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Repenser le M23 à l’aune des limites de l’Etat westphalien : moderniser la souveraineté pour réguler les conflits au Kivu

Publié le 13/04/2026
6 min de lecture
Par Enzo PADOVAN
Note d'analyse

Le 30 janvier 2025, la ville de Goma, capitale de la province congolaise du Nord Kivu, et sixième plus grande ville du pays, a été capturée par une coalition d’une vingtaine de groupes armés rebelles. Appelée l’Alliance Fleuve Congo (ou AFC), cette coalition est dominée par un groupe en particulier, le Mouvement du 23 Mars (ou M23), qui a fourni la majorité des forces pour la capture de la ville. Dans les jours qui ont suivi, le porte-parole du M23 a promis que « Le Congo [serait] construit par [eux], le peuple congolais » et que le président de la République Démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, « [devait] partir ». L’AFC, plus qu’un groupe privé non-étatique, apparaît donc comme un candidat au pouvoir, un acteur désirant jouer un rôle dans la souveraineté du Congo.

Ce projet, tout comme celui de conquérir Kinshasa pour y établir un gouvernement sensible à sa cause, est au cœur des revendications du M23 ; cela s’explique par ses origines, et sa composition ethno-sociale. Le nom du groupe provient de l’accord de Goma, signé le 23 mars 2009, qui prévoyait la création d’un parti politique Tutsi à Kinshasa, et une intégration de différentes milices aux forces armées congolaises. A la suite d’une application jugée lacunaire de l’accord, des officiers congolais ont donc créé le M23 afin d’appuyer leurs revendications par la force. A la suite d’une violente campagne de 2012 à 2013, durant laquelle le groupe armé a une première fois occupé Goma pendant une dizaine de jours, la milice s’était repliée sur ses positions, restant dormante pendant près d’une dizaine d’années avant de refaire surface en 2021. Aujourd’hui, la milice est principalement composée par l’ethnie Tutsi, la même qui connut un génocide au Rwanda en 1994. Si les membres du M23 parlent en majorité le kinyarwanda, et sont parfois des survivants de ce génocide, il est important de souligner que beaucoup sont des Tutsis congolais ayant toujours vécu dans la région du Kivu.

Depuis le retour en force du M23 en 2021, les puissances étrangères comme l’ONU n’ont eu de cesse d’appeler au respect de « la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC », traitant ce groupe armé davantage comme une force d’invasion et un élément perturbateur, plutôt que comme un acteur politique réel dans la construction étatique congolaise. Cette compréhension, en apparence anodine, révèle en revanche une vraie dissonance dans les discours autour de ce groupe armé. dans laquelle il suffirait à Kinshasa de reprendre le plein contrôle de son territoire à travers une victoire militaire sur le M23, évacue les questions de manque de représentation et de partage de la souveraineté soulevées par l’insurrection tutsie. Après tout, s’il suffisait de vaincre le groupe armé sur le champ de bataille, comment expliquer leur retour soudain, il y a quelques années, à la suite de leur première défaite en 2013 ? Pourquoi les forces congolaises, pourtant assistées par la communauté internationale et l’Union africaine, ne parviennent pas à vaincre ce groupe de rebelles ?

En juin 2025, les forces du M23 contrôlent une grande partie de la province du Nord-Kivu (Rutshuru et Goma), et représentent une menace de plus en plus sérieuse pour le gouvernement de Kinshasa. Le conflit actuel, au Kivu, cristallise donc de nombreux enjeux sécuritaires, politiques, mais aussi économiques ; le probable soutien du Rwanda de Paul Kagame au groupe rebelle, dans un contexte de tensions déjà accrues entre les nations de la région des Grands Lacs, exacerbe d’ailleurs les inquiétudes quant à de possibles escalades du conflit. Si des pourparlers ont lieu actuellement pour résoudre la crise, l’importance grandissante de cette dernière, et le caractère central de la souveraineté étatique dans cette guerre, nous pousse à porter un regard plus critique et complexe sur l’insurrection du M23.

A tous égards, ce groupe armé devrait être traité comme une milice des plus classiques. Dans le cadre d’acteurs non-étatiques, la milice se définit comme suit : “Se dit de formations paramilitaires constituées illégalement à des fins particulières ou dans des circonstances exceptionnelles, pour défendre par la violence des intérêts privés”. Le M23 n’a aucune reconnaissance étatique, bien qu’ayant historiquement fait partie des forces armées congolaises, et défend par la force les intérêts prétendus de la communauté tutsie. En cela, il ne diffère pas des quelques 200 autres groupes armés dans le pays ; mais sa capacité à se régénérer, à s’implanter solidement dans certaines parties du territoire congolais et son influence sur l’équilibre géopolitique africain le séparent des autres acteurs armés privés, et révèlent une crise bien plus complexe qu’une simple insurrection armée.

En outre, la seule affiliation ethnique ne permet pas d’expliquer, et encore moins de comprendre, l’idéologie et les motivations de ce groupe armé. Sa composition hybride, qui ne se limite pas aux Tutsis, défend des revendications socio-économiques, mais aussi politiques, qui dépassent le simple discours identitaire auquel il est trop souvent limité.

Dès lors, en quoi l’analyse ethno-centrée et westphalienne du M23 entretient une réponse inadaptée à la crise congolaise, et comment mieux prendre en considération les différents enjeux de cette dernière ?

Introduction

Ce qu’il faut retenir

Un groupe armé qui incarne l’échec de la conception westphalienne en Afrique

La souveraineté congolaise peine à se construire

L’influence des acteurs étrangers comme facteur d’apparition du M23

Au-delà de l’approche ethnique : une crise sociale passée sous silence

Un conflit enlisé en raison d’une grille de lecture politisée

La MONUSCO, une réponse inadaptée de la part de la communauté internationale

La sécuritisation du conflit : expliquer le cycle des rébellions

Entre nominalisme étatique et réalité du terrain, l’impasse du conflit

Restaurer la légitimité endogène, pour dépasser l’approche westphalienne

La nécessité d’une paix négociée et inclusive

Repenser le rôle international, et la stabilisation extérieure

Vers une africanisation du processus de paix, et du modèle de l’Etat

Conclusion

À propos de l'auteur

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Enzo PADOVAN

Biographie non renseignée

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