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Les Nations Unies face au Conseil de la paix

Publié le 25/01/2026
10 min de lecture
Par Nans AMAIL
Monde
Les Nations Unies face au Conseil de la Paix

Les Nations Unies face au Conseil de la Paix

Le 22 janvier 2026, en marge du Forum économique mondial de Davos, Donald Trump a officialisé la création de son « Conseil de la paix » lors d’une cérémonie de signature largement médiatisée. Présenté initialement comme un mécanisme temporaire destiné à superviser la reconstruction de Gaza dans le cadre de la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations Unies, cet organisme s’est métamorphosé en une structure permanente aux ambitions bien plus vastes. Cette transformation soulève des interrogations fondamentales sur l’avenir du multilatéralisme et sur la volonté de l’administration Trump de redéfinir unilatéralement les règles de l’ordre international établi après 1945.

L’altération d’un projet initialement limité

Lorsque Tony Blair proposa en août 2025 de placer la bande de Gaza sous administration internationale, l’initiative s’inscrivait dans une logique de reconstruction post-conflit après deux années de guerre dévastatrice. Donald Trump reprit cette proposition fin septembre 2025, aboutissant à l’adoption de la résolution 2803 par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 17 novembre 2025. Cette résolution, adoptée avec treize voix pour et deux abstentions (Chine et Russie), saluait la création du Conseil de la paix comme « une administration transitoire » chargée de superviser la démilitarisation de Gaza, le déploiement d’une Force internationale de stabilisation et la reconstruction du territoire jusqu’à ce que l’Autorité palestinienne soit en mesure d’y reprendre le contrôle.

Le mandat initial était clair et circonscrit, le Conseil devait opérer exclusivement à Gaza, pour une durée limitée jusqu’au 31 décembre 2027 au plus tard. La résolution précisait explicitement qu’il ne s’agissait pas d’un organe officiel de l’ONU, qu’il n’était pas responsable devant l’Assemblée générale et ne reposait sur aucun traité international. Pourtant, entre novembre 2025 et janvier 2026, le projet a subi une mutation profonde. La charte finalement diffusée aux capitales nationales, ne fait aucune mention de Gaza. Le Conseil de la paix y apparaît comme une institution mondiale permanente dotée d’un mandat large visant à « promouvoir la stabilité, restaurer une gouvernance fiable et légitime et garantir une paix durable dans les zones touchées ou menacées par un conflit« .

Cette dérive s’est accompagnée d’une concentration de pouvoir sans précédent. L’article 9 de la charte confère au président du Conseil, Donald Trump personnellement, le pouvoir d’adopter des résolutions ou directives sans consultation préalable des membres. Plus troublant encore, la charte stipule que Trump préside le Conseil à vie et ne peut être remplacé que par démission volontaire ou en cas d’incapacité déterminée par un vote unanime du Conseil exécutif. Cette disposition transforme de facto une initiative temporaire en instrument personnel au service d’un homme qui semble pas voir son dernier mandat présidentiel comme une fin en soi.

Une provocation à peine voilée à l’égard des Nations Unies

Les conséquences de cette altération pour l’architecture onusienne sont considérables. Le 20 janvier 2026, lors de son discours d’investiture pour son second mandat, Donald Trump a déclaré : « les Nations Unies ne m’ont jamais aidé« , laissant entendre que son Conseil pourrait remplacer l’Organisation. Cette déclaration, bien que tempérée lors de la cérémonie de Davos où Trump affirma que les deux organismes travailleraient « conjointement », révèle une volonté de décrédibilisation systématique de l’ONU.

Human Rights Watch a dénoncé cette tentative de créer une « espèce de Politburo mondial« , soulignant que la charte ne mentionne à aucun moment les droits humains, contrairement à la Charte des Nations Unies qui en fait un pilier fondamental. L’organisation a également relevé qu’en 2025, l’administration Trump a systématiquement tenté de supprimer les références au « genre« , au « climat » et à la « diversité » dans les résolutions onusiennes, qualifiant la terminologie des droits humains de « woke« .

