La Géorgie entre influence russe et aspirations occidentales – Point de situation au 06/11/2024

Rapport de la commission européenne et réactions de la classe politique
Le 31 octobre, Shalva Papuashvili, président du Parlement géorgien, a salué le rapport de la Commission européenne sur l’élargissement, affirmant que la Géorgie progresse vers l’intégration à l’UE malgré des désaccords sur certaines lois, notamment celles sur l’influence étrangère et les valeurs familiales. Face aux accusations de fraude électorale, il défend la légitimité des élections, reprochant à l’UE de politiser les résultats et soulignant le choix des électeurs en faveur de Georgian Dream (GD).
L’opposition, en revanche, critique GD pour ses actions jugées contraires aux valeurs européennes. Nika Gvaramia (Ahali) et Tina Bokuchava (UNM) estiment que le gouvernement, influencé par des politiques pro-russes, compromet l’intégration européenne. Ana Natsvlishvili (Strong Georgia) appelle à une non-reconnaissance internationale des élections tandis que Teona Akubardia (For Georgia) insiste sur l’urgence de réformes démocratiques.
De sérieux doutes sur les résultats officiels
Avec GD en tête à 54,23 %, les élections parlementaires du 26 octobre ont déclenché de vives contestations. Le 1er novembre, Edison Research a mis en doute la validité des résultats, notant un écart de 13 points entre ses sondages de sortie d’urnes (40,9 % pour GD) et les résultats officiels (54 %). Cet écart, selon Rob Farbman, suggère des manipulations locales, notamment en zones rurales, indiquant des pratiques de mobilisation et des écarts statistiquement inexplicables.
Le 4 novembre, le juge Vladimer Khuchua a confirmé une violation du secret du vote, annulant les résultats de 30 bureaux de vote. GYLA (Association des jeunes avocats géorgiens) réclame l’annulation de plus de 2200 bureaux ayant utilisé le vote électronique, ce qui pourrait mener à de nouvelles élections.
En outre, une enquête de TV Pirveli a révélé des méthodes présumées de manipulation électorale par GD, incluant l’achat de voix, l’intimidation et des pratiques de vote en «carrousel». Des «centres d’appels» liés au parti au pouvoir auraient été utilisés pour suivre et mobiliser les électeurs. Certains groupes d’observation, affiliés à GD, auraient exercé des pressions sur les électeurs de l’opposition, interférant avec le processus de vote et empêchant une observation électorale neutre.
Manifestations de l’opposition et soutien international
Le 4 novembre également, des milliers de personnes se sont rassemblées à Tbilissi pour dénoncer la fraude présumée, agitant drapeaux géorgiens et européens. L’opposition annonce un plan en trois étapes : sensibiliser le public, faire pression pour que l’international ne reconnaisse pas les résultats, et maintenir une résistance civique active. Des leaders comme Nika Melia (Coalition pour le Changement) et Giorgi Vashadze (UNM) insistent sur une mobilisation accrue jusqu’à obtenir des élections justes. Zurab Japaridze et Mamuka Khazaradze appellent à un mouvement de résistance qui s’étendra dans toute la Géorgie.
Greta Thunberg, présente, a apporté son soutien à la lutte pour la démocratie. Après le rassemblement, des manifestants ont bloqué le pont Baratashvili, et une nouvelle manifestation est prévue le 4 novembre près du Palais des Sports.
Au même moment, le porte-parole américain Matthew Miller a réitéré le soutien des États-Unis aux aspirations euro-atlantiques de la Géorgie, tout en avertissant qu’ils n’hésiteront pas à imposer des sanctions supplémentaires. Le gouvernement américain a suspendu une aide de 95 millions USD, évoquant des irrégularités sérieuses et un usage abusif des ressources publiques par GD.
Réaction de la Russie
Le 5 novembre, dans une interview avec Russia Today, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, a nié les accusations d’ingérence de la Russie dans les élections parlementaires géorgiennes du 26 octobre, qualifiant ces allégations de «mensonge éhonté». Lavrov a accusé les États-Unis de projeter sur la Russie leurs propres pratiques d’interférence, affirmant que dès qu’un résultat électoral déplaît aux Américains, ils accusent immédiatement la Russie. Il a critiqué l’Occident pour sa «pression sans scrupule» sur les autorités et les électeurs géorgiens et pour leur tentative de présenter les élections en Géorgie comme un choix stratégique entre la Russie et l’Occident, un choix qu’il qualifie de «faux dilemme». Lavrov a conclu en affirmant que la Russie respecte le choix du peuple géorgien et reste prête à poursuivre la normalisation des relations bilatérales.
À propos de l'auteur
Alexis de Varax
Alexis de Varax est analyste géopolitique. Il est diplômé en géopolitique et philosophie, spécialisé dans les dynamiques politiques du Caucase et de l'Europe de l'Est. Il contribue à la production de veilles géopolitiques hebdomadaires et d'analyses approfondies sur les relations internationales et les enjeux contemporains dans les pays post-soviétiques.



