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La Géorgie entre influence russe et aspirations occidentales – Point de situation au 18/09/2024

Publié le 18/09/2024
4 min de lecture
Par Alexis de Varax
Asie Centrale et sud-Caucase

Politique intérieure : entre répression et élections

Le 10 septembre 2024, le parti au pouvoir, Rêve Géorgien, a révélé sa liste des 20 premiers candidats pour les élections d’octobre 2024. Pour la première fois, son fondateur, Bidzina Ivanishvili, apparaît en tête de liste. Aux côtés de figures familières comme le Premier ministre Irakli Kobakhidze et le président du parti Irakli Garibashvili, on retrouve des athlètes olympiques et des personnalités du monde des affaires et des arts. Le Rêve Géorgien présente ces élections comme un choix crucial entre la paix et la guerre, les valeurs traditionnelles et l’intégration européenne. Les élections du 26 octobre seront intégralement proportionnelles, et chaque parti devra franchir un seuil de 5 % pour entrer au Parlement.

Par ailleurs, la présidente géorgienne, Salomé Zourabichvili, a également exprimé son intention de briguer un second mandat. Elle a déclaré dans une interview au Figaro vouloir ramener la Géorgie sur le chemin européen et a critiqué le parti Rêve Géorgien, prédisant qu’il n’obtiendrait pas plus de 25 % des voix aux prochaines élections. Elle a dénoncé l’influence croissante de Bidzina Ivanishvili, qu’elle qualifie d’oligarque aux liens opaques avec la Russie.

De plus, le climat politique s’est envenimé avec la décision de la justice géorgienne, le 12 septembre 2024, de condamner deux membres de l’opposition du Mouvement National Uni (MNU) pour désobéissance aux ordres de la police. Ces condamnations sont perçues par l’opposition comme des tentatives de freiner leur campagne.

L’influence russe : une rhétorique ambivalente

Bidzina Ivanishvili, lors d’un rassemblement à Gori, a attribué la responsabilité de la guerre de 2008 à des «forces extérieures«et au gouvernement géorgien de l’époque, tout en évitant de mentionner le rôle de la Russie. Il a soutenu les lois controversées sur les agents « étrangers » et celles ciblant la communauté LGBTQ+, affirmant que des forces étrangères manipulent les ONG et l’opposition. Ivanishvili a promis des poursuites judiciaires contre le MNU après les élections d’octobre, les accusant de trahison. Il a également réaffirmé que la Géorgie rejoindrait l’Union européenne d’ici 2030, tout en préservant son identité nationale. Cette déclaration a été accueillie avec colère par les familles des soldats géorgiens morts au combat, ainsi que par l’opposition.

Ainsi, en lien avec la guerre de 2008, Ivanishvili a suggéré que la Géorgie pourrait présenter des excuses aux Ossètes pour son rôle dans le conflit. Cette déclaration a suscité des réactions vives de la part du MNU, qui accuse Ivanishvili de servir les intérêts russes.

En parallèle le 27 août, le chef des services de renseignement russes, Sergueï Narychkine, a déclaré que la Russie cherche à prévenir une «  révolution de couleur » en Géorgie, accusant l’Occident de planifier un « Maidan de Tbilissi » après les élections.

Répression des mouvements pro-européens

La Cour de Tbilissi a autorisé le Bureau Anti-Corruption à accéder aux informations bancaires personnelles des fondateurs du mouvement Vote pour l’Europe, créé par la présidente Salomé Zourabichvili en juillet 2024. Le mouvement cherche à mobiliser les électeurs pro-européens pour les élections d’octobre. Cette enquête est perçue comme une tentative de réprimer les forces pro-européennes, tandis que le gouvernement défend cette décision en arguant de possibles financements illégaux.

Le 16 septembre, Giorgi Shanidze, manifestant contre la loi controversée sur les agents étrangers, a été condamné à quatre ans de prison pour vandalisme. Cette condamnation illustre l’intensification de la répression contre les dissidents en Géorgie.

Relations internationales : tensions avec l’Ukraine et l’Union européenne

Les relations entre la Géorgie et l’Ukraine se sont détériorées après le rappel du chargé d’affaires ukrainien à Tbilissi le 9 septembre 2024. Ce rappel s’inscrit dans le cadre des tensions diplomatiques persistantes entre les deux pays depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.

Sur le plan européen, Michael Roth, président de la commission des affaires étrangères du Bundestag allemand, a visité la Géorgie les 16 et 17 septembre. Avant son arrivée, il a exprimé des préoccupations quant à l’influence de l’oligarchie et aux restrictions des droits humains, notamment les lois anti-LGBT. Sa visite met en lumière la tension croissante entre la Géorgie et l’Union européenne sur des questions de démocratie et de droits humains.

À propos de l'auteur

Photo de Alexis de Varax

Alexis de Varax

Alexis de Varax est analyste géopolitique. Il est diplômé en géopolitique et philosophie, spécialisé dans les dynamiques politiques du Caucase et de l'Europe de l'Est. Il contribue à la production de veilles géopolitiques hebdomadaires et d'analyses approfondies sur les relations internationales et les enjeux contemporains dans les pays post-soviétiques.

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