Conflits
Diplomatie
Iran
Nucléaire

L’Iran en proie aux sanctions internationales

Publié le 03/01/2026
7 min de lecture
Par Nans AMAIL
Monde
L'iran face aux retours des sanctions

L'iran face aux retours des sanctions

Après une guerre de 12 jours entre Israël et son fidèle allié étasunien et l’Iran accompagné de ses proxys, quelles sont les conséquences du nouvel épisode d’une confrontation récurrente entre les deux puissances du Moyen-Orient ? Si ce n’est que cette dernière a fait preuve d’une rare violence, elle s’inscrit désormais dans un contexte interne iranien profondément dégradé, marqué par une crise économique aiguë et une multiplication de protestations sociales.

Après des années de coopération parfois en demi-teinte avec l’Iran et la communauté internationale sur le nucléaire, l’arrivée de Donald Trump et de Benjamin Netanyahu a sonné le glas de la JCPOA. Bien que l’objectif de l’opération Rising Lion était de réduire en cendres les infrastructures nucléaires iraniennes, il semble que, malgré des efforts conséquents, les véritables victimes de cette escarmouche meurtrière furent la diplomatie onusienne et le peuple iranien.

Deux décennies d’accord sur le nucléaire réduit à néant

Le dossier nucléaire iranien est l’un des enjeux diplomatiques majeurs de la politique de sécurité internationale depuis au moins deux décennies. Le Plan d’action global conjoint (JCPOA), signé à Vienne en 2015 entre l’Iran, les États-Unis, la Russie, la Chine, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Union européenne, visait à limiter le programme nucléaire iranien en échange d’une levée progressive des sanctions internationales. Le retrait unilatéral des États-Unis de cet accord en 2018, sous l’administration Trump, a marqué un tournant significatif. Washington a réimposé des sanctions sévères, fragilisant le cadre multilatéral de contrôle nucléaire et réduisant les incitations de Téhéran à coopérer pleinement avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), tout en accentuant progressivement la vulnérabilité économique du pays.

La situation a culminé en 2025 après une série d’accusations contre l’Iran pour non-respect de ses engagements de transparence. L’AIEA a officiellement déclaré que l’Iran dépassait les seuils convenus pour l’enrichissement d’uranium et accumulait une quantité de matière fissile incompatible avec les obligations du JCPOA. La réaction a été rapide : en juin 2025, Israël, avec le soutien tactique des États-Unis, a lancé une série de frappes ciblées sur plusieurs installations nucléaires iraniennes, détruisant des infrastructures clés et tuant des scientifiques et personnels liés au programme. En réponse, Téhéran a officiellement suspendu sa coopération avec l’AIEA, refermant l’un des derniers canaux institutionnels de dialogue formel avec la communauté internationale.

Cette confrontation militaire, que certains acteurs décrivent comme la « guerre des douze jours », a profondément fragilisé le cadre diplomatique existant et a créé un vide institutionnel entre Téhéran et la communauté internationale. Les canaux de négociation, qui tournaient autour du mécanisme snapback de réimposition des sanctions de l’ONU, ont été mis à l’épreuve, intensifiant les divisions entre les grandes puissances au Conseil de sécurité.

Les nombreuses conséquences des actions coercitives israélo-étasuniennes

Le principal impact immédiat de ces événements a été la crise de légitimité des institutions multilatérales. L’incapacité du Conseil de sécurité à produire une réponse consensuelle claire, avec des divisions entre les États-Unis et leurs alliés occidentaux d’un côté, et la Russie et la Chine de l’autre, a sapé la capacité de l’ONU à jouer un rôle de médiateur crédible.

Les Européens (France, Allemagne, Royaume-Uni, dits E3) ont tenté de jouer un rôle de médiateurs en proposant des délais pour relancer la coopération iranienne avec l’AIEA et retarder le rétablissement des sanctions via le snapback. Toutefois, ces efforts ont été jugés insuffisants par Téhéran, qui considère que le mécanisme de sanctions, même retardé, serait injuste et illégitime en présence d’un agenda de double standard occidental. Finalement, l’Europe ainsi que la France, pourtant initialement conciliantes ont voté les sanctions à l’égard de l’Iran le 27 septembre 2025.

