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Ecologie

Géopolitique des ressources hydriques transfrontalières – Point de situation au 27/11/24

Publié le 28/11/2024
4 min de lecture
Par Matteo Mevellec
Monde

Le 2 octobre 2024, la République démocratique du Congo (RDC) a annoncé un programme pluriannuel de près d’un milliard de dollars, en partenariat avec la Banque mondiale, pour développer le projet hydroélectrique Inga III. Ce projet vise à exploiter le potentiel du fleuve Congo avec une capacité prévue de 11 000 MW et un coût estimé à 14 milliards de dollars.

Le fleuve Congo, le deuxième plus long d’Afrique et le plus puissant au monde en termes de débit (41 000 m³/s), est depuis longtemps une ressource stratégique pour l’Afrique centrale. Les barrages Inga I et Inga II, construits en 1972 et 1982 sous le régime de Mobutu Sese Seko, furent les premières tentatives d’exploitation de son potentiel hydroélectrique. Situés à environ 225 km de Kinshasa, ces barrages étaient destinés à fournir de l’électricité aux industries minières du Katanga, à la capitale, ainsi qu’à des pays voisins comme l’Angola. Cependant, des problèmes d’entretien, de gestion et de corruption ont rapidement réduit leur efficacité, et en 2014, seulement 50 % de leur capacité totale était exploitée.

L’idée du « Grand Inga » a émergé dans les années 1990 pour répondre aux besoins énergétiques croissants de la région et à la faiblesse des infrastructures nationales. Ce plan ambitieux prévoit une série de barrages interconnectés aux chutes d’Inga, avec une capacité théorique pouvant atteindre 70 000 MW, soit 40 % de la capacité hydroélectrique installée en Afrique. Cependant, son développement a été freiné par des défis financiers, politiques et environnementaux.

En 2013, la RDC et l’Afrique du Sud ont signé un accord par lequel l’Afrique du Sud s’engageait à acheter 2 500 MW d’électricité produite par Inga III, la première phase du Grand Inga, afin de rassurer les investisseurs internationaux. Malgré cet accord, le projet a subi de nombreux retards en raison de conflits entre consortiums et de problèmes de transparence.

Relancé en octobre 2024, Inga III est bien plus qu’un simple projet énergétique. Pour la RDC, il représente une opportunité de transformer son potentiel hydroélectrique en un moteur de développement économique et social. Avec moins de 20 % de sa population ayant accès à l’électricité, le pays espère répondre à un besoin énergétique urgent et renforcer sa capacité industrielle, notamment dans le secteur minier, essentiel à son économie. Cependant, le projet fait face à des défis liés à la gouvernance, ainsi qu’à des tensions potentielles avec les communautés locales, qui pourraient être déplacées en raison des inondations causées par le barrage.

À l’échelle régionale, Inga III pourrait renforcer la coopération énergétique en Afrique australe. L’accord avec l’Afrique du Sud pourrait faciliter l’intégration des réseaux électriques et positionner la RDC comme un fournisseur clé d’énergie. Cependant, des pays en aval comme la République du Congo et l’Angola s’inquiètent des impacts possibles sur le débit du fleuve, crucial pour leurs écosystèmes et leurs économies locales.

À l’échelle internationale, le projet attire l’attention des grandes puissances comme la Chine, qui souhaite financer et construire le barrage. Cette implication s’inscrit dans la stratégie d’investissement de la Chine en Afrique, mais elle suscite des inquiétudes parmi des acteurs occidentaux comme les États-Unis et l’Union européenne, qui y voient une concurrence géopolitique. La Banque mondiale, partenaire clé, soutient le projet mais exige des normes strictes en matière de transparence et de durabilité environnementale.

Inga III soulève également des préoccupations environnementales majeures. La construction du barrage risque d’entraîner l’inondation de terres agricoles, de perturber les écosystèmes aquatiques, et d’exercer une pression accrue sur les forêts du bassin du Congo. Compte tenu de la biodiversité unique du fleuve Congo, ces impacts pourraient provoquer l’opposition des organisations environnementales et nuire à l’image du projet dans un contexte global marqué par les enjeux climatiques.

En conclusion, Inga III est un projet d’une portée géopolitique exceptionnelle. S’il aboutit, il pourrait transformer la RDC en une plaque tournante énergétique pour l’Afrique australe et stimuler sa croissance économique. Cependant, sa réalisation dépendra de la capacité à surmonter des défis majeurs en matière de gouvernance, de coopération régionale, de financement, et de protection de l’environnement.

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