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Entretien avec Michael Levystone – La guerre en Ukraine vue d’Asie centrale

Publié le 15/08/2022
18 min de lecture
Par Eurasia Peace
Entretien

Michaël Levystone est chercheur au Centre Russie/Nouveaux États Indépendants de l’IFRI. Ses travaux portent principalement sur les politiques intérieure et étrangère des Républiques d’Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan). Diplômé de l’ESSEC en Stratégie et Management du Commerce international, de l’IRIS en Relations internationales et de l’Université Paris 5 en Droit des Affaires internationales, il a travaillé à l’Ambassade de France au Kazakhstan et à l’Observatoire franco-russe basé à Moscou.

Entretien a retrouver dans le dossier Etat des lieux : le conflit en Ukraine dans l’espace eurasiatique

Du fait de la guerre en Ukraine, assiste-t-on à une redéfinition de la perception de la menace russe en Asie centrale face à l’imprévisibilité de la Russie, déjà démontrée une première fois lors de l’annexion de la Crimée en 2014 ?

Il y a peu d’évolution parce qu’aucun pays d’Asie centrale n’a reconnu l’annexion de la Crimée en 2014. C’est déjà un indicateur. Ceci étant, ce qu’on observe depuis plusieurs mois, c’est une Asie centrale un peu éclatée, entre des pays qui, par peur de s’aliéner la Russie dont ils ont besoin pour assurer leur sécurité face à l’Afghanistan, adoptent une posture d’absolue neutralité sur la guerre en Ukraine (Tadjikistan et Turkménistan), des pays qui se déclarent favorables au respect de l’intégrité territoriale ukrainienne et qui, à ce titre, ne reconnaissent pas les Républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk soutenues par la Russie (Kazakhstan et Ouzbékistan), et un pays sur une ligne intermédiaire, en apparence neutre, mais qui se signale aussi par des actions de soutien au peuple ukrainien telles que l’organisation d’une manifestation et l’envoi de convois d’aide humanitaire (Kirghizstan).

Certains pays se sentent-ils plus menacés que d’autres ? On pense notamment au Kazakhstan, dont la situation est comparable à l’Ukraine en tant qu’ex-république soviétique frontalière de la Russie avec une importante minorité russe. Est-ce que ces facteurs jouent dans sa réaction ?

Le Kazakhstan est le seul pays d’Asie centrale à partager une frontière terrestre (et quelle frontière !) avec la Russie, dont il compte également, et de loin, la plus conséquente diaspora dans la région (environ 3,5 millions de personnes). « Menace », je ne sais pas, mais « levier de pression », sûrement – d’ailleurs, Nazarbaïev a, dès l’indépendance, ménagé sa communauté russe, à l’inverse de ce qu’ont pu faire Karimov en Ouzbékistan et Niazov au Turkménistan, qui ont chacun procédé à une ethnicisation drastique, avec une assez forte dérussification à la clé. Après, pour en revenir au Kazakhstan, ce qui me paraît plus menaçant est le discours que l’on entend depuis 2014 côté russe, tendant à expliquer que le Kazakhstan n’existe pas en tant que tel, que la culture étatique du pays est directement liée à l’action personnelle de Nazarbaïev. À mon sens, c’est surtout ce substrat idéologique et discursif qui inquiète – à raison – les Kazakhstanais.

Début mars, des manifestations pro-Ukraine ont été autorisées au Kazakhstan où les rassemblements publics sont pourtant strictement encadrés. De l’aide humanitaire a été envoyée à l’Ukraine. Le 18 mai, l’association de la production minière de Sokolov-Sarybai, au Kazakhstan, a annoncé ne plus fournir de minerai à l’aciérie de Magnitogorsk (MMK), en Russie, appartenant à l’oligarque visé par les sanctions internationales, Alisher Ousmanov. Peut-on considérer les faits cités précédemment comme une prise de position claire ? La prise de distance entre le Kazakhstan et la Russie est-elle la plus explicite en Asie centrale ?

Oui, tout à fait. Tokaïev a réaffirmé sans ambages au Forum économique international de Saint-Pétersbourg en juin 2017, en présence de Vladimir Poutine, qu’il refuserait de reconnaître les Républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk. Le Kazakhstan assume pleinement sa posture frondeuse vis-à-vis de la Russie. Mais l’effet boomerang, c’est la fermeture du Caspian Pipeline Consortium (CPC), l’oléoduc qui opère la jonction entre des gisements kazakhstanais en mer Caspienne et le port russe de Novorossiïsk, en mer Noire, permettant à Nour-Soultan d’exporter son or noir vers l’UE. Cet oléoduc, qui représente presque 80 % des exportations pétrolières annuelles kazakhstanaises, a été fermé une première fois par les Russes, et l’est à nouveau en ce moment. Les Russes disposent donc par ce biais d’un considérable instrument de pression économique sur les Kazakhstanais.

Comment les pays d’Asie centrale gèrent-ils la difficile articulation entre leur prudence envers la Russie, du fait de multiples liens d’interdépendance, et en parallèle leur besoin de condamner les actions de la Russie envers l’Ukraine pour ne pas légitimer indirectement les aspirations de Moscou à interférer dans leurs propres affaires intérieures ? Vous parlez dans votre dernier Briefing, publié le 13 juillet par l’IFRI, d’un « infléchissement de la neutralité centrasiatique » s’agissant de la guerre en Ukraine ….

Oui, la question est un peu délicate. Comme je l’expliquais, c’est fonction des intérêts et des autres. Pour le Tadjikistan et le Turkménistan, l’intérêt est sécuritaire, existentiel, car ce qui prédomine à leurs yeux, c’est l’Afghanistan. Le Kirghizstan est un pays structurellement instable (cf. les coups d’État à répétition depuis l’indépendance), et est extrêmement dépendant de la Russie pour sa sécurité intérieure (base aérienne à Kant) et pour ses approvisionnements pétroliers. La Russie est un élément stabilisateur du Kirghizstan, qui ne fait pas l’objet d’un discours semblable à celui qui est développé depuis 2014 s’agissant du Kazakhstan. Les seuls pays qui sont un peu en décalage par rapport aux autres dans leur relation bilatérale avec la Russie sous l’effet de cette guerre, ce sont le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, du fait de leurs prises de position. Avec le Kazakhstan, la relation se dégrade continuellement depuis au moins 2014. L’Ouzbékistan peut davantage se permettre de voir venir, étant entendu qu’il n’est pas directement voisin de la Russie et partage une courte frontière avec l’Afghanistan, qui plus est sous bonne garde – Tachkent est à la tête de la plus puissante armée d’Asie centrale.

Est-ce que cette guerre en Ukraine fait apparaître des divergences entre pays d’Asie centrale, notamment au sein des différentes organisations internationales que sont l’UEEA, l’OCS, l’OTSC…..

Encore une fois, tout cela est fonction des intérêts nationaux. Durant le dernier sommet de l’OTSC, tenu mi-mai au Kremlin, Tokaïev a beaucoup parlé de l’Afghanistan, ce qui peut surprendre car le Kazakhstan n’est a priori pas le plus directement exposé à la menace sécuritaire induite par les possibles évolutions en Afghanistan (à la différence du Tadjikistan). Mais c’était une manière de rappeler non seulement que l’OTSC n’a pas vocation à se projeter sur des théâtres d’opération extérieurs, mais aussi que la principale préoccupation, sur le plan sécuritaire, des républiques d’Asie centrale, ce n’est pas l’Ukraine, mais bien l’Afghanistan.

Concernant l’Union économique eurasiatique, les Kazakhstanais sont gênés aux entournures car leur adhésion à cette organisation les contraint à ménager autant que faire se peut les Russes, alors que leur principal partenaire en affaires, c’est l’UE, et que leurs principaux investisseurs, ce sont les Néerlandais, les Américains et les Suisses. Donc ils ne peuvent pas non plus courir le risque de s’exposer aux sanctions de Bruxelles et de Washington, par exemple en soutenant des contre-sanctions établies de concert avec Moscou et Minsk, selon ce qu’avait appelé à faire le président biélorusse Alexandre Loukachenko. Concernant l’Ouzbékistan, alors qu’il était en plein rapprochement avec l’UEEA, dont il avait obtenu un statut d’État observateur en décembre 2020, on imagine mal ce pays adhérer à une organisation qui ne cadre plus avec ses nouvelles orientations commerciales, clairement tournées vers la Chine. Pékin a d’ailleurs annoncé tout récemment qu’il allait reprendre le chantier du corridor ferroviaire Chine – Kirghizstan —Ouzbékistan. L’Ouzbékistan n’a pas non plus vocation à rejoindre l’OTSC, Mirzioïev s’inscrivant, pour le coup, dans la droite lignée de son prédécesseur.

Ce qu’il me semble important de regarder, c’est comment les intérêts nationaux des pays centrasiatiques se conjuguent avec les intérêts d’organisations régionales qui répondent à ceux de la Russie. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les convergences ne sautent pas aux yeux dans l’ensemble, sauf sur la nécessité de préserver la stabilité de la région face à l’Afghanistan et de maintenir des facilités d’accès au marché russe pour la main-d’œuvre kirghize, tadjike et ouzbèke.

A la lumière de son intervention au Kazakhstan de janvier 2022, la non-intervention russe face aux heurts dans le Haut-Badakhchan au Tadjikistan interroge. La Russie n’est-elle pas intervenue simplement car elle n’a pas été sollicitée dans le cadre de l’OTSC, parce qu’elle se sent moins proche du Tadjikistan, parce que ces révoltes pamiries lui sont favorables (avoir un État gelé au Tadjikistan) ou du fait de son embourbement en Ukraine ?

Je pense qu’il s’agit de la dernière option. Concernant l’OTSC, il ne faut pas oublier que c’est une organisation qui ne se mobilise pas comme cela. Il a fallu une crise majeure en début d’année au Kazakhstan pour que l’OTSC se déploie, pour la première fois en vingt ans d’existence. Des incursions massives au Tadjikistan de djihadistes en provenance d’Afghanistan pourraient, à mon avis, mobiliser à nouveau cette organisation. Mais concernant le Haut-Badakhchan, c’est une affaire purement intérieure, qui n’entre pas dans les statuts de l’OTSC (article 4 du Traité de sécurité collective du 15 mai 1992). Ensuite, la Russie reste proche du Tadjikistan. Le président Rakhmon est extrêmement conciliant sur la question ukrainienne. Enfin, les Russes n’ont pas intérêt à voir imploser le Tadjikistan, véritable bastion de l’Asie centrale face à l’Afghanistan. Le Tadjikistan est le plus petit pays d’Asie centrale, mais c’est celui qui a les plus longues frontières communes avec l’Afghanistan (plus de 1 000 km). C’est donc tout sauf neutre, stratégiquement. Sur l’hypothèse de l’État gelé, la Russie n’a pas intérêt à voir un Tadjikistan fragilisé, morcelé, je n’y crois pas du tout. Je penche plutôt pour la thèse de l’embourbement en Ukraine.

Comment interprétez-vous le soulèvement au Karakalpakstan ? Le contexte actuel n’y est peut-être pas étranger ? Est ce qu’il n’y a pas une volonté de certains pays de profiter du contexte pour se débarrasser de ces républiques autonomes héritières de l’Union soviétique ?

Je n’ai pas cette impression même s’il est curieux que ces deux régions autonomes connaissent des flambées de violence de façon quasi concomitante, même si les raisons me semblent dissociables. Au Karakalpakstan, ce qui a mis le feu aux poudres, c’est un projet de révision constitutionnelle où était clairement annoncé qu’on ôterait le statut d’autonomie à cette région très particulière (« République autonome du Karakalpakstan »). Le Karakalpakstan semble très attaché à son autonomie vis-à-vis du pouvoir central, et l’a fait clairement savoir aux autorités. C’est la première fois à ma connaissance que Chavkat Mirzioïev a été contraint de revoir ses ambitions réformatrices à la baisse, depuis son élection à la présidence de la République d’Ouzbékistan.

En ce qui concerne l’évolution des liens sécuritaires entre la Russie et l’Asie centrale, considérez-vous qu’il y a d’un côté le Tadjikistan et le Turkménistan qui vont renforcer leurs liens du fait de la situation afghane qui les préoccupe au plus haut point, et de l’autre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan qui prennent leurs distances ?

Oui, mais en restant plus mesuré. Le Tadjikistan est membre de l’OTSC au contraire du Turkménistan, qui a quand même signé un traité de partenariat stratégique avec la Russie depuis 2017 et qui conclut régulièrement, depuis lors, des accords de défense avec Moscou. C’est assez nouveau. Je pense que tous les pays voient quand même d’un bon œil l’OTSC parce qu’ils restent marqués par la crise de janvier 2022 au Kazakhstan (qui a dans la foulée accéléré la transition à la tête de l’État turkménistanais). Le président du Tadjikistan, au pouvoir depuis le milieu des années 1990, voit l’OTSC comme un garde-fou, comme un instrument pour pérenniser son régime, à la tête duquel il s’apprête à imposer son fils, Roustam Emomali. Quand il parle de « ceinture de sécurité à établir autour de l’Afghanistan », il veut envoyer des troupes de l’OTSC dans le Haut-Badakhchan, pour réprimer les velléités contestataires des Pamiris. Une fois encore, ce sont les intérêts nationaux qui prédominent, et en l’occurrence, ses membres centrasiatiques (le Kirghizstan, le Tadjikistan et même le Kazakhstan, qui s’est révélé en janvier 2022 plus fragile qu’on ne l’aurait cru) ont tous besoin de l’OTSC. Ce paravent sécuritaire de la Russie dans un contexte stratégique trouble les accommode, mais ne les empêche pas pour autant de discuter avec d’autres puissances, à l’image de ce que fait très ouvertement le Kazakhstan avec la Turquie (cf. la signature d’un traité de partenariat stratégique en mai, avec l’implantation annoncée d’une usine de drones turcs ANKA au Kazakhstan).

Face au relatif vide d’influence laissé par la Russie en Asie centrale suite à son intervention en Ukraine, doit-on s’attendre à ce que d’autres puissances, et notamment la Chine, redoublent d’efforts ? Pourriez-vous nous dresser un panorama des différentes influences à l’œuvre dans cette région ?

La Chine a joué dès le départ la carte de la sécurité énergétique, elle s’est assurée que tout cela tiendrait et qu’elle continuerait à être approvisionnée en pétrole kazakhstanais et en gaz turkménistanais. Pour autant, sur le plan sécuritaire, elle est bien présente au Tadjikistan. Ce qui l’intéresse, c’est de surveiller ce qui se passe entre le corridor de Wakhan et le Haut Badakhchan, pour éviter que le Tadjikistan ne devienne un espace de transit pour les djihadistes ouïghours amassés dans le nord et le nord-est de l’Afghanistan. Il s’agit donc de barrer la route du Xinjiang à ces forces déstabilisatrices.

Un autre acteur qui compte en Asie centrale sur le plan sécuritaire est la Turquie, singulièrement au Turkménistan puisqu’il s’agit de son premier fournisseur d’armements, qui lui a notamment livré une frégate au cours de l’été 2021. Les Turcs profitent de l’état de tension qui règne à la frontière entre le Kirghizstan et le Tadjikistan pour y renforcer leur influence sécuritaire : livraison de drones au Kirghizstan en 2021 ; signature d’un accord de coopération militaire avec le Tadjikistan après le début de la guerre en Ukraine, qui pourrait être assorti de programmes d’entraînement pour les garde-frontières du Tadjikistan. La Turquie se prépare à jouer le rôle d’intermédiaire entre le Kirghizstan et le Tadjikistan, au cas où la guerre frontalière suspendue en mai 2021 reprendrait.

À noter, également, la production de drones iraniens au Tadjikistan, et l’annonce par les États-Unis de la livraison de drones Puma à ce même pays, dans le cadre d’une aide militaire assortie de financements conséquents. La guerre en Ukraine produit donc un effet démultiplicateur sur la concurrence sécuritaire en Asie centrale, de laquelle l’Inde semble se tenir quelque peu à l’écart : le président indien s’était certes rendu à Achkhabad en avril 2022, mais principalement pour évoquer le sort du gazoduc Turkménistan – Afghanistan – Pakistan – Inde (TAPI).

Qu’en est-il de ce retour de la Turquie en Asie centrale ?

Ce qu’il faut voir, c’est que du côté de la Turquie, ce qu’il se passe en ce moment est très intéressant au regard de sa volonté d’asseoir son influence sur une région sur laquelle elle lorgne depuis un moment, et à plus forte raison depuis la victoire de l’Azerbaïdjan dans la guerre du Haut-Karabakh avec l’Arménie en novembre 2020. Bakou sert désormais de véritable rampe de lancement à Ankara vers la mer Caspienne et l’Asie centrale, qui comporte quatre États locuteurs de langues turciques : le Kazakhstan, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan (intégrés, à ce titre, au sein de l’Organisation des États turciques). Il y a donc une entreprise de séduction de la part de la Turquie pour essayer de faire concurrence à la Russie sur cet espace culturel, civilisationnel que la Turquie revendique aussi comme le sien. Il y a vraiment une concurrence géopolitique. Et, dans la mesure où il est moins simple pour la Turquie de faire du commerce avec ce qui se passe en mer Noire, Ankara a aussi intérêt à développer des synergies économiques à travers la mer Caspienne et à aller dans le sens d’un raccordement avec les Nouvelles Routes de la Soie chinoises, en favorisant une connectivité transcaspienne. La Turquie avait déjà jeté les premiers jalons quand elle avait favorisé le rapprochement entre l’Azerbaïdjan et le Turkménistan autour du gisement de Dostluk, en mer Caspienne, que les deux pays revendiquaient depuis trente ans, et qu’ils ont fini par convenir de mettre en valeur de manière conjointe, ce qui constitue une évolution notable. Il reste à voir s’il y aura un gazoduc, première étape pour exporter du gaz vers le Vieux Continent.

Avec la guerre russe en Ukraine, les pays qui souhaitent moins dépendre de la Russie en termes énergétiques pourraient-ils se tourner vers l’Asie centrale pour leur approvisionnement ?

Ce ne sera pas simple. Il faut financer tous ces projets. Le Kazakhstan est un gros partenaire commercial de l’UE mais c’est beaucoup moins le cas du Turkménistan, qui est le régime le plus totalitaire de la région, ce qui entrave l’établissement de coopérations économiques approfondies avec Bruxelles.

Est-ce que l’Iran peut aussi constituer un obstacle sur les nouvelles routes d’approvisionnement du fait du statut de la mer Caspienne ?

Je n’en suis pas convaincu parce qu’avec la Convention d’Aktaou, les pays riverains de la mer Caspienne disposent de davantage de marges de manœuvre et sont confrontés à moins d’obstacles juridiques pour pouvoir lancer des gazoducs transcaspiens, sous réserve que ces tubes n’empiètent pas sur les eaux territoriales des autres États. La difficulté reste essentiellement d’ordre financier.

Tous ces partenariats diversifiés qui s’incarnent différemment selon les pays sont-ils susceptibles de permettre une émancipation de la tutelle russe ? De quelle force dispose la Russie pour maintenir une emprise sur ces pays ?

Je ne pense pas que l’influence russe va s’évanouir du jour au lendemain. Ce sera un processus très progressif, sur la durée. La présence économique croissante de la Chine depuis le milieu des années 2000 (mise en service de l’oléoduc Kazakhstan – Chine en 2005 et du gazoduc Asie centrale – Chine en 2009, inauguration des Nouvelles Routes de la Soie à Nour-Soultan en 2013) constitue une grosse entaille au monopole russe sur l’Asie centrale. Sur le plan sécuritaire, la Russie reste la puissance de référence, mais là encore, la Chine émiette cette exclusivité, et de manière progressive, en implantant une base militaire dans le sud-est du Haut-Badakhchan (Tadjikistan), où les forces spéciales chinoises pourraient avoir prêté main-forte au président Rakhmon en mai 2022.

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