Les Forces de mobilisation populaire irakiennes (FMP) : Acteur étatique de droit, Acteur non étatique de fait.

Les Forces de mobilisation populaire (FMP), créées en 2014 à la suite de la fatwa de l’ayatollah Sistani contre l’État islamique, constituent l’un des phénomènes politiques et sécuritaires les plus marquants de l’Irak contemporain. Officiellement intégrées aux forces armées par la loi n°40 de 2016, elles demeurent de facto autonomes, dotées de chaînes de commandement, de réseaux économiques et de structures politiques propres. Cette double nature, acteur étatique de droit mais non étatique de fait, illustre une redéfinition profonde des frontières entre pouvoir étatique et non étatique dans l’Irak post-2014.
La question centrale est donc de savoir comment, et dans quelle mesure, les FMP redéfinissent les frontières entre pouvoir étatique et non étatique, en brouillant la distinction entre institutions publiques et milices armées. Loin d’être un phénomène conjoncturel, leur émergence s’inscrit dans la continuité d’un État historiquement fragmenté, où la logique de milicisation du pouvoir s’est consolidée après 2003. Leur intégration juridique n’a pas entraîné leur subordination, mais au contraire légitimé leur autonomie structurelle et leur ancrage au sein des institutions.
Souvent qualifiées d’« hybrides », les FMP dépassent cette notion, qui suppose encore un État unifié et rationnel au sens wébérien. Leur influence politique, leurs dynamiques sécuritaires et leur emprise économique témoignent d’un mode de gouvernance fondé sur la cooptation, la pluralité des centres de pouvoir et la fusion des sphères étatique et paraétatique.
Si elles constituent un levier d’influence iranienne, les FMP sont avant tout le produit des dynamiques internes de l’État irakien : faiblesse institutionnelle, compétition factionnelle et économie de rente. Leur légitimité, issue de la lutte contre l’État islamique, s’est transformée en légitimité de gouvernance. Elles ne représentent pas une anomalie, mais un élément constitutif de l’État irakien, qu’elles contribuent à façonner de l’intérieur. En intégrant et en transformant simultanément les institutions, les FMP incarnent un modèle de souveraineté fragmentée où l’État et la milice se confondent.
Introduction
Ce qu’il faut retenir
Contextualisation – l’ambigüité statutaire des FMP, entre intégration formelle et autonomie réelle
Une coalition paramilitaire hétérogène à dominante chiite
Institutionnalisation des FMP en 2016 : entre intégration juridique et autonomie opérationnelle
Le concept d’hybridité : une grille inopérante pour penser les FMP ?
Les FMP comme acteur de pouvoir au sein de l’Etat
Poids et ancrage politique des FMP
Pouvoirs et dynamiques sécuritaires des FMP
Pouvoirs et emprise économique des FMP
Tensions, pressions et redéploiements : vers une recomposition du rôle des FMP ?
Perte de légitimité et accusations d’exactions
Pressions extérieures sur l’Etat irakien
Evolution récente et perspectives
Conclusion
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À propos de l'auteur
Carole Massalsky
Doctorante en géostratégie et géopolitique à l’Académie de Géopolitique de Paris, chercheuse associée sur le Moyen-Orient et référente Irak à l’EISMENA, coordinatrice de la veille « Asie de l’Ouest et monde arabe » et membre du comité de rédaction d’EurasiaPeace.



