VEILLE RUSSIE – du 21 janvier au 27 janvier 2023

Equipe de veille Russie: Olga Schevchuk, Arnaud Huss, Nicolas Girard, Corentin Delon, Anastasia K., Erwann Leyral, Emeline Palvany, sous la direction d’Ilinka Léger et d’Enzo Padovan.
21/01/2023 : La chaîne RT France, détenue par la Russie, cesse ses activités – Enzo Padovan
Le 21 janvier, Xenia Fedorova, responsable de la chaîne de télévision RT France, a annoncé la fermeture de ce média sur son compte Twitter. RT France est, en réalité, contrôlée par l’agence de presse RIA Novosti, basée à Moscou et proche du gouvernement de Vladimir Poutine. En raison du neuvième paquet de sanctions validé par l’Union Européenne, en décembre 2022, des mesures ont gelé les actifs de RIA Novosti dans les 27 Etats-membres. Cela a donc amené l’Etat français à prendre une décision pour la chaîne russe opérant sur son sol : «Les fonds de RT France sont gelés à la demande de la Direction Générale du Trésor», explique Xenia Fedorova dans son tweet, avant d’ajouter : «Notre chaîne ne peut plus poursuivre son activité».
Cette annonce n’a pas manqué de faire réagir, à Moscou : l’agence de presse TASS a publié un article rapportant les déclarations du ministère des Affaires Etrangères, condamnant la France pour ces évènements. Durant une conférence de presse du 23 janvier, Maria Zakharova, porte-parole du ministère, est revenue sur ces promesses : «On récolte ce que l’on sème. De fortes représailles contre les médias français suivront bientôt». Selon le journal français Le Parisien, RT France tente actuellement de débloquer ses comptes bancaires, notamment afin de régler les salaires de ses employés pour le mois de janvier.
24/01/2023 : Sergueï Lavrov, lors de sa visite à Eswatini, a indiqué que le groupe des BRICS envisageait la création d’une monnaie unique commune – Emeline Palvany
Le 24 janvier, Sergueï Lavrov, à l’occasion de sa visite en Afrique, a révélé que le groupe des BRICS envisageait la création d’une «monnaie unique commune». Le sujet sera abordé lors du prochain sommet entre les cinq membres, fin août 2023, en Afrique du Sud. Durant sa conférence de presse, le ministre des Affaires étrangères russe a également souligné aux médias «l’incompatibilité des propriétaires du système monétaire et financier international». Cette annonce s’inscrit dans le contexte où un nombre de pays grandissant proposent leur adhésion au groupe des BRICS. Selon l’agence de presse TASS «l’Algérie, l’Argentine et l’Iran ont déjà postulé pour rejoindre les BRICS, l’Arabie Saoudite, la Turquie et l’Égypte ont déclaré leur intérêt pour l’adhésion ». En juin 2022, lors des formats en ligne BRICS plus et BRICS Outreach, Vladimir Poutine avait engagé, d’après le journal Kommersant, des pourparlers quant à l’expansion de l’association et la question de l’élaboration d’une devise commune. Au même moment, le recul de l’influence occidentale en Afrique contraste avec la volonté russe de coopération. Sergueï Lavrov a rappelé à son homologue d’Eswatini, Thuli Dladla, la longévité des relations diplomatiques russo-africaines. Il s’est par ailleurs engagé à garder «un œil sur l’obtention de résultats spécifiques» dans le cadre du second Forum économique international Russie-Afrique, qui se tiendra en juillet 2023 à Saint-Pétersbourg.
25/01/2023 : Le groupe Wagner, au cœur des critiques, subit de lourdes pertes en Ukraine – Anastasia K.
Le 25 janvier, la chaîne Télégram du média d’opposition russe Meduza a annoncé que le nombre de tombes présentes au village de Bakinskaya, sur le cimetière réservé aux combattants de l’organisation paramilitaire Wagner, a été multiplié par sept en deux mois. Le média s’est appuyé sur les images satellites mises en ligne par The New York Times. Par ailleurs, une source de la chaîne Télégram spécialisée dans les investigations criminelles, VCHK-OGPU, a déclaré qu’environ 10% seulement des prisonniers recrutés par Wagner survivent durant les combats. Ces annonces s’inscrivent dans un accroissement d’actualités autour du groupe Wagner et de son gérant, l’homme d’affaires et proche du Kremlin, Evguéni Prigojine.
Le 24 janvier, Prigojine a fait parvenir une lettre au président de la Douma, Viatcheslav Volodine, requérant de faire voter une loi interdisant la «discréditation» des volontaires du groupe Wagner, y compris d’anciens prisonniers participant à «l’opération spéciale». Cette annonce fut relayée par RIA Novosti, agence de presse pro-gouvernementale. En effet, de nombreuses critiques circulent dans les médias d’opposition comme The Insider et Novaya Gazeta dénonçant le recrutement des prisonniers condamnés pour des crimes (assassinats, meurtres, viols) commis notamment à l’encontre des membres de leurs propres familles. Le cas de Dmitry Karyaguine ayant tué sa grand-mère (vétéran de la seconde guerre mondiale), en utilisant un marteau, a été particulièrement médiatisé après la publication de la vidéo publiée sur RiaFan, média lié à Prigojine. Après la participation aux combats, la plupart des survivants sont amnistiés, suscitant une certaine inquiétude parmi la population. Enfin, le journal français Libération rapporte que les Etats-Unis ont déjà qualifié le groupe Wagner d’organisation criminelle internationale, permettant donc de voter des sanctions à leur encontre.
