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Géopolitique des ressources hydriques transfrontalières – Point de situation au 19/10/24

Publié le 19/10/2024
4 min de lecture
Par Matteo Mevellec
Monde

La crise de l’eau en Ukraine n’a pas débuté en octobre 2024, mais elle s’est considérablement aggravée à ce moment-là. Depuis 2022, les frappes russes ont régulièrement visé les infrastructures civiles, y compris les systèmes d’eau. Cependant, en octobre 2024, la destruction de deux infrastructures hydrauliques majeures dans l’oblast de Donets a exacerbé une situation déjà critique, privant 260 000 personnes d’eau potable. Ce problème, déjà présent, est devenu plus alarmant avec l’arrivée de l’hiver, intensifiant les risques sanitaires et humanitaires.

Cette destruction s’inscrit dans une stratégie délibérée de la Russie pour cibler les infrastructures civiles vitales. La privation d’eau potable pose des risques sanitaires accrus, notamment la prolifération de maladies liées à la consommation d’eau non traitée et le manque d’hygiène dans les zones les plus touchées. « Ces frappes répétées visent à briser le moral de la population et à provoquer un déplacement massif des civils », a déclaré un responsable ukrainien. Selon l’ONU, des milliers de personnes ont été affectées par ces attaques, entraînant une crise humanitaire de grande ampleur​.

Les conséquences immédiates de ces frappes se font sentir principalement au niveau local. Les habitants de Donetsk et des régions environnantes ont perdu l’accès à l’eau courante, ce qui a engendré des problèmes d’hygiène. La distribution d’eau par camions-citernes ne peut compenser l’ampleur des besoins, et les zones résidentielles sont les plus touchées, en particulier dans les immeubles à plusieurs étages où l’eau n’atteint plus les niveaux supérieurs.

Cette crise s’ajoute à un ensemble de défis déjà importants pour l’Ukraine. L’État doit gérer des priorités contradictoires : soutenir les efforts de guerre tout en s’occupant de la population civile dans les zones sous contrôle ukrainien. Les régions industrielles du Donbass, qui dépendent d’un accès stable à l’eau pour leur fonctionnement, sont désormais paralysées. Cela a un impact direct sur l’économie du pays, ainsi que sur la mobilisation des ressources humaines et matérielles.

Les fleuves transfrontaliers comme le Dniestr, essentiel à la Moldavie, sont aussi menacés par la destruction des infrastructures ukrainiennes. Une dégradation continue des systèmes de gestion de l’eau pourrait entraîner des tensions avec les pays voisins, notamment si des problèmes de pollution ou de rareté de l’eau venaient à affecter leurs ressources.

Face à l’ampleur de la catastrophe, l’ONU, l’Union européenne et d’autres organisations internationales ont tenté d’apporter une aide d’urgence. Cependant, les frappes continues sur les infrastructures de transport et d’énergie limitent l’efficacité de cette assistance. La situation est d’autant plus critique que l’hiver approche et que les températures vont rapidement chuter, augmentant les risques d’hypothermie en plus des problèmes liés à l’eau.

L’ONU a récemment publié un rapport dans lequel elle estime que plus de 6 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays sont actuellement en situation de vulnérabilité extrême. La destruction des infrastructures hydriques complique les efforts pour stabiliser la situation humanitaire. L’envoi de camions-citernes et de systèmes de filtration temporaires constitue une réponse à court terme, mais il devient de plus en plus clair que la situation nécessitera des interventions à long terme pour la reconstruction des infrastructures détruites​

La crise actuelle autour des ressources en eau en Ukraine illustre une tendance plus large dans l’utilisation des infrastructures vitales comme cibles dans les guerres modernes. En privant une population de ses ressources de base, la Russie vise à créer une pression insoutenable sur le gouvernement ukrainien et à accélérer l’exode des civils. À plus long terme, cette tactique pourrait entraîner des répercussions géopolitiques dans toute la région, en perturbant les réseaux hydriques transfrontaliers et en exacerbant les tensions avec les pays voisins, comme la Moldavie, qui dépendent également de ces ressources.

Les perspectives de coopération pour la gestion de l’eau dans la région sont, pour l’instant, faibles. Les organisations internationales pourraient jouer un rôle clé dans la reconstruction des infrastructures et dans la gestion des tensions transfrontalières liées à l’eau. Cependant, la poursuite des hostilités complique toute tentative de dialogue ou de coopération à court terme. Le conflit en Ukraine continue de montrer comment la guerre affecte des millions de civils, et la privation d’eau potable est devenue une arme particulièrement efficace dans ce cadre.

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