La Géorgie entre influence russe et aspirations occidentales – Point de situation au 09/10/2024

Impeachment de Salome Zurabishvili
Le parti au pouvoir en Géorgie, le Georgian Dream (GD), a annoncé une nouvelle tentative de destitution de la présidente Salome Zurabishvili, l’accusant d’avoir violé la constitution en effectuant des visites non autorisées dans les capitales européennes. Le président du Parlement, Shalva Papuashvili, a déclaré que le gouvernement soumettrait une nouvelle proposition à la Cour constitutionnelle avant les prochaines élections législatives.
Cette tentative a pour but de marquer symboliquement la présidence de Zurabishvili, GD souhaitant qu’elle soit retenue dans l’histoire comme une présidente destituée. Malgré une décision antérieure de la Cour constitutionnelle contre elle, GD affirme que l’opposition radicale lui a accordé une impunité, lui permettant de continuer à défier les limites constitutionnelles.
Législation anti-LGBT
Le 17 septembre, le Parlement géorgien a adopté un ensemble législatif anti-LGBT sous le nom de « Protection des valeurs familiales et des mineurs », malgré le refus de signature de la présidente Salome Zurabishvili. Le président du Parlement, Shalva Papuashvili, a signé la loi le 3 octobre. Ce texte interdit notamment le mariage homosexuel, les procédures de réassignation de genre et limite la représentation LGBTQ+ dans les médias et l’éducation.
Cette législation a provoqué une condamnation internationale, notamment de la part des Nations Unies, de UNAIDS, ainsi que de plusieurs diplomates européens et américains, dont Josep Borrell de la Commission européenne. Ils soulignent que cette loi nuit aux droits de l’homme et éloigne la Géorgie de ses aspirations à l’intégration européenne.
Elections parlementaires
Le programme électoral du Rêve Géorgien, présenté par Irakli Kobakhidze, met l’accent sur une politique pragmatique envers la Russie, la création de 200 000 emplois, et la hausse des salaires d’ici 2028. En matière de politique étrangère, le parti vise un équilibre entre les relations avec l’UE, l’OTAN, la Chine et la Russie, tout en insistant sur le maintien de la paix avec la Russie.
L’opposition et plusieurs observateurs internationaux, dont des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (PACE), ont exprimé des inquiétudes quant à l’impartialité des élections prévues le 26 octobre . Ils dénoncent des campagnes d’intimidation visant les candidats de l’opposition et une mainmise du parti au pouvoir sur la Commission électorale centrale.
Relations avec l’Union Européenne
Le 6 octobre, lors de son congrès au Portugal, ALDE a adopté une résolution appelant à des sanctions personnelles contre Bidzina Ivanishvili, le leader de facto du Rêve Géorgien, et sa famille, accusant le parti de freiner les efforts d’intégration de la Géorgie à l’UE. Le 8 octobre, le Parlement européen a tenu un débat sur la dégradation des standards démocratiques en Géorgie, en soulignant les dangers pour le pluralisme politique.
Lors d’un débat au parlement européen plusieurs députés européens ont appelé à la libération de l’ancien président Mikheil Saakachvili et ont averti que le statut de candidat de la Géorgie à l’UE pourrait être compromis si le pays continue sur sa trajectoire actuelle. Alors que la majorité des députés européens ont critiqué le gouvernement géorgien, certains, comme le député français Thierry Mariani, ont défendu ses actions, accusant les ONG de déstabiliser le pays. Le débat a mis en évidence le fossé grandissant entre les ambitions pro-européennes de la Géorgie et les tendances de plus en plus autoritaires de sa direction actuelle.
À propos de l'auteur
Alexis de Varax
Alexis de Varax est analyste géopolitique. Il est diplômé en géopolitique et philosophie, spécialisé dans les dynamiques politiques du Caucase et de l'Europe de l'Est. Il contribue à la production de veilles géopolitiques hebdomadaires et d'analyses approfondies sur les relations internationales et les enjeux contemporains dans les pays post-soviétiques.



