Conflit Abkhazie et Ossétie du sud / Géorgie – Point de situation au 08/12/23

Le 59ème cycle des Discussions Internationales de Genève a eu lieu les 5 et 6 décembre à Genève sur les deux volets sécuritaire et humanitaire. Au centre des discussions figuraient les « tensions accrues le long de la frontière administrative de l’Ossétie du Sud » et notamment la fusillade mortelle du 6 novembre, selon le communiqué des co-présidents. Les participants se sont accordés sur le caractère «relativement stable» de la situation et sur la nécessité de reprendre les travaux du MPRI dans la ville de Gali. La partie états-unienne s’est bornée, comme à son habitude, à des injonctions à l’attention de la Russie.
Ces réunions ont pris place un mois après le décès de Tamaz Ginturi, citoyen géorgien âgé de 58 ans, tué par les forces d’occupation russe en Ossétie du sud près du village de Kirbali alors que selon Civil.ge ce dernier était allé prier dans l’église St Georges de Lomisi, ce que le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Galuzin a justifié en ces termes depuis Genève : «nous ne parlons pas de quelqu’un qui vise délibérément à tuer quelqu’un ; ces gens ont traversé illégalement la frontière de l’Ossétie du Sud, ils ont menacé les gardes-frontières avec une hache, ce qui est une arme blanche très sérieuse, ils voulaient écraser nos gardes-frontières avec leur voiture ; des coups de semonce ont d’abord été tirés en l’air puis dans les pneus du véhicule».
La partie géorgienne a, selon son ministère des Affaires étrangères, insisté sur «la nécessité de respecter l’accord de cessez-le-feu signé par la Russie le 12 août 2008, sous la médiation de l’Union européenne, ainsi que sur les thèmes du retour des personnes déplacées et des réfugiés des territoires occupés». Mais les parties russe, abkhaze et sud-ossète se sont à nouveau retirées des discussions au moment d’aborder cette question. En effet, selon le ministère russe des Affaires étrangères «la résolution politisée de l’Assemblée générale des Nations Unies sur les personnes déplacées et les réfugiés, présentée chaque année par la Géorgie, reste un sérieux irritant qui entrave la coopération sur les questions humanitaires à Genève», point de vue auquel s’est associée la partie sud-ossète qui parle de «politisation artificielle du problème» et qui a attiré l’attention sur «les violations flagrantes par la Géorgie des droits des Ossètes, originaires de la région de Kazbegi (Tyrsygom), qui depuis plusieurs années n’ont pas pu accéder à leurs villages ancestraux».
La Géorgie a elle aussi dénoncé le fait que «la Russie et les représentants de ses régimes d’occupation [avaient] de nouveau politisé les questions humanitaires et [avaient] abandonné les négociations sur l’un des principaux sujets de l’ordre du jour».
Par ailleurs, la partie abkhaze qui persiste a demander un document juridiquement contraignant sur les garanties internationales de non recours à la force aux côtés des parties russe et sud-ossète, a mentionné, selon Apsnypress, que «les participants géorgiens [n’avaient] pas fait preuve d’une approche constructive et [avaient] refusé de discuter des initiatives de paix visant à assurer la stabilité et la sécurité en Transcaucasie ». Selon le MAE russe, «la nécessité de renforcer davantage la sécurité de Soukhoumi et de Tskhinvali est dictée par l’activité croissante de l’OTAN dans la région de la mer Noire, la mise en œuvre de plans de développement militaire de la Géorgie par l’alliance et la dotation de ce pays avec des types d’armes modernes». Un point de vue partagé par le «MAE sud-ossète» qui a aussi évoqué concernant les discussions sur le volet humanitaire «la position extrêmement destructrice des participants géorgiens et les attaques brutales contre les parties sud-ossète, russe et abkhaze». Le vice-ministre des Affaires étrangères géorgien, Lasha Darsalia, a déclaré aussi à la radio depuis Genève le 6 décembre : «Malheureusement, nous sommes toujours confrontés à une approche destructrice de la part des Russes».
Derrière la déclaration lisse des coprésidents, un constat d’échec de la part de tous les protagonistes du conflit. Le prochain cycle devrait avoir lieu en avril 2024.
À propos de l'auteur
Morgan Caillet
Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.



