Diplomatie énergétique et des ressources naturelles en Asie centrale – Point de situation au 15/11/2024

Le Kazakhstan à la recherche d’un équilibre
Le projet du Kazakhstan de construire sa première centrale nucléaire offre à la France une opportunité de renforcer ses relations économiques avec ce pays d’Asie centrale. Lors de la rencontre entre les présidents Tokaïev et Macron le 5 novembre, le partenariat nucléaire a été au cœur des discussions. Le Kazakhstan pourrait ainsi collaborer avec des géants français comme Orano et EDF pour réduire sa dépendance vis-à-vis de la Russie en matière nucléaire. Cependant, des défis logistiques persistent : le transport du combustible nucléaire kazakh vers l’Europe reste problématique en raison de sa dépendance aux routes russes et chinoises. Le Kazakhstan cherche des alternatives, comme le transport via le corridor caspien, tout en maintenant une diplomatie équilibrée entre ses partenaires régionaux et occidentaux.
De plus, le Kazakhstan renforce sa coopération énergétique avec la Chine. Le holding kazakh KazMunayGaz (KMG) et la China National Petroleum Corporation (CNPC) intensifient leurs efforts pour explorer les ressources d’hydrocarbures dans la région de Kyzylorda, où les réserves estimées atteignent 3,2 milliards de tonnes. Un partenariat avec la China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) a également été établi pour l’exploration du champ de Jylioy, dans la région d’Atyrau, avec des réserves potentielles de plus de 185 millions de tonnes de pétrole.
Des partenariats bénéfiques à l’Ouzbékistan avec la Chine
En 2023, l’Ouzbékistan est passé d’exportateur à importateur de gaz pour satisfaire sa demande interne tout en respectant ses engagements envers la Chine. C’est dans ce contexte qu’en septembre 2024, les données ouzbèkes ont indiqué un ralentissement des revenues liés au gaz, tandis que les douanes chinoises notent une hausse record des paiements vers Tachkent (2,16 fois plus qu’en septembre 2023), rendue possible par l’achat de gaz russe à bas prix, revendu plus cher à la Chine.
De plus, l’Ouzbékistan cherche à diversifier ses liens énergétiques notamment dans le domaine nucléaire, avec la Chine notamment, après avoir signé en juin 2024 un accord avec la compagnie russe « Rosatom » pour la construction d’une centrale nucléaire.
En effet, Pékin devrait partager son expérience dans la construction de centrales nucléaires à Tachkent, dans le cadre d’un accord entre l’agence de l’énergie atomique d’Ouzbékistan et la compagnie chinoise CNNC signé le 4 novembre.
Turkménistan, cap vers l’Est
Le Turkménistan poursuit ses relations énergétiques avec la Chine, notamment après la fin de son contrat avec Gazprom en raison de désaccords sur les prix. « Turkmengaz » envisage de répondre à la demande croissante en gaz en Asie, en Europe et en Russie, et travaille sur une quatrième ligne du gazoduc Turkménistan-Ouzbékistan-Kazakhstan-Chine pour augmenter ses exportations vers la Chine à 65 milliards de mètres cubes par an.
De plus, la Chine est le plus grand exportateur de gaz naturel du Turkménistan et les échanges commerciaux entre les deux pays ont dépassé les 83 milliards de dollars en 2024 a annoncé Zhang Daowei, le vice-président de China National Petroleum Corporation lors de la conférence internationale « Pétrole et gaz du Turkménistan – 2024 » entre le 23 et 25 octobre 2024.
Le Kirghizistan met l’accent sur les énergies renouvelables
Le Kirghizistan se concentre sur le développement des énergies renouvelables, notamment l’hydroélectricité, l’énergie solaire et éolienne, avec un accent particulier sur les petites centrales hydroélectriques. Edil Baisalov, vice-président du Cabinet des ministres, a annoncé le 23 octobre lors du forum « Économie verte 2024 : la voie verte vers le développement de l’Asie centrale », que de nouvelles petites centrales seraient inaugurées chaque semaine dès 2025. La production de « hydrogène vert », soutenue par les installations hydroélectriques et solaires, est également envisagée, tant pour l’énergie que pour l’agriculture verte. L’objectif est d’éliminer le déficit énergétique en trois ans et de doubler la production électrique d’ici 2030, consolidant ainsi le statut du Kirghizistan comme puissance hydroénergétique.
Le Tadjikistan sur la voie de l’énergie verte malgré des déficits occasionnels
Le Tadjikistan s’attend à un déficit énergétique de plus d’un milliard de kilowattheures pour l’hiver 2024-2025 et envisage des restrictions d’approvisionnement pour les consommateurs, à l’exception de la société d’aluminium TALCO et des grandes villes. Des discussions sont en cours avec l’Ouzbékistan et le Kazakhstan pour obtenir des flux d’électricité supplémentaires. Le pays, qui dépend à 98 % de l’hydroélectricité, souffre chaque année de pénuries en raison de la baisse du niveau d’eau. La demande en électricité augmente d’environ 9 % par an, aggravant la situation.
Malgré cela, le président du Tadjikistan, Emomali Rahmon, a annoncé le 13 novembre lors de la COP29 à Baku, que le pays prévoit de passer entièrement aux énergies renouvelables d’ici 2032 et de devenir une « nation verte » d’ici 2037. Actuellement, 98 % de l’électricité du Tadjikistan est d’origine hydraulique, mais le changement climatique pose un risque pour la sécurité énergétique et hydrique. Un rapport de la Banque mondiale met en garde contre des défis croissants liés à la dégradation des terres agricoles, au déficit en eau et à la pollution de l’air, ce qui pourrait freiner le développement économique du pays.
À propos de l'auteur
Thomas Vignes
Diplômé d'un Master en science politique spécialisé sur l'espace post-soviétique de la Higher School of Economics de Saint-Pétersbourg, Thomas s'intéresse aux problématiques sécuritaires et énergétiques dans cet espace. Thomas a notamment travaillé avec le Russian International Affairs Council à Moscou et le Caucasus Institute à Erevan. Il réalise désormais des recherches pour EurasiaPeace sur le thème de l'énergie et des ressources naturelles en Asie Centrale.