25/01/2023 : Un documentaire sur l’opposant russe Alexeï Navalny nommé aux Oscars – Corentin Delon
Le 25 janvier, de nombreux médias dont L’Internaute relayaient la liste de nominations à la prestigieuse cérémonie des Oscars, révélant la présence de Navalny dans la catégorie du meilleur documentaire long. Le documentaire suit l’opposant politique russe Alexeï Navalny depuis sa tentative d’assassinat en 2020. L’un des moments forts du film, relaté dans un article du média russe The Moscow Times, «survient lorsque Navalny, se faisant passer pour un fonctionnaire, appelle Konstantin Kudryavstev, l’un de ses assassins potentiels. Au cours de l’appel, le tueur à gages admet avoir contaminé les sous-vêtements de Navalny avec du Novitchok et explique comment son équipe avait planifié la tentative de meurtre à plusieurs reprises». Cette nomination s’inscrit dans un contexte de fortes répressions contre les oppositions au pouvoir du Kremlin, relayé par un article de l’ONG Amnesty International. «Les organisations associées à Alexeï Navalny sont considérées comme des ennemies jurées des autorités, et sont devenues la cible d’actions de répression de grande ampleur. La plupart des collaborateurs et collaboratrices d’Alexeï Navalny ont dû fuir le pays». Dans un contexte de vives tensions entre l’Occident et le Kremlin, la nomination de ce film apparaît, selon un tweet de Maria Pevchikh, la directrice de l’unité anti-corruption de Alexeï Navalny, comme un «exemple des plans de Poutine qui tournent terriblement mal».
25/01/2023 – Le tribunal municipal de Moscou a liquidé le Groupe Helsinki de Moscou – Olga Shevchuk
Le 25 janvier, le tribunal de Moscou a liquidé la plus ancienne organisation de défense des droits de l’homme en Russie, le Groupe Helsinki de Moscou. Dans sa déclaration, le ministère de la Justice a fait valoir que l’organisation avait violé la loi sur les associations publiques en opérant en dehors de la région de Moscou. Par ailleurs, la charte de l’organisation ne serait pas conforme aux exigences légales en vigueur dans le pays.
L’ONU a condamné la décision du tribunal russe de fermer cette organisation. «La décision de fermer la plus ancienne organisation russe de défense des droits humains, le Groupe Helsinki de Moscou, est un nouveau coup porté aux droits humains et à l’espace civil dans le pays», a déclaré Marta Hurtado, la représentante officielle du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH). Elle a noté également que ce jugement est le dernier d’une série d’actions contre des organisations de la société civile et des médias, des journalistes, des groupes d’opposition et des défenseurs des droits de l’homme en Russie. «Les autorités russes devraient s’abstenir de prendre des mesures qui empêchent la couverture de questions graves d’intérêt public légitime», a-t-elle déclaré dans un communiqué. «Ils ont l’obligation de permettre la discussion d’opinions pluralistes dans la société et dans les médias, conformément à leurs obligations en matière de droits de l’homme».
Le Groupe Helsinki de Moscou travaille depuis 1976 pour identifier les violations des droits de l’homme, et faire respecter les obligations internationales de la Russie en matière de respect des libertés individuelles.
26/01/2023 – Le média pro-occidental Meduza qualifié d’organisation «indésirable» par le Bureau du Procureur général de Russie – Nicolas Girard
Le 26 janvier, le Bureau du Procureur général de la Fédération de Russie a annoncé sur son site internet qu’elle reconnaissait le média russophone Meduza comme une organisation indésirable sur le territoire russe. Meduza est un média «indépendant» pro-occidental qui publie des articles de presse à destination de la population russe depuis la Lettonie. En raison de sa ligne éditoriale différente de celle du Kremlin et des autorités russes, ses activités «constituent une menace pour les fondements de l’ordre constitutionnel et la sécurité de la Fédération de Russie», selon le Bureau du Procureur général.
Selon le journal pro-occidental The Moscow Times, il existe un certain nombre de conséquences pour une organisation journalistique qualifiée d’organisation indésirable. Parmi celles-ci, l’arrêt de ses activités sur le territoire russe, la confiscation de ses avoirs et de ses ressources, ou encore l’interdiction pour des citoyens russes (même ceux résidant à l’étranger) d’y travailler. À cela s’ajoutent des peines de prison pour toute contribution financière à un organisme «indésirable», et des poursuites judiciaires contre toute personne ou entité relayant ou faisant référence au travail d’une organisation indésirable.
