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Japon

Corée du Sud – Japon : une stabilisation prudente

Publié le 20/01/2026
6 min de lecture
Par Mathis Malhaire
Asie de l'est
Réunion entre la délégation sud-coréenne et japonaise à Nara.

Réunion entre la délégation sud-coréenne et japonaise à Nara.

Le 13 janvier, la Première ministre japonaise Sanae Takaichi a reçu à Nara le président sud-coréen Lee Jae-myung. Cette rencontre, la troisième depuis le sommet de l’APEC à Gyeongju en novembre, illustre avant tout une stabilisation de la relation nippo-sud-coréenne, dictée par des contraintes régionales et par la nécessité, pour Séoul comme pour Tokyo, de préserver un équilibre diplomatique vis-à-vis de Pékin.

De Séoul à Tokyo : une diplomatie à l’épreuve du temps long

Cette rencontre s’inscrit dans la réactivation de la « shuttle diplomacy », concept apparu en 2004 pour qualifier les échanges réguliers entre le président sud-coréen Roh Moo-hyun et le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi. Fondée sur des rencontres fréquentes de haut niveau, cette pratique visait à contenir les différends historiques par le dialogue politique. Elle a toutefois été interrompue à plusieurs reprises, notamment en 2005 à la suite des visites de Koizumi au sanctuaire shintoïste du Yasukuni, puis en 2011 sur fond de contentieux mémoriels liés à la question des « femmes de réconfort ». Toutefois, après douze années de gel, la normalisation engagée en 2023 par Yoon Suk-yeol et Fumio Kishida a permis de rétablir ce format, désormais perçu comme un outil diplomatique d’une relation qui demeure fragile.

Le choix de la ville de Nara revêt à cet égard une portée symbolique. Pour la toute première fois, un président sud-coréen est accueilli par un dirigeant japonais en dehors de Tokyo. Ancienne capitale impériale, Nara fut dès le VIIIᵉ siècle un centre névralgique des échanges culturels et religieux entre la péninsule coréenne et l’archipel japonais. Ce choix traduit alors une volonté de replacer la question historique au cœur du dialogue bilatéral, sans pour autant en faire un facteur de blocage. En définitive, l’enjeu n’est pas tant de clore le passé que d’en maîtriser les effets politiques, et de préserver une marge de manœuvre pour de futures négociations.

Au-delà de la dimension mémorielle, la rencontre a permis d’aborder d’autres enjeux stratégiques comme la sécurité économique, la coopération scientifique et technologique et l’harmonisation des normes industrielles. Cette dimension économique revêt d’ailleurs une importance particulière depuis que Sanae Takaichi a évoqué, en novembre 2025, la possibilité d’une implication japonaise en cas de crise dans le détroit de Taïwan, déclenchant l’ire de Pékin et des mesures de rétorsion. Dans ce contexte, Tokyo cherche à réduire sa dépendance à l’égard de la Chine en comptant sur un approfondissement de ses partenariats industriels et technologiques au premier rang duquel se trouve la Corée du Sud.

La relation bilatérale demeure néanmoins profondément marquée par l’héritage de la colonisation japonaise de la péninsule coréenne entre 1910 et 1945. La normalisation s’est construite par étapes successives — Traité de base de 1965, Déclaration Murayama de 1995, Déclaration Kan de 2010, accord de 2015 sur les « femmes de réconfort », signature du GSOMIA en 2016 — sans toutefois parvenir à clôturer définitivement le dossier mémoriel. En outre, l’investiture de Lee Jae-myung coïncidant avec le 60ᵉ anniversaire des relations diplomatiques, et la réaffirmation du principe du pacta sunt servanda apparaît dès lors essentielle pour restaurer une confiance fragilisée par les remises en cause répétées d’accords conclus.

Le dossier chinois, « équilibre stratégique » et relation trilatérale

La rencontre à Nara intervient une semaine après la visite de Lee Jae-myung à Pékin, marquée par l’entente entre Xi Jinping et le président sud-coréen. Le déplacement au Japon envoie ainsi un message d’équilibre stratégique : malgré une relation cordiale, Séoul refuse de s’aligner exclusivement sur Pékin. Le président sud-coréen a d’ailleurs affirmé ne pas vouloir « intervenir ni s’impliquer » dans la dispute sino-japonaise, une posture cohérente avec la tradition diplomatique sud-coréenne de prudence et de non-ingérence.

En filigrane, la relation trilatérale Corée du Sud–Japon–États-Unis constitue un cadre de plus en plus structurant. Depuis les principes de Camp David de 2023, la coordination sécuritaire s’est approfondie, notamment en matière de dissuasion, face à la Corée du Nord, de partage d’informations et de protection des chaînes d’approvisionnement critiques. Cette coopération trilatérale répond à une logique duale. En effet, elle vise à la fois à renforcer la crédibilité de la dissuasion américaine en Asie du Nord-Est et à réduire les vulnérabilités économiques et technologiques communes face aux pressions chinoises. Dans cette optique, Séoul redouble de prudence. Le pays cherche avant tout à éviter toute implication sur le dossier taïwanais qui l’exposerait à des sanctions de la part de son premier partenaire économique. La Corée du Sud tient, d’autre part, à réaffirmer la centralité de son alliance avec Washington et à approfondir sa relation avec Tokyo. Ce faisant, Séoul s’efforce de préserver un équilibre stratégique, soulignant dans le même temps les limites de la coopération trilatérale. Si celle-ci constitue un cadre de coordination efficace, elle ne saurait encore être assimilée à une alliance régionale pleinement intégrée.

Corée du Nord : une divergence sémantique révélatrice

Pour autant, l’approche de la question nord-coréenne met en lumière une divergence de perception entre Séoul et Tokyo. Lee Jae-myung évoque la « dénucléarisation complète de la péninsule coréenne », tandis que Sanae Takaichi insiste sur la « dénucléarisation complète de la Corée du Nord ». Cette divergence de terminologie n’est pas anodine. La première expression peut englober non seulement le nucléaire nord-coréen, mais aussi le redéploiement des armes nucléaires tactiques des forces américaines stationnées en Corée du Sud. En revanche, l’expression « dénucléarisation de la Corée du Nord » met l’accent sur l’abandon du seul nucléaire nord-coréen. Cette divergence souligne que, malgré le rapprochement en cours, la relation entre Séoul et Tokyo demeure fondée sur des intérêts convergents sans toutefois être parfaitement alignés.

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