Cybersécurité et luttes informationnelles : enjeux du cyberespace européen – Point de situation au 08/02/2024

DEEPSEEK : lancement et réactions
Le 20 janvier, Liang Wenfeng, 40 ans, fondateur de DeepSeek-R1, a donné une nouvelle impulsion à la course à l’innovation en matière d’intelligence artificielle (IA).
DeepSeek est une application d’IA générative, s’imposant comme la concurrente directe de ChatGPT, développée par la société OpenAI. Dotée d’un grand modèle linguistique (Large Language Model, LLM) et avec un besoin en énergie plus bas que ChatGPT lors de l’inférence, le fondateur estime le coût de développement de DeepSeek à moins de 6 millions de dollars, contre 100 millions de dollars pour la version 4 de ChatGPT. En plus d’un coût réduit, l’IA générative chinoise n’est pas équipée des processeurs graphiques (GPU) de la société Nvidia, considérés comme les meilleurs sur le marché car Washington en interdit l’exportation vers la Chine.
Le lancement de DeepSeek a suscité bon nombre de réactions, et en premier lieu, celle du marché. En effet, les actions de certains géants de la tech américaine comme Nvidia ou encore Broadcom ont chuté de 17% le 20 janvier.
Donald Trump, nouvellement investi, perçoit DeepSeek comme un « avertissement » pour les industriels américains.
La sortie de la nouvelle IA tombe au même moment que l’annonce de « Stargate », nouveau projet d’intelligence artificielle du nouveau Président américain, dans lequel il compte engager « au moins 500 milliards de dollars ».
Par ailleurs, selon un article du Financial Time, OpenAI disposerait de preuves qui inculperaient DeepSeek d’avoir distillé ses modèles d’algorithmes afin d’entraîner les siens à moindre coût.
Quoiqu’il en soit, cette nouvelle IA chinoise suscite des prises de parole et de positions de l’autre côté de l’Atlantique. Mark Zuckerberg, PDG de Meta, affirme : « Je continue de penser qu’investir massivement dans les dépenses d’investissement et les infrastructures va constituer un avantage stratégique au fil du temps ».
Les réserves de l’Union européenne concernant la protection des données
Au sein de l’Union européenne, le traitement des données et la conformité au règlement européen sur la protection des données (RGPD) inquiètent.
Le 29 janvier, l’Autorité de Protection des Données (DPC) irlandaise a demandé a la société DeepSeek des renseignements concernant le traitement des données des utilisateurs irlandais. En Belgique, l’association de consommateurs « Testchats » a saisi l’Autorité de Protection des Données.
Selon l’enquête menée par Euractiv, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a soutenu qu’elle analyserait les outils de DeepSeek et demanderait davantage d’information pour connaître le traitement des données des utilisateurs.
L’Europe dans la course à l’IA
Entre les États-Unis et la Chine, l’Europe tente de trouver sa place dans la course à l’IA. Organisé à Paris, le sommet pour l’action sur l’IA, réunissant 100 pays, aura lieu du 10 au 11 février. Anne Bouverot, coprésidente de la commission de l’IA, y participera en tant qu’envoyée spéciale du président de la République.
Le 10 février, plusieurs sujets seront abordés, et divers acteurs s’exprimeront sur celles-ci. Sur la thématique relative aux cyberattaques et à l’intégrité de la formation, le Président de Microsoft, Brad Smith, prendra la parole.
Une grande session plénière réunissant les chefs d’État et les acteurs internationaux participant à ce sommet aura lieu au Grand Palais le 11 février. Cette plénière laissera place à des échanges sur les actions communes à mettre en place dans le champ de l’IA.
À propos de l'auteur
Elyse Béasse
Suite à une classe préparatoire littéraire spécialité histoire-géographie, Elyse a validé une licence d’histoire à Sorbonne Université. Européenne. Elle poursuit désormais ses études en Master Affaires européennes à Sorbonne Université avec pour objectif de se spécialiser dans les questions liées à la défense de l’Europe. Elle s’intéresse particulièrement au domaine de la cyberdéfense.



