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Guerre au Soudan, entre massacres et ingérences étrangères

Publié le 28/11/2025
6 min de lecture
Par Nans AMAIL
Monde
Guerre au Soudan, entre massacres et ingérences étrangères

Guerre au Soudan, entre massacres et ingérences étrangères

Deux ans de guerre civile

La guerre civile déclenchée en avril 2023 trouve ses racines dans la transition chaotique suivant la chute d’Omar el-Béchir en 2019. Deux pôles sécuritaires concurrents émergent alors. Les Forces armées soudanaises (FAS) dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan, et les Forces de soutien rapide (FSR) de Mohamed Hamdan Dagalo (Hemedti), issues des milices Janjawid du Darfour. Au cœur des tensions se trouve la réforme du secteur de la sécurité, soutenue par l’ONU, qui prévoit l’intégration des FSR dans l’armée. Néanmoins c’est un processus sur lequel les deux camps s’opposent radicalement, notamment concernant le calendrier et la chaîne de commandement. En avril 2023, des mouvements militaires simultanés à Khartoum font basculer la situation. Les combats se propagent rapidement à l’ensemble du pays, transformant une rivalité institutionnelle en affrontement ouvert.

L’ONU décrit une explosion immédiate de violences, marquée par l’usage d’armes explosives en zones urbaines, des exécutions, et des attaques contre des infrastructures civiles. Mois après mois, l’escalade gagne les régions périphériques, notamment le Darfour, où les FSR disposent d’un ancrage historique et de réseaux logistiques bien établis.

Entre 2023 et 2024, les FSR consolident leur contrôle sur la majeure partie du Darfour, tandis que l’armée recule vers le nord et l’est. El Fasher, dernier bastion militaire majeur des FAS dans la région, devient un point névralgique. Les Nations unies alertent à plusieurs reprises sur le risque d’un « désastre humanitaire majeur », alors que les FSR encerclent la ville, coupent les routes d’approvisionnement et isolent des centaines de milliers de civils. Le siège s’accompagne d’une intensification des violences ethniques, rappelant les traumatismes du Darfour des années 2000.

En 2025, après plus de 500 jours de siège, les FSR lancent une offensive décisive. La chute de la 6ᵉ division d’infanterie marque la prise d’El Fasher, tournant majeur de la guerre. L’ONU confirme immédiatement des exécutions sommaires, des massacres et des déplacements massifs liés à l’offensive. Cette séquence cristallise l’évolution du conflit, né d’une réforme militaire inachevée, il s’est progressivement transformé en l’une des pires crises humanitaires au monde, jusqu’à l’effondrement sécuritaire symbolisé par la chute d’El Fasher.

La prise d’El Fasher par les FSR

La ville d’El Fasher, capitale du Darfour-Nord, a longtemps été un enjeu stratégique et symbolique. Après plus de 500 jours de siège, les FSR ont finalement pris le contrôle d’une partie de la ville en octobre 2025, annonçant la chute de la 6ᵉ division d’infanterie de l’armée.

L’ONU, par la voix de son Haut-Commissaire aux droits de l’homme Volker Türk, alerte sur des rapports effroyables d’exécutions sommaires de civils, y compris de personnes qui fuyaient le conflit, avec des motivations ethniques présumées. La représentante des droits de l’homme de l’ONU au Soudan, dénonce des « attaques brutales » et des violences de masse à El Fasher, alors que des civils restent prisonniers dans la ville sans possibilité de s’en échapper.

Des témoignages font état d’exécutions dans des hôpitaux et d’atrocités durant des fouilles de maison en maison. Par ailleurs, des frappes par drones sur la mosquée Al Jamia à El Fasher ont tué au moins 75 civils lors d’un appel à la prière, ce qui, selon l’ONU, constitue un crime de guerre. Ils ne sont pas les seuls, Human Rights Watch, de son côté, évoque des crimes contre l’humanité et un possible nettoyage ethnique. On peut notamment attribuer des ciblages volontaires envers des populations non arabes (Masalit, Fur, Zaghawa…). De plus, les ONGs sur place s’inquiètent d’un exode massif, des centaines de milliers de civils auraient fui ou tenté de fuir la ville.

Pour cause, la prise d’El Fasher a généré une vague de déplacements vers des zones plus sûres, mais l’aide humanitaire peine à suivre. Des communications coupées, des corridors humanitaires devenues peu sûrs avec les avancées du front, ainsi que des civils bloqués sans issue. Le Conseil de sécurité de l’ONU affirme que l’établissement par les FSR d’un « gouvernement parallèle » menace l’intégrité territoriale du Soudan.

Le Soudan du Sud, un terrain d’ingérences étrangères

Le conflit soudanais ne se limite pas à ses frontières, il déstabilise fortement le Soudan du Sud, où vit une population nombreuse de réfugiés soudanais. Selon l’ONU, la guerre au Soudan compromet l’économie sud-soudanaise, notamment les revenus liés au pétrole, et aggrave l’insécurité le long de la frontière.

Par ailleurs, les FSR ne dépendent pas uniquement de leurs ressources internes: des rapports des Nations unies et d’organisations de défense des droits de l’homme pointent des soutiens extérieurs. Un rapport du Conseil de sécurité des Nations unies indique des accusations crédibles de transfert d’armes depuis les Émirats Arabes Unis vers les FSR, via des vols cargo atterrissant en Tchad. Des médias évoquent également des « passeports émiratis » retrouvés dans des zones contrôlées par les FSR, ce qui laisse craindre l’implication directe de ressortissants émiratis.

Le Royaume-Uni figure aussi dans le débat depuis que des équipements militaires britanniques ont été identifiés au sein des forces FSR. Soulevant la question d’un détournement d’armements vers des groupes accusés de crimes graves.  Bien que cela soit une évidence, suite aux rapports d’experts de l’ONU, l’organisation appelle à un cessez-le-feu inconditionnel, à des pourparlers de paix sincères, à l’aide humanitaire sans entrave et à l’établissement d’un gouvernement civil indépendant. Pour autant, le conflit reste largement ignoré par la communauté internationale alors même que la population en est la première victime.

À propos de l'auteur

Photo de Nans AMAIL

Nans AMAIL

Nans Amail est étudiant en Master de Relations Internationales, Sécurité et Défense. Passionné par la diplomatie multilatérale et le rôle des organisations internationales, il se spécialise dans l’étude des Nations Unies face aux menaces contemporaines et hybrides. Au sein d’EURASIAPEACE, il analyse l’évolution des formes de conflictualité et la capacité d’adaptation des institutions onusiennes.

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