Axe franco-allemand et relations intra-européennes avec les pays frugaux, relations Allemagne / Europe de l’est, pays nordiques – Point de situation au 07/04/2023

Ce 2 avril, le Parti de la Coalition nationale (KoK), classé au centre-droit et présidé par Petteri Orpo a remporté les élections législatives finlandaises en obtenant 20,8 % des voix et 48 sièges au Parlement (Helsingin Sanomat, Reuters, RFI). Il devance de peu le Parti des Finlandais (PS), part nationaliste classé à l’extrême-droite et dirigé par Riikaa Purra, qui a obtenu 20,1 % des voix et 46 sièges à l’Eduskunta, le Parlement de Finlande. Le Parti social-démocrate (SDP) de la Première ministre actuelle du pays Sanna Marin est quant à lui arrivé en troisième position avec 19,9 % des voix et 43 sièges obtenus.
Le Helsingin Sanomat, plus grand quotidien finlandais et journal le plus important d’Europe du Nord en termes de diffusion, fait ressortir les tendances les plus saillantes de ce scrutin. Il faut d’abord noter que les trois partis en tête ont progressé par rapport aux dernières élections législatives de 2019 (en termes de voix et de sièges : respectivement + 3,8 % et + 10, + 2,6 % et + 7, + 2,2 % et + 3). Le bon score du Parti social-démocrate, qui a échoué de peu à gagner ces élections, s’explique notamment par la grande popularité personnelle de Sanna Marin (qui a reçu plus de 35 000 votes dans sa circonscription, le second total le plus élevé derrière Riikka Purra qui a quant à elle rallié environ 38 000 voix sur son nom) et la logique du vote utile qui a rameuté des électeurs du parti écologiste de la Ligue verte (Vihr), de l’Alliance de gauche (Vas) et du Parti du centre (Kesk) inquiets d’une victoire des partis de droite. Toutefois, comme le met en évidence RFI, celle qui était la plus jeune cheffe de gouvernement au monde lors de son arrivée au pouvoir en 2019 demeure, de par son style singulier, une figure clivante en Finlande. La Ligue verte a de son côté enregistré les pertes les plus importantes en passant de 11,5 % des voix et 20 sièges obtenus en 2019 à 7% et 13 sièges en 2023. L’Alliance de gauche a subi un échec qui n’avait pas été anticipé par les sondeurs, et est en recul de 1,1 % des voix et 5 sièges par rapport à 2019. Enfin, le Parti du centre poursuit sa chute (- 2,5 %, – 8) qui avait commencé en 2019 avec une perte spectaculaire de 18 sièges au Parlement.
RFI insiste sur le fait que la victoire du chef du Parti de la Coalition nationale se fonde sur son discours très axé sur l’économie et les finances publiques, qui relèverait de l’«austérité» pour ses détracteurs et du «sérieux budgétaire» pour ses partisans. «Nous allons réparer l’économie, relancer la croissance et créer de nouveaux emplois.», a-t-il déclaré dans son discours de victoire, alors que la dette publique de la Finlande, qui s’élève à 73 % de son PIB et a fortement augmenté sous Sanna Marin qui a fait de la préservation du modèle social finlandais un axe central de sa politique, est anormalement élevé pour ce pays «frugal» et son peuple réticent à toute idée de dette. Le parti de centre-droit ambitionne des coupes de plusieurs milliards d’euros dans les services publics.
Comme l’explique Reuters, Petteri Orpo, qui en tant que vainqueur des élections législatives devrait être le prochain Premier ministre finlandais, pourrait former une coalition soit avec le Parti des Finlandais, qu’il refuse de classer à l’extrême droite, soit avec le Parti social-démocrate. Si sa volonté de résorber la dette, notamment en réduisant les dépenses publiques, et de maîtriser l’inflation le conduirait à s’entendre avec Riikka Purra, ses désaccords avec cette dernière concernant l’immigration, l’Union européenne et la cause environnementale l’inciteraient à se tourner vers Sanna Marin. Le natif de Kyöliö, ville de la province de la Satagondie au sud-ouest de la Finlande, aura dans tous les cas la lourde de tâche de régenter les premiers mois du pays nordique dans l’OTAN après près de 80 ans de neutralité ; la question de l’adhésion du pays à l’Alliance atlantique, qui est intervenue cette semaine, ayant par ailleurs fait consensus au sein de la classe politique finlandaise.
À propos de l'auteur
Antoine Bézier
Biographie non renseignée



