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Conflit Abkhazie et Ossétie du sud/Géorgie – Point de situation au 23/06/2023

Publié le 27/06/2023
7 min de lecture
Par Johann Lemaire
Asie Centrale et sud-Caucase

Cette semaine a été marquée par une série de commémorations. En effet, l’Abkhazie célébrait le 29e anniversaire de l’entrée des casques bleus russes dans la zone du conflit armé géorgien-abkhaze. Le 21 juin 1994, les forces russes sont arrivées en Abkhazie pour y rester 14 années. On a recensé plus de 30 000 casques bleus russes qui ont pris part aux « activités de maintien de la paix ». Cette commémoration a rendu notamment hommage aux 117 morts russes sur le sol abkhaze. C’est le président de la République d’Abkhazie en personne, Aslan Bjania, qui a partagé sa gratitude et son respect aux familles des défunts devant une délégation officielle venue du Kremlin. 

Évidemment, ce moment de recueillement a résonné particulièrement cette année au vu de la guerre en Ukraine mais ce sont surtout vis-à-vis des tensions persistantes entre l’Abkhazie et la Géorgie que ce travail de mémoire a pris sens. On a retrouvé deux axes discursifs dans les propos du président abkhaze : le rôle joué par la Russie dans le maintien de la paix dans la région ainsi que la volonté de continuer la coopération avec le Kremlin pour garantir la sécurité de l’Abkhazie. 

Cette volonté d’étendre les coopérations entre les deux entités s’est également illustrée le 21 juin avec la tenue d’une réunion de travail à la Douma d’Etat de la Fédération de Russie. L’objet de cette rencontre était de questionner la coopération interparlementaire. Les représentants abkhazes ont soulevé des sujets liés à la facilitation de la procédure de passage de la frontière d’Etat entre la République d’Abkhazie et la Fédération de Russie. Les députés ont également abordé les questions de l’interaction parlementaire dans le développement du cadre juridique bilatéral actuel, y compris celles liées à l’harmonisation de la législation de la République d’Abkhazie avec la législation de la Fédération de Russie.

Des commémorations se sont également déroulées en Ossétie du Sud. D’abord avec le 103e anniversaire du « génocide » ossète. Le président de la République d’Ossétie du Sud, Alan Gagloïev, a adressé un appel à la nation à cette occasion : « Le 20 juin, l’Ossétie célèbre un autre anniversaire du génocide perpétré par la Géorgie avec une cruauté barbare en 1920… ». Dans cet appel, le président a accusé les autorités géorgiennes de propagande pour effacer une mémoire qui « continue de brûler dans l’âme du peuple, une blessure non cicatrisée fait mal au cœur ». Plus qu’une remémoration, cet appel a reflété un caractère belliqueux et témoigne de la persistance de tensions. 

Autre anniversaire en Ossétie du Sud : le 82e du début de la Grande Guerre Patriotique (Seconde Guerre mondiale). A cette occasion, plusieurs évènements se sont déroulés en Ossétie du Sud tout au long du 22 juin. Une délégation officielle a été envoyé à la forteresse des héros de Brest (Biélorussie) où une conférence sur la guerre y a été dédiée. Pour le président de la République d’Ossétie du Sud, Alan Gagloïev, il s’agissait de « l’une des dates les plus tragiques de notre histoire ». Tout en exprimant sa fierté, il a partagé un devoir et une responsabilité vis-à-vis des soldats morts sur le front. Il a conclut son communiqué en s’adressant aux citoyens ossètes mobilisés en Ukraine : « Aux citoyens de la république qui participent à l’opération militaire spéciale en Ukraine, je vous souhaite un retour rapide chez vous sain et sauf ! La victoire sera à nous ».  

Ainsi que ce soit en Abkhazie ou en Ossétie du Sud, cette semaine était marquée par des commémorations qui ne les ont pas replongées uniquement vers des passés tragiques mais également vers des enjeux actuels. Un parfum contemporain semblait se dresser autour de ces hommages. Que ce soit le front Ukrainien ou encore les tensions avec la Géorgie, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud ont réitéré leur désir de coopérer avec le Kremlin sur les enjeux de sécurité régionale et internationale.

En Géorgie, la semaine a été rythmée par le rapport oral présenté par la Commission européenne sur les progrès réalisés par l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie en matière de réforme. Celui-ci est un révélateur des tendances sur l’octroi ou non du statut de candidat de la Géorgie à une entrée dans l’Union européenne. C’est Olivier Varhelyi, commissaire européen chargé de la politique européenne de voisinage et de l’élargissement, qui a présenté ce premier rapport. Selon lui, la Géorgie n’aurait rempli que trois des douze priorités fixées par la Commission Européenne. Il s’agirait de progrès en la matière de l’égalité des sexes et en lutte contre les violences faites aux femmes (1), sur l’examen des décisions de la Cour européenne des droits de l’homme (2) ; et enfin à travers la nomination d’un défenseur public par le biais du processus transparent. Le commissaire a également confirmé un progrès notable dans 7 autres directions. Olivier Varhelyi a également rencontré le président géorgien ces derniers jours. Il lui a rappelé que c’était un défi aussi important pour l’Union européenne que pour la Géorgie. Selon le commissaire européen les principaux axes de réforme en Géorgie doivent tourner autour de la lutte contre la corruption, du système judiciaire, de la protections des personnes issues de la communauté LGBQI ainsi que plus d’inclusion de la société civile dans le processus décisionnel. 

Ce rapport oral a suscité de nombreuses réactions à la fois au sein de la Géorgie ainsi que dans la communauté internationale. En Géorgie, c’est l’opposition qui s’est emparée de ce rapport, à l’instar de Khatia Dekanoidze qui charge le gouvernement et le parti Georgian Dream : « le fait que la partie formelle de l’octroi du statut soit discutée aujourd’hui est le mérite de nos citoyens et des changements géopolitiques ». A l’international, le président biélorusse Alexandre Loukachenko s’est exprimé sur les relations entre la Géorgie et l’Occident lors de la réunion du 20 juin des ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’Organisation du Traité de sécurité collective. Selon lui : « Ils [les géorgiens] en ont assez des promesses occidentales et veulent revenir sur notre marché… ». Il tend la main à une alliance régionale, post-soviétique. 

La fin d’année 2023 sera – à n’en pas douter – un moment charnière pour l’avenir de la Géorgie sur la scène internationale. Si les relations avec l’Union européenne avancent et qu’un projet commun semble s’entrevoir, c’est sans doute le contexte international qui aura le dernier mot. La question qui reste en suspens est de savoir si une adhésion à l’Union européenne et à une alliance euro-atlantique serait de l’ordre du choix ou de la contrainte pour la Géorgie. 

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