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Diplomaties d’influence en Asie centrale – Point de situation au 09/03/24

Publié le 10/03/2024
5 min de lecture
Par Jean Monéger
Asie Centrale et sud-Caucase

Les relations entre l’Asie centrale et l’Europe, dans la conjoncture actuelle, se déclinent sous plusieurs formes, des visites et déclarations conjointes aux accords de partenariat.

Le Kazakhstan a fait la démonstration de cette diversité de liens. Au cours de sa visite à Astana le 1er novembre, Emmanuel Macron était accompagné d’une cohorte de dirigeants d’entreprise. De nombreux accords, publics et privés, ont été signés à cette occasion. Au lendemain de cette visite, Astana accueillait le dixième sommet de l’Organisation des États turciques.

Plus tôt, le 18 janvier, Kassym-Jomart Tokaïev, le président de la République kazakhstanaise, s’était rendu à Rome. Il y a notamment rencontré Giorgia Meloni et le pape François Ier.  Avec la présidente du conseil des ministres italien, l’occasion a été propice à évoquer la confiance mutuelle, les liens économiques, l’art, et la «connectivité» en général – c’est-à-dire le soutien au projet de corridor médian transcaspien.

Un forum euro-centrasiatique avait lieu autour du projet Global Gateway à Bruxelles les 29 et 30 janvier. Nommé en anglais le «Global Gateway investors forum for EU-Central Asia Transport Connectivity», l’événement a concentré sur un temps très court des réunions et discussions organisées autour d’un ou plusieurs thèmes. D’après le document rapportant les conclusions de la rencontre, l’essentiel des échanges a tourné autour des besoins pour intégrer l’Asie centrale dans le projet Global Gateway via le corridor médian..

Ce projet, alternative européenne aux Nouvelles route de la soie, se décrit comme «l’offre positive de l’Union européenne pour réduire les écarts mondiaux en termes d’investissements et pour accélérer des connexions intelligentes, propres et sécurisées dans les secteurs de l’énergie et des transports, et pour renforcer les systèmes de santé, d’éducation et de recherche». On retrouve là des éléments de langage habituels de la part de l’Union européenne. Plus concret et intéressant, le document mentionne nommément et directement le besoin de trouver des routes offrant des alternatives à celles que l’invasion de l’Ukraine par la Russie a rendu infréquentables. Avec, également, un objectif de long terme : «faire du corridor de transport transcaspien une route multimodale, moderne, compétitive, durable, prévisible et rapide liant l’Europe et l’Asie centrale en 15 jours ou moins».

Au-delà de ces déclarations, la Commission européenne a annoncé plusieurs mesures à l’issue du sommet : un programme de transport régional financé par l’Union européenne et devant être adopté en 2025, l’établissement d’une plate-forme de coopération, et un programme de prospérité; cette formulation n’est pas détaillée dans le compte-rendu, il est seulement dit de ce projet qu’il sera implémenté par le Centre du commerce international et l’OCDE pour «la facilitation du commerce» : on retrouve le libéralisme occidental et son penchant habituel doux commerce. «Les investissements en Asie centrale sont politiques par nature», a dit Josep Borrell à l’occasion de l’ouverture du forum.

S’il est difficile de saisir de quelle façon ces discussions et réunions se réalisent concrètement, certaines rencontres apportent plus d’éléments. Au lendemain du forum Global Gateway, le ministre du commerce kazakhstanais s’entretenait avec les représentants de l’OCDE et les ambassadeurs de ses pays membres. Ce fut bien sûr l’occasion de souligner l’importance du corridor médian transcaspien, et surtout l’augmentation sur 2023 de 86% du volume des marchandises transitant par lui.

Dans la continuité des termes employés lors du forum, «les experts de l’OCDE ont présenté de nouveaux rapports sur la facilitation du commerce en Asie centrale et sur la réalisation du potentiel du corridor médian». Un point souligné a été la nécessité de développer les relations commerciales entre les pays d’Asie centrale, ainsi que l’écosystème à l’export du Kazakhstan.

En se bornant aux discours et aux déclarations, les relations entre l’Europe ou l’Occident et l’Asie centrale ne vont guère plus loin qu’une volonté de commercer : les déclarations de principe sur la situation géopolitique vont rarement plus loin que le respect du droit international – terme qui revenait suite aux rencontres de Kassym-Jomart Tokaïev avec Emmanuel Macron en 2022 et 2023, avec Giorgia Meloni en janvier ; c’est également le cas lorsque Xi Jinping et les cinq dirigeants d’Asie centrale se rencontrent. Certains éléments stratégiques sont connus, l’Asie centrale pouvant notamment peser de façon non négligeable en termes d’hydrocarbures et de ressources minières, en particulier le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, qui en profitent pour mener leur politique d’équilibre multivectorielle. Au-delà de ces points, y a-t-il une stratégie géopolitique ?

William Thompson, tête de l’OCDE pour l’Eurasie, a évoqué le sujet, notant que «traiter les défis causés par les événements géopolitiques exige des pays de la région le prérequis de pousser leur intégration régionale et internationale, d’améliorer les infrastructures existantes et de supprimer les barrières au commerce». Cas d’école de libéralisme politique et économique dont l’objectif est la libre circulation et les libertés individuelles, ou discours officiel pragmatique d’un Occident cherchant sa place dans un jeu d’influence ?

Le ministre du commerce kazakhstanais a, quoi qu’il en soit, répondu dans les mêmes termes : «pour le Kazakhstan, il est important de suivre les principes et les standards de l’OCDE, qui est un des plus importants partenaires de l’Asie centrale, dans divers secteurs de l’économie. […] Dans ce contexte, une priorité spécifique est donnée au renforcement de l’économie de marché et de l’écosystème d’exportations du Kazakhstan.»

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