Hacktivisme et cyberespace : la guerre partout et pour tous ?

Hacktivisme
« Avec ou sans le soutien de l’Etat, la létalité et les capacités des groupes irréguliers se renforcent, tout comme la propension des États à exploiter des méthodes de guerre non traditionnelles ». En 2007, le chercheur Frank Hoffman publie un essai sur la guerre hybride, en décrivant l’avènement d’une ère « post-clausewitzienne », dans laquelle l’exercice de la guerre est bouleversé par la multiplication des méthodes détournées de guerre et des acteurs armés concurrents de l’Etat. Parmi ces acteurs concurrençant l’État, Frank Hoffman cite notamment ceux déployant des attaques dans l’espace cyber, et évoque l’importance croissante des technologies de l’information dans les conflits : « la guerre cyber est déjà là […] et nous défendons une ligne Maginot poreuse ».
Les conflits russo-ukrainien et israélo-palestinien ont vu une augmentation significative de l’usage du cyberespace à des fins de guerre : campagnes informationnelles, tactiques de guerre électronique exploitant les flux d’information, actions d’espionnage. Ils ont aussi coïncidé avec la montée en puissance de nouveaux acteurs revendiquant soutenir l’une des parties prenantes du conflit : les ‘hacktivistes’. Menant des opérations agressives dans l’espace cyber au même titre que les belligérants eux-mêmes, ces acteurs restent, pourtant, considérés comme des militants numériques. Cette conception de la conscience commune témoigne d’une appréhension singulière voire paradoxale : l’origine de l’acteur ainsi que ses motivations semblent lui attribuer un statut particulier. Statut qui, par son qualificatif militant, le démarque et le distingue du champ militaire. De ce fait, il encourage à se demander si les hacktivistes ne représentent pas un angle mort de l’étude des conflits armés contemporains dont l’espace numérique suscite de plus en plus d’interrogation.
Jauger la pertinence de l’assimilation des hacktivistes à des acteurs armés non étatiques encourage le questionnement de concepts traditionnels tels que la guerre, l’armement et la violence, qui évoluent via leur transposition dans l’espace cyber. Elle invite à s’interroger sur les différents types d’acteurs occupant le cyberespace, l’influence du numérique sur leur engagement et les moyens concrets d’action dont ils disposent. Cette assimilation n’est d’ailleurs pas un simple exercice de pensée, mais emporte potentiellement des conséquences stratégiques, éthiques et juridiques dans la prise en considération de ce nouveau type d’acteur.
Introduction
Ce qu’il faut retenir
Une montée en puissance des hacktivistes dans l’espace de la conflictualité numérique
L’essor des collectifs d’hacktivistes dans les guerres hybrides
Un levier de perturbation stratégique
Une autonomie relative vis-à-vis des Etats
Des catégories juridiques et conceptuelles inadaptées à l’ère du cyberespace
L’obsolescence des critères de l’acteur armé non-étatique
Le débat du recours à la « violence » dans le cyberespace
Le flou juridique autour du hacktivisme et des conflits dans le cyberespace
Le Hacktivisme : nouveau visage de l’engagement citoyen ou zone grise des conflits armés ?
Le cyber-espace : levier citoyen pour accroître l’influence de la société civile au sein des relations internationales
Le cyberespace : la guerre partout et pour tous ?
Encadrer le cyber-espace : la question de l’éthique, de la liberté et de la responsabilité
Conclusion
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À propos de l'auteur
Anna Balawender
Biographie non renseignée



