militants.
Violences et mobilisations sociales
Les tensions se sont également matérialisées par des affrontements physiques impliquant des personnalités politiques. Le 15 janvier, Giorgi Gakharia, ancien Premier ministre et leader du parti Pour la Géorgie, ainsi que le journaliste Zviad Koridze, ont été agressés à Batoumi.Tandis que l’opposition dénonce une attaque politique, le Georgian Dream (GD) affirme que Gakharia aurait initié l’altercation. Dans un contexte de violences récurrentes, la police a procédé à de nouvelles arrestations lors de manifestations devant le restaurant « Babilo », où des juges célébraient un événement privé.
Face à la montée des tensions, plusieurs formes de mobilisation ont émergé. Le 15 janvier, une grève nationale de trois heures a été observée, touchant divers secteurs économiques et universitaires. Des manifestations ont continué à bloquer les principales artères de Tbilissi, notamment Rustaveli Avenue. Plusieurs médias indépendants ont suspendu leurs programmes pour protester contre la détention de Mzia Amaglobeli et d’autres journalistes critiques du gouvernement.
Réactions internationales et perspectives
Les événements en Géorgie ont suscité de nombreuses réactions à l’étranger. L’Union européenne et les États-Unis ont exprimé leur inquiétude face à la détérioration du climat politique. Michael Roth, ancien président de la commission des Affaires étrangères du Bundestag, a assisté aux manifestations de Tbilissi et réitéré son soutien aux revendications démocratiques. Le Parlement européen et le Conseil de l’Europe ont dénoncé les dérives autoritaires du gouvernement géorgien, tandis qu’au Royaume-Uni, un projet de sanctions contre Bidzina Ivanishvili a été présenté au Parlement.
Dans ce contexte, la présidente Salomé Zourabichvili a intensifié ses efforts diplomatiques. Lors d’une intervention au Hudson Institute, elle a alerté sur l’orientation pro-russe du gouvernement et a exhorté les États-Unis à renforcer leur soutien à la société civile géorgienne. En déplacement à Washington pour l’investiture de Donald Trump, elle a rencontré plusieurs figures républicaines influentes afin de plaider la cause géorgienne sur la scène internationale.
Sur le plan économique, les incertitudes persistent. Selon Geostat, le commerce extérieur géorgien a progressé de 8 % en 2024, atteignant 23,43 milliards USD. Toutefois, les prévisions pour 2025 restent mitigées en raison de la volatilité du marché et des tensions politiques croissantes.
Alors que les manifestations se poursuivent et que la pression internationale augmente, la Géorgie se trouve à un tournant. La contestation populaire, renforcée par le soutien occidental, pourrait fragiliser encore davantage le gouvernement du Georgian Dream et redéfinir les rapports de force en vue des prochaines échéances électorales.
À propos de l'auteur
Alexis de Varax
Alexis de Varax est analyste géopolitique. Il est diplômé en géopolitique et philosophie, spécialisé dans les dynamiques politiques du Caucase et de l'Europe de l'Est. Il contribue à la production de veilles géopolitiques hebdomadaires et d'analyses approfondies sur les relations internationales et les enjeux contemporains dans les pays post-soviétiques.