Le parallèle avec le Conseil de sécurité est particulièrement révélateur. Là où le Conseil de sécurité compte quinze membres dont cinq permanents disposant d’un droit de veto, le Conseil de la paix concentre ce pouvoir entre les seules mains de Donald Trump. La composition du Conseil, entièrement déterminée par Trump lui-même, est subordonnée au paiement d’une contribution d’un milliard de dollars pour obtenir un siège permanent. Cette logique transactionnelle transforme la diplomatie multilatérale en un club d’adhésion payant où la légitimité se mesure non aux valeurs communes ou au respect du droit international, mais à la capacité financière et à l’allégeance politique.

L’absence de plusieurs puissances occidentales à la cérémonie de Davos témoigne de l’inquiétude suscitée par ce projet. La France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et le Canada ont refusé de signer la charte fondatrice. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a qualifié la participation de Vladimir Poutine de « préoccupante« , tandis que la France a exprimé ses craintes que le Conseil n’usurpe le rôle des Nations Unies. Emmanuel Macron, après avoir décliné l’invitation, s’est vu menacer par Trump d’une augmentation drastique des droits de douane sur le vin et le champagne français, illustrant le caractère coercitif de cette diplomatie.

À l’inverse, le Conseil a attiré des régimes autoritaires et des gouvernements peu soucieux de démocratie. Outre la Russie de Vladimir Poutine, détenteur comme Benjamin Netanyahu d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, on retrouve parmi les signataires l’Argentine de Javier Milei, la Hongrie de Viktor Orbán, l’Azerbaïdjan d’Ilham Aliev, ainsi que l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Égypte et la Turquie. Cette composition hétéroclite, fondée davantage sur des intérêts géopolitiques immédiats que sur des principes communs, fait du Conseil de la paix un assemblage diplomatique aux antipodes de l’universalisme qui fonde la légitimité des Nations Unies.

Une conception néo-impérialiste à l’image de Donald Trump

L’analyse de la structure du Conseil de la paix révèle une ambition qui dépasse largement la simple résolution du conflit à Gaza. En s’octroyant la présidence à vie de cet organisme, Donald Trump se garantit une influence durable sur la scène internationale bien au-delà de son mandat présidentiel qui s’achèvera en janvier 2029. Cette stratégie n’est pas sans rappeler celle d’autres dirigeants autoritaires qui, incapables de prolonger leur pouvoir constitutionnel, créent des structures parallèles leur permettant de conserver une emprise politique.

Le Conseil exécutif, composé notamment de son gendre Jared Kushner, de l’envoyé spécial Steve Witkoff, de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair et du président de la Banque mondiale Ajay Banga, constitue un cercle de fidèles garantissant à Trump un contrôle opérationnel sur les décisions du Conseil. Cette configuration rappelle davantage le fonctionnement d’une cour personnelle que celui d’une institution internationale.

Cette dimension narcissique a été renforcée par le refus du comité Nobel d’attribuer le prix de la paix 2025 à Donald Trump. Suite à cette déconvenue, Trump a déclaré qu’il ne ressentait plus « l’obligation de penser uniquement à la paix », avant d’annoncer la formation de ce qu’il a qualifié de « Conseil le plus grand et le plus prestigieux jamais assemblé, à n’importe quelle époque, en n’importe quel lieu« . Cette rhétorique grandiloquente, caractéristique du style Trump, dissimule mal une tentative de légitimation personnelle par la création d’une institution à sa mesure.

La création du Conseil de la paix s’inscrit également dans une rupture assumée avec la vision multilatéraliste d’après-guerre. Depuis 1945, l’ordre international repose sur le principe selon lequel aucun État, aussi puissant soit-il, ne peut agir unilatéralement au mépris du droit international. La Charte des Nations Unies, signée par cinquante et un États fondateurs, a établi un système de sécurité collective où l’usage de la force est strictement encadré et soumis à l’autorisation du Conseil de sécurité, sauf en cas de légitime défense. Ce système, bien qu’imparfait et régulièrement bafoué, a néanmoins permis d’éviter une troisième guerre mondiale et de construire progressivement un corpus de droit international humanitaire.

Le Conseil de la paix représente une négation frontale de ces principes. En contournant systématiquement les mécanismes multilatéraux, en refusant de se soumettre à tout contrôle démocratique international et en concentrant le pouvoir décisionnel entre les mains d’un seul homme, il incarne une conception néo-impériale des relations internationales. Cette approche prolonge et accélère une évolution déjà engagée par les États-Unis, marquée par une réticence croissante à s’inscrire dans des cadres juridiques contraignants. Le retrait américain de l’Accord de Paris sur le climat, du Conseil des droits de l’homme de l’ONU ou encore de l’Organisation mondiale de la santé pendant le premier mandat de Trump témoignait déjà de cette tendance. Le Conseil de la paix en constitue l’aboutissement logique.

Que vaut vraiment le Conseil de la paix sur la scène internationale ?

Faut-il pour autant céder à l’alarmisme et considérer que le Conseil de la paix sonnera le glas des Nations Unies ? Pour l’instant, la faible adhésion des puissances occidentales traditionnelles prive le Conseil d’une légitimité internationale. Son incapacité à attirer des démocraties établies en fait davantage un club d’États alignés sur Washington ou animés par des intérêts ponctuels qu’une véritable alternative à l’ONU.

Deuxièmement, le Conseil ne dispose d’aucune légitimité juridique en dehors du cadre de la résolution 2803, elle-même limitée à Gaza et à une durée maximale de deux ans. Toute tentative d’étendre son mandat à d’autres conflits se heurterait à l’absence de fondement en droit international. L’examen du cadre juridique du Conseil soulève de sérieux doutes. Sans traité fondateur, sans responsabilité devant une instance représentative et sans mécanisme de contrôle démocratique, le Conseil de la paix ne peut juridiquement se substituer aux organes onusiens.

Enfin, la dimension personnelle du Conseil constitue paradoxalement sa principale faiblesse. En faisant de Trump le président à vie, la charte lie l’existence même du Conseil à la personne d’un homme de 79 ans dont l’engagement politique après 2029 demeure incertain. Si le Conseil de la paix aspire à devenir une institution internationale pérenne, cette dépendance personnelle en fait au contraire une structure intrinsèquement fragile et temporaire. Son usage semble être un énième coup de force d’un style très reconnaissable et court-termiste du locataire de la maison blanche.

Le véritable danger réside donc moins dans le Conseil de la paix lui-même que dans le précédent qu’il établit. Si la plus grande puissance militaire mondiale peut créer des institutions parallèles pour contourner le système onusien, qu’est-ce qui empêchera d’autres puissances régionales ou mondiales de faire de même ? La Russie pourrait invoquer ce précédent pour justifier ses propres initiatives en Ukraine ou dans son « étranger proche« . La Chine pourrait s’en inspirer pour étendre son influence en Asie du Sud-Est ou en Afrique par le biais de structures similaires. Cette fragmentation institutionnelle risque de nous ramener à une logique de blocs concurrents qui rappelle dangereusement la guerre froide.

Face à cette évolution, la communauté internationale doit réaffirmer avec force son attachement aux principes du multilatéralisme et au respect du droit international. Plutôt que de payer un milliard de dollars pour rejoindre un conseil personnel dominé par un seul homme, les États démocratiques devraient investir dans le renforcement des Nations Unies, dans la réforme du Conseil de sécurité pour le rendre plus représentatif et dans la défense des institutions internationales qui, malgré leurs imperfections, demeurent le meilleur rempart contre le retour à une logique de puissance pure. L’avenir de l’ordre mondial multilatéral en dépend.

À propos de l'auteur

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Nans AMAIL

Nans Amail est étudiant en Master de Relations Internationales, Sécurité et Défense. Passionné par la diplomatie multilatérale et le rôle des organisations internationales, il se spécialise dans l’étude des Nations Unies face aux menaces contemporaines et hybrides. Au sein d’EURASIAPEACE, il analyse l’évolution des formes de conflictualité et la capacité d’adaptation des institutions onusiennes.

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