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Bonne année 2026 ! Le multilatéralisme vous présente ses condoléances

Publié le 26/01/2026
6 min de lecture
Par Noah VIDON
Asie de l'est
Multilatéralisme -Poignée de main Maduro - Xi Jinping

Multilatéralisme -Poignée de main Maduro - Xi Jinping

En février 2025, à l’occasion de la Conférence de Munich, le vice-président J. D. Vance actait la fin du consensus transatlantique en déclarant : “il y a un nouveau shérif en ville”. Une rupture brutale avec le statu quo, intimant à l’Europe de basculer dans une logique de puissance et d’autonomie stratégique face à un désengagement américain désormais assumé. Un an plus tard, le paysage stratégique du multilatéralisme consacre la désagrégation accélérée des mécanismes de régulation des relations internationales : alors que le président américain annonce la création d’un nouvel organe alternatif à l’ONU – baptisé «Board of Peace» – visant à supplanter les fonctions de médiation de l’ONU, les cadres normatifs peinent à assurer la stabilité mondiale.

L’agonie du multilatéralisme face au réveil des empires

En 2026, la géopolitique contemporaine se divise en zones d’influence régies par des coalitions de circonstance, sous-tendues de dépendances, et par un régime de sanctions qui dicte les hiérarchies de pouvoir. Si D. Trump n’en est pas le seul architecte, il en impose le tempo. Entre rhétorique du Madman theory et version révisée de la doctrine Monroe visant à sanctuariser le pré-carré américain, un ton nouveau supplante les discours traditionnels.

Le monde, instable, perd sa centralité normative alors que les doctrines de puissances décomplexées et le réarmement généralisé orientent la rationalité politique : désormais, les Etats privilégient la survie stratégique où seule la contrainte prime sur l’action.

Pour Washington, la recomposition de l’ordre mondial s’apparente à une ambition impériale drapée de realpolitik sans concession : l’hémisphère sud-américain, agit à la fois comme un territoire tampon de sécurité, un réservoir de ressources (pétrole, minerais) vital et le miroir d’une grandeur nationale à reconquérir. Cette vision, qui sacralise les frontières et l’identité nationale, s’adosse à un effort de défense colossal représentant près de 37 % des dépenses militaires mondiales.

Caracas, le brasier d’or 

Face aux soubresauts de son homologue américain, Pékin mise sur une logique du temps long pour transcender les conjonctures : en s’affirmant comme pôle de stabilité au sein des BRICS+, la Chine se positionne en garant d’un multilatéralisme de rechange. Chaque coup d’éclat de Washington s’avère ainsi être, pour les autorités chinoises, une opportunité doctrinale pour valider la thèse de la désoccidentalisation auprès du Sud global.

Toutefois, cette posture n’exclut pas une confrontation avec les enjeux économiques. L’exfiltration du président vénézuélien par les forces spéciales américaines (160th SOAR) constitue pour Pékin un revers financier : elle hypothèque un encours résiduel estimé à plus de 10 milliards de dollars, fruit d’une décennie de diplomatie du crédit adossée aux ressources pétrolières. Au-delà du préjudice comptable, cette intervention agit comme un défi ontologique pour le Sud global. Si Washington renverse un chef d’État débiteur et redirige les flux pétroliers à son profit, via un raid des Night Stalkers et le blocage de tankers, alors aucun partenaire des BRICS ou de l’OCS n’est à l’abri.

La réaction de la Chine, formalisée le 5 janvier 2026 par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Lin Jian, s’ancre dans une opposition ferme : le PCC affirme l’inviolabilité de ses accords bilatéraux et tente de sanctuariser le droit international contre l’interventionnisme arbitraire américain. La rupture du montage pétrole contre prêts chinois révèle la fragilité des circuits financiers alternatifs et fragilise l’architecture d’un système de compensation monétaire intégré au sein des BRICS, conçu pour soustraire définitivement la Russie, l’Iran et le Venezuela à l’hégémonie du dollar.

Cette insécurité structurelle partagée cimente l’axe eurasiatique. Pékin se se saisit ainsi du sujet des tensions internes en Iran pour ériger la non-ingérence en rempart contre l’interventionnisme affiché de l’administration Trump II, et mue les crises régionales en leviers de cohésion. Parallèlement, les velléités territoriales de Washington sur le Groenland offrent à la Chine un argumentaire de choix pour fracturer la solidarité transatlantique.  En dénonçant ce qu’il décrit comme des vassalités occidentales, Xi Jinping sature l’espace discursif de sa thèse multipolaire : la souveraineté nationale ne se définit plus par l’alliance, mais par la capacité de résistance au diktat américain.

Le pari de Xi Jinping face au chaos de Washington

Deuxième budget militaire mondial avec une hausse de 7,2% en 2024 et 2025, Pékin assure sa primauté en Asie de l’Est, vise la maîtrise des mers adjacentes et la crédibilisation d’une dissuasion conventionnelle autour de Taiwan. A travers la « Belt and Road Initiative », la Chine transmute ses leviers économiques en instruments de sécurisation politique : en Amérique latine, en Afrique et au Moyen-Orient, elle sature l’espace commercial pour convertir les crises générées par Washington en nouvelles dépendances stratégiques. Face au Japon ou en Mer méridionale de Chine, Pékin instrumentalise la rhétorique de son homologue pour justifier son expansion, la présentant non comme une agression, mais comme un rempart rationnel face à l’imprévisibilité du président américain.

La désoccidentalisation ne procède donc plus d’un affrontement frontal, mais d’une aliénation par capillarité. Tandis que Donald Trump multiplie les coups d’éclat, Xi Jinping investit la posture de médiateur des conflits, bâtissant un ordre où les BRICS, musclés par l’intégration de l’Iran et de la Russie, forment une architecture financière dé-dollarisée. La rationalité chinoise ne réside pas forcément dans la surenchère, mais dans l’exploitation du vide normatif : la Chine n’attend plus la fin de l’Occident ; elle le rend progressivement superflu.

À propos de l'auteur

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Noah VIDON

Diplômé en Relations Internationales et Sciences-politiques, Noah nourrit une passion ardente pour l’analyse géopolitique et la prospective stratégique. Sa fascination pour l’Asie, creuset de cultures et acteur clé de l’échiquier mondial, aiguise son ambition. Fort d’un regard multiculturel, il aspire à servir une action publique innovante, au cœur des politiques étrangères de demain.

Auteur vérifié

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