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Géopolitique des ressources hydriques transfrontalières – Point de situation au 04/12/24

Publié le 05/12/2024
4 min de lecture
Par Matteo Mevellec
Monde

En septembre 2024, l’Argentine et le Paraguay ont signé un accord pour résoudre une crise diplomatique majeure liée à la libre navigation de la voie fluviale Paraguay-Paraná. Ce différend, qui a impliqué également le Brésil, l’Uruguay et la Bolivie, concernait les péages imposés par l’Argentine sur cette route fluviale stratégique. Cet accord, bien que provisoire, reflète une avancée importante pour le commerce régional et la stabilité géopolitique en Amérique du Sud.

La crise a éclaté en août 2024, lorsque l’Argentine a décrété une augmentation significative des péages pour les navires empruntant la voie navigable Paraguay-Paraná, atteignant 4,98 USD par tonne de jauge nette (TJN), et prévoyant une hausse progressive jusqu’à 6,04 USD en 2027.
Cette décision, justifiée par Buenos Aires comme un moyen de financer l’entretien des infrastructures fluviales, a suscité de vives protestations du Paraguay, dont l’économie dépend de cet accès pour exporter des marchandises comme le soja et les céréales. Le Paraguay, soutenu par d’autres pays du Mercosur, a dénoncé cette initiative comme une entrave au commerce régional et une violation des accords internationaux sur la libre navigation.

En réponse, le Paraguay a fait appel à un arbitrage international au sein du Mercosur, soulignant que cette mesure affectait non seulement ses exportations, mais également la stabilité économique régionale. Finalement, après plusieurs semaines de négociations, un compromis a été trouvé en septembre 2024 : un tarif réduit de 1,20 USD par TJN a été fixé pour une période provisoire de six mois, jusqu’au 28 février 2025.

Le bassin de la Plata, couvrant environ 3,1 millions de km², est le cinquième plus grand bassin fluvial au monde et traverse cinq pays : l’Argentine, le Paraguay, le Brésil, l’Uruguay et la Bolivie. Historiquement, cette région a été au cœur des rivalités économiques et politiques. Pendant la période coloniale, les puissances espagnoles et portugaises se disputaient déjà le contrôle des routes fluviales stratégiques, vitales pour l’acheminement des ressources naturelles.

Avec l’expansion du commerce agricole au XXᵉ siècle, notamment des exportations de soja et de minerais, les tensions sur la gestion des voies navigables ont pris une dimension économique accrue. La voie Paraguay-Paraná, longue de près de 3 400 km, est aujourd’hui une artère essentielle pour les pays enclavés comme le Paraguay et la Bolivie, qui dépendent de cet accès pour atteindre les ports argentins et uruguayens.

Dans les années 1990, des accords dans le cadre du Mercosur ont établi les principes de la libre navigation, mais des différends récurrents subsistent, notamment sur le financement des infrastructures fluviales et l’application des droits souverains.

La crise de 2024 met en lumière les tensions récurrentes entre souveraineté nationale et intégration régionale en Amérique du Sud. En imposant des péages, l’Argentine a cherché à financer l’entretien des infrastructures fluviales, mais aussi à renforcer son contrôle sur un réseau stratégique. Cependant, cette décision a été perçue par ses voisins comme une instrumentalisation des ressources partagées à des fins économiques et politiques internes.

Pour le Paraguay, pays enclavé, ce différend reflète une vulnérabilité structurelle, exacerbée par sa dépendance vis-à-vis de la voie Paraguay-Paraná pour ses exportations. Cette situation a également mis en lumière la nécessité d’un cadre plus clair et contraignant au sein du Mercosur pour réguler les différends fluviaux.

L’accord de septembre 2024, bien qu’une avancée importante, reste temporaire et symbolise les défis d’une gouvernance partagée des ressources hydriques. Pour éviter de nouvelles crises, des négociations à long terme seront nécessaires, incluant :

  • Une meilleure répartition des coûts d’entretien.
  • Une surveillance multilatérale des tarifs imposés.
  • Une gouvernance régionale renforcée pour intégrer davantage les économies des pays enclavés.

L’accord entre l’Argentine et le Paraguay sur les péages de la voie Paraguay-Paraná marque une étape importante dans la gestion des tensions régionales. Cependant, il ne résout pas les différends de fond concernant l’exploitation de cette voie stratégique. À long terme, seule une approche intégrée et multilatérale permettra d’assurer une coopération durable dans le bassin de la Plata, essentiel pour l’intégration économique de l’Amérique du Sud.

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