Géopolitique des ressources hydriques transfrontalières – Point de situation au 08/01/25

Le 3 décembre 2024, Riyad a accueilli le One Water Summit, un événement international majeur organisé par l’Arabie saoudite, la France et le Kazakhstan, en partenariat avec la Banque mondiale. Ce sommet visait à aborder les défis globaux liés à l’eau, une ressource de plus en plus rare et disputée. Les discussions se sont concentrées sur des solutions durables, comme les infrastructures résilientes au climat, les technologies de dessalement et la gestion des eaux transfrontalières, en particulier dans les régions sensibles comme l’Asie centrale.
Le Kazakhstan a mis en avant son expérience en tant que pays touché par des pénuries croissantes et des tensions liées à l’eau. Le président Kassym-Jomart Tokaïev a plaidé pour une gouvernance régionale plus forte, notamment sur les bassins partagés du Syr-Daria et de l’Amou-Daria, essentiels pour les populations locales. Par ailleurs, l’Arabie saoudite a annoncé la création d’un fonds international pour financer des projets hydriques en Afrique et en Asie, avec un soutien technique de la Banque mondiale.
Les événements internationaux centrés sur l’eau ne sont pas une nouveauté. Depuis le Congrès international de La Haye en 1972, où les bases d’une gestion internationale des ressources hydriques ont été posées, jusqu’à la Conférence de Mar del Plata en 1977, l’eau a été reconnue comme un enjeu mondial. Ces rencontres ont abouti à des premières recommandations sur la gestion équitable des ressources partagées, en insistant sur le droit à l’eau comme un droit humain.
Un autre tournant important fut la Déclaration de Dublin en 1992, qui a mis en avant l’idée que « l’eau a une valeur économique et doit être considérée comme telle ». Ce principe a influencé des initiatives majeures, comme la création du Conseil mondial de l’eau en 1996, ou encore les Forums mondiaux de l’eau, organisés depuis 1997, qui rassemblent régulièrement des acteurs publics et privés pour débattre des enjeux hydriques.
Plus récemment, la Conférence des Nations Unies sur l’eau de 2023, la première depuis près de 50 ans, a réaffirmé l’urgence d’actions coordonnées pour garantir l’accès à l’eau potable à tous. Ces événements montrent que les questions d’eau sont à la croisée des problématiques environnementales, économiques et géopolitiques.
Le sommet de Riyad s’inscrit dans un contexte où l’eau est devenue un levier stratégique majeur. En effet, 60 % des ressources mondiales en eau douce se trouvent dans des bassins transfrontaliers, partagés entre plusieurs nations. Cela en fait une source potentielle de tensions, notamment dans des régions où l’eau est rare. Par exemple :
- Le conflit autour du Nil, impliquant l’Égypte, le Soudan et l’Éthiopie à propos du Grand Barrage de la Renaissance. L’Égypte, fortement dépendante du fleuve, s’inquiète des conséquences du barrage sur ses ressources hydriques.
- Les différends en Asie centrale sur le Syr-Daria et l’Amou-Daria, où des pays comme le Kazakhstan et l’Ouzbékistan s’affrontent sur la répartition des eaux issues des montagnes du Tadjikistan et du Kirghizistan.
Cependant, des initiatives comme celles lancées lors du sommet de Riyad montrent qu’il est possible de transformer ces tensions en opportunités de coopération. En engageant des partenariats internationaux, en investissant dans des solutions technologiques et en promouvant le dialogue, des pays comme l’Arabie saoudite et le Kazakhstan tentent de jouer un rôle de médiateurs dans cette « guerre silencieuse de l’eau ».
Le One Water Summit de Riyad a renforcé l’idée que l’eau est à la fois une ressource stratégique et un enjeu collectif mondial. Alors que le changement climatique et la croissance démographique exacerbent les pressions sur les ressources, la coopération internationale est plus que jamais nécessaire pour éviter que l’eau ne devienne une cause de conflits majeurs.
À propos de l'auteur
Matteo Mevellec
Biographie non renseignée