27/01/2023 : La Russie charger d’augmenter le salaire minimum pour lutter contre l’inflation–Arnaud Huss
Le 27 janvier, le gouvernement russe a décidé d’augmenter le salaire minimum d’ici au 1er juillet 2023. Selon l’agence de presse Ria Novosti, le président russe souhaite créer de nouvelles hausses de salaires avant le 1er juillet 2023. Cette mesure a été annoncée par le Kremlin, dont le site internet livre plus de détails. La décision fut prise en raison de consignes données suite à une réunion du conseil de développement stratégique et des projets nationaux. Le gouvernement russe vise ainsi à réduire la pauvreté. Le but subsidiaire est d’augmenter l’espérance de vie des plus précaires en Russie, et d’augmenter la fécondité des femmes face au vieillissement démographique. Cette mesure touche aussi les ménages vivant dans les nouvelles régions, anciennement ukrainienne et intégrées par la fédération de Russie. Ce sont les régions de Donetsk, Lugansk, Zaporozhye, et Kherson. Le salaire minimum russe sera donc de 16 242 roubles en 2023, soit environ 45,9 % du revenu médian russe. Selon Kommersant, au 1er juin 2022, le salaire minimum en Russie s’élevait à 15 279 roubles annuel. Il avait déjà été augmenté d’une hausse de 8,6 %, ayant eu lieu entre le 1er janvier 2022 et le 1er juin 2022. Ces mesures ont été aussi mises en place, dans le cadre de la lutte contre l’inflation, qui selon la banque centrale russe, atteindra les 5-7 % pour l’année fiscale 2023. Les premières mesures de hausse de salaires ont été instaurées dès 2018, avec l’entrée en fonction du quatrième mandat présidentiel de Vladimir Poutine.
27/01/2023 : Près d’un an après le lancement de la guerre, la rhétorique de «dénazification» demeure d’actualité – Erwann Leyral
Le 27 janvier, la journée dédiée à la mémoire des victimes de l’holocauste a eu lieu, pour la 18ème fois consécutive depuis sa proclamation par les Nations Unies, en 2005. La veille, Vladimir Poutine a rencontré le grand rabbin de Russie, Berel Lazar, ainsi que le chef de la Fédération des communautés juives, Alexander Boroda. Dans une rencontre transcrite et publiée sur le site officiel du Kremlin, le président russe réaffirme la position de la Russie qui condamne et refuse de «[reléguer] dans l’oubli [les] crimes de ce type» ; cette rhétorique évoque la question de la «dénazification», que Vladimir Poutine utilise pour justifier le conflit ukrainien. Poursuivant la condamnation, le président russe rappelle le rôle de la Russie dans la poursuite de cet objectif, soulignant que les autorités fournissent : «un travail sérieux pour découvrir des crimes de ce type contre tous les citoyens de l’ex-Union soviétique, quelle que soit leur nationalité». Ce travail, à ses dires, ne bénéficie pas de la solidarité de «nombreux pays». Selon le Moscow Times, journal proche des intérêts occidentaux, ce discours trouve écho dans une autre déclaration récente de Vladimir Poutine, qui dénonce «les crimes contre les populations civiles, le nettoyage ethnique et les actions punitives organisés par les néo-nazis en Ukraine».
Le ministère des Affaires étrangères ukrainien a réagi dans un commentaire publié sur leur site officiel. L’Ukraine condamne ainsi des «actions honteuses» des la part du régime russe, qui «diffament la mémoire de millions de victimes de l’Holocauste», rappelant le souffrance du peuple ukrainien qui «[a survécut) à la tragédie de l’Holodomor, le génocide de 1932-1933, et qui se [retrouve] aujourd’hui sous le coup d’une agression armée non provoquée de la Russie».
Bien que le jour choisi pour cette commémoration soit celui de la libération du camp d’Auschwitz par l’Armée rouge, la Russie n’a pas été invitée à la cérémonie. Le site officiel du musée d’Auschwitz affiche une condamnation de la situation actuelle : «Tous ces vestiges sont un avertissement éloquent pour l’humanité, ô combien éloquent aujourd’hui à la lumière des crimes de guerre de la Russie en Ukraine».
27/01/2023 : De nouvelles sanctions dégradent les relations bilatérales russo-japonaises – Enzo Padovan
Le 27 janvier, le gouvernement japonais a approuvé une nouvelle série de sanctions contre Moscou. Le site internet du Ministère des Affaires Etrangères de Tokyo en spécifie la nature : 49 organisations russes (dont des entreprises pharmaceutiques ou spécialisées dans l’informatique) ne peuvent désormais plus exporter vers le Japon. De plus, 22 individus et 3 organisations verront leurs actifs gelés, en raison de leur implication dans «l’annexion de la République autonome de Crimée, la ville de Sébastopol, ou la déstabilisation de la partie est de l’Ukraine». Selon le média Radio Svoboda, cette liste inclut le ministre de la Justice russe, Constantin Tchouïtchenko, ainsi que d’autres personnes proches du pouvoir de Vladimir Poutine