Géorgie : entre influence russe et aspiration occidentale – point de situation au 18/12/24

Manifestations et escalade de la répression
Les protestations contre l’influence russe et les politiques du gouvernement géorgien dominent l’actualité pour le 19ᵉ jour consécutif. Les manifestants dénoncent la dérive autoritaire du gouvernement de Bidzina Ivanishvili et la suspension du processus d’intégration européenne. La Georgian Young Lawyers’ Association (GYLA) a publié un rapport accablant sur les violences policières, qualifiant les actions des forces de l’ordre de «terreur organisée». Depuis le début des manifestations, 352 détenus ont été recensés, dont 226 ont signalé des violences physiques en détention.
Le Premier ministre Irakli Kobakhidze a défendu des mesures controversées, comme l’interdiction du port de masques lors des rassemblements, tout en affirmant vouloir «neutraliser l’opposition radicale». Par ailleurs, plusieurs figures de l’opposition, dont Nika Gvaramia et Aleko Elisashvili, ont été arrêtées dans des conditions jugées arbitraires par les observateurs locaux et internationaux.
Réactions internationales : sanctions et pressions diplomatiques
Face à la montée des tensions, l’Union européenne a suspendu la libéralisation des visas pour les passeports diplomatiques géorgiens, marquant une première étape dans les mesures punitives envisagées.Lors de la réunion du Conseil des affaires étrangères prévue le 16 décembre, des discussions porteront sur l’imposition de sanctions ciblées contre des responsables géorgiens. Cependant, des divisions subsistent au sein de l’UE, notamment en raison du veto promis par la Hongrie.
Le Royaume-Uni a annoncé une réduction de ses programmes de coopération avec la Géorgie, tandis que les États-Unis envisagent des sanctions Global Magnitsky. Joe Wilson, président de la Commission d’Helsinki, a appelé à des mesures fermes contre Bidzina Ivanishvili et ses alliés politiques.
Dans un geste de soutien symbolique, des membres du Parlement européen ont rejoint les manifestations à Tbilissi, soulignant leur solidarité avec le peuple géorgien et leur attachement aux valeurs démocratiques.
Initiatives locales et perspectives d’avenir
Sur le terrain, la société civile et le secteur privé jouent un rôle actif pour répondre à la crise. Plus de 300 entreprises géorgiennes se sont mobilisées, appelant à des élections anticipées et à la libération des prisonniers politiques. Un registre public documentant les abus des forces de l’ordre a été lancé par plusieurs organisations et partis d’opposition, tandis que des ONG locales collaborent avec des institutions internationales pour assurer un suivi des droits humains.
Malgré la répression, le président Salome Zurabishvili conserve un soutien populaire et international important. Lors de sa récente visite en France, elle a plaidé pour une intervention accrue de la communauté internationale et pour la poursuite des aspirations européennes de la Géorgie. Emmanuel Macron a renouvelé son soutien à la population géorgienne, condamnant fermement les violences en cours.
En parallèle, la situation économique se détériore. Selon le dernier rapport de l’Office national des statistiques, les investissements directs étrangers ont chuté de 55,2 % au troisième trimestre 2024, principalement en raison de l’instabilité politique.
Une lutte d’influence dans le Caucase
La crise géorgienne reflète des tensions géopolitiques plus larges dans la région du Caucase. La Russie cherche à consolider son influence en exploitant les failles politiques en Géorgie, tandis que l’Union européenne et les États-Unis tentent de renforcer leur soutien aux aspirations démocratiques de la population géorgienne.
Dans ce contexte, des développements en Abkhazie, région occupée par la Russie, ajoutent une autre couche de complexité. L’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) imputant à la Russie la responsabilité de violations des droits de propriété en Abkhazie a ravivé les tensions. Parallèlement, la fermeture temporaire de la centrale hydroélectrique d’Enguri en raison d’une mauvaise gestion accentue les critiques envers les autorités locales soutenues par Moscou.
À propos de l'auteur
Alexis de Varax
Alexis de Varax est analyste géopolitique. Il est diplômé en géopolitique et philosophie, spécialisé dans les dynamiques politiques du Caucase et de l'Europe de l'Est. Il contribue à la production de veilles géopolitiques hebdomadaires et d'analyses approfondies sur les relations internationales et les enjeux contemporains dans les pays post-soviétiques.



