Conflits territoriaux en Asie centrale – Point de situation au 31/01/2025

L’Asie centrale, une région de flou frontalier
Les frontières d’Asie centrale sont héritées de la période coloniale russe dans la région. Avant l’URSS, aucune frontière n’était réellement présente. La création des frontières a été le résultat d’une volonté politique de Staline. En 1920, Staline lance la politique des nationalités. Le but est de créer des frontières administratives en suivant les nations composant l’URSS. Un pays satellite par nationalité. Le Kazakhstan est créé pour les Kazakhs, l’Ouzbékistan pour les Ouzbèkes etc. Néanmoins, selon Isabella Damiani, chercheuse spécialisée sur l’Asie centrale post-soviétique, ce découpage n’est pas adapté à la région en raison du mélange des populations sur les différents territoires. Il y a par conséquent des minorités disséminées un peu partout. Ces frontières administratives, aux conséquences moindres dans le cadre des républiques soviétiques, ont été remaniées à plusieurs reprises.
A la chute de l’URSS en 1991, ces frontières se matérialisent avec la création des Etats indépendants. Durant les années 1990s et les années 2000, certains pays nouvellement indépendants se mettent d’accord afin de fixer leurs frontières nationales. C’est le cas du Kazakhstan et du Kirghizistan, ou du Turkménistan et de l’Ouzbékistan par exemple.
Néanmoins, les frontières restent un enjeu régional important. En effet, en raison de l’hétérogénéité des populations présentes ainsi que l’artificialité des tracés frontaliers, de nombreuses frontières sont contestées et source de conflits. C’est le cas par exemple de la frontière entre le Tadjikistan et le Kirghizistan. Source de conflit depuis plus de trente ans, cette frontière contestée est le théâtre d’affrontements de plus en plus violents. La vallée du Ferghana est sujette elle aussi à de nombreux conflits en raison de la présence importante d’enclaves. Nombre de ces conflits sont exacerbés par la raréfaction des ressources naturelles dans la région ; c’est le cas de l’eau par exemple, ressource vitale pour des économies très agricoles.
Un apaisement des conflits à la frontière entre le Tadjikistan et le Kirghizistan
La frontière séparant le Tadjikistan et le Kirghizistan est depuis plusieurs dizaines d’années une importante source de tensions. S’étalant sur 970 km, cette frontière a été le lieu d’affrontement frontalier régulier. Entre 2012 et 2022, aucune année de répit n’a été connue. Depuis mai 2021, la frontière est fermée, causant de grandes pertes économiques pour les deux pays. Les routes étaient dessinées de façon à ne pas se croiser ou à servir de frontière temporaire.
A la mi-décembre 2024, les représentants kirghizes et tadjiks ont annoncé une résolution complète du conflit transfrontalier et le début d’une négociation. Sadyr Japarov, le président kirghiz, a annoncé dans un entretien à l’agence de presse nationale kirghize Kabar que «La question des frontières a été pratiquement résolue. Une fois ce travail achevé, les commissions intergouvernementales signeront, puis les ministres des affaires étrangères. Après toutes ces procédures, l’accord sera ratifié par les parlements des deux pays. Ensuite, nous, les présidents des deux pays, signeront le document. Il y aura ensuite un échange de notes. Ce n’est qu’à ce moment-là que les travaux de démarcation se poursuivront pendant encore un à deux ans. Ce n’est qu’après cela que le processus sera entièrement achevé. L’essentiel est que nous soyons parvenus à un accord bilatéral.»
Un travail bilatéral important est mené autour de la question des habitations qui se retrouveront du côté opposé à leur nationalité de la frontière. Une solution a été trouvée selon laquelle les habitants seraient relocalisés par les Etats et leurs maisons reconstruites sans perte de richesse ou de territoire.
Les Premiers ministres de l’Ouzbékistan, du Kirghizistan et du Tadjikistan se sont rencontrés le 8 janvier 2025 dans la vallée de Ferghana, lieu de conflit frontalier depuis des années. Cela a montré une volonté d’apaisement des tensions et de coopération régionale. Dans une mesure publiée sur le site gouvernemental kirghize, il est expliqué que «Les premiers ministres des trois pays ont souligné que les pays disposent d’un grand potentiel pour renforcer la coopération dans des domaines clés tels que le commerce, la logistique, l’eau et l’énergie, ainsi que les liens culturels et humanitaires».
Le 20ème anniversaire de la stabilité de la frontière entre la Russie et le Kazakhstan
Le 18 janvier 2025 était le vingtième anniversaire du traité entre le Kazakhstan et la Russie au sujet de leur frontière. Cette frontière est la plus grande frontière terrestre au monde. Preuve de bon voisinage selon Kassym-Jomart Tokayev, actuel président du Kazakhstan, cet anniversaire a été célébré par un message envoyé à Vladimir Poutine.
À propos de l'auteur
Clotilde Beaucousin Ankilbeau
Biographie non renseignée