Enfin, en dépit des tentatives diplomatiques de la Russie et de la Chine pour prolonger l’allègement des sanctions, le Conseil de sécurité de l’ONU a rétabli le 29 septembre 2025 l’ensemble des sanctions liées au programme nucléaire iranien. Une décision impactant gravement l’économie de l’Iran avec une inflation annuelle dépassant les 40%. La baisse des recettes pétrolières constitue l’impact le plus direct, les exportations étant limitées, redirigées vers un nombre restreint de partenaires et réalisées à des prix inférieurs au marché.

La guerre, quant à elle, a eu pour effet immédiat d’intensifier les tensions régionales. L’Iran, désormais privé de mécanisme de coopération efficace avec l’AIEA et sous pression internationale renouvelée, a utilisé son programme nucléaire comme levier de négociation, rendant toute reprise de pourparlers durable plus complexe. La région du Moyen-Orient, déjà fragmentée par des divisions politiques et sécuritaires, risque de voir se multiplier les logiques d’affrontement indirect en l’absence de cadre diplomatique.

Dans ce contexte, la dégradation rapide des conditions de vie a déclenché une vague de protestations à travers le pays, touchant aussi bien les grandes métropoles que des villes de province. La hausse brutale des prix des denrées alimentaires, de l’énergie et des carburants, combinée à l’effondrement du rial, a servi de catalyseur à des mobilisations socio-économiques. Ces dernières ce sont rapidement politisées avec la montée des violences des autorités iraniennes. Ces mouvements, impliquant commerçants, étudiants et classes populaires, traduisent une contestation plus large de la capacité du régime à gérer la crise, tandis que les autorités iraniennes dénoncent une instrumentalisation étrangère des troubles.

À Washington, ces protestations sont publiquement évoquées comme un symptôme de l’échec structurel du modèle iranien sous sanctions, le président étatsunien allant jusqu’à formuler des menaces d’invasion, ou du moins, d’intervention si plus de civils sont tués.

Le vide diplomatique, un no man’s land géopolitique

En addition aux protestations en Iran, la situation diplomatique reste marquée par un vide persistant entre le besoin de dialogue et le déficit de confiance. Les récents cycles de négociations avec le groupe E3 ont montré que, malgré une certaine reprise des contacts, les positions restent éloignées, Téhéran met l’accent sur son droit au nucléaire civil et l’exigence de respect de sa souveraineté, tandis que les Occidentaux insistent sur des garanties renforcées de transparence et de non-prolifération.

Le rôle de médiateurs traditionnels comme l’Union européenne est affaibli, en partie parce que les grandes puissances ne partagent pas une stratégie cohérente. La diplomatie multilatérale est ainsi réduite à des échanges bilatéraux éclatés, souvent plus symboliques que substantiels.

Le snapback, bien qu’encore sur la table, n’a pas rétabli un cadre diplomatique fonctionnel. Le fait que l’Iran ait suspendu sa coopération avec l’AIEA et conditionne désormais tout dialogue au respect de ses propres termes contribue à un dédoublement des réalités diplomatiques; d’un côté, les institutions internationales peinent à imposer une norme commune ; de l’autre, les acteurs régionaux agissent selon leurs propres intérêts qui échappent à tout arbitrage tiers crédible.

Ce vide diplomatique accroît les risques d’escalade imprévisible. Une attaque future, une réaction disproportionnée ou l’alignement de nouvelles alliances peuvent provoquer une crise sans précédent dans la région. L’absence d’un cadre institutionnel solide ou d’arbitre neutre accroît la probabilité d’un retournement violent, que ce soit par accident ou calcul stratégique.

À propos de l'auteur

Photo de Nans AMAIL

Nans AMAIL

Nans Amail est étudiant en Master de Relations Internationales, Sécurité et Défense. Passionné par la diplomatie multilatérale et le rôle des organisations internationales, il se spécialise dans l’étude des Nations Unies face aux menaces contemporaines et hybrides. Au sein d’EURASIAPEACE, il analyse l’évolution des formes de conflictualité et la capacité d’adaptation des institutions onusiennes.

Auteur vérifié

Articles à lire dans cette rubrique

Conflits
Humanitaire
+ 2
il y a un mois
En savoir plus
Humanitaire
Nations Unies
il y a 3 mois
En savoir plus
En savoir plus

Recevez nos analyses géopolitiques directement dans votre boîte mail

Pas de spam, désabonnement en un clic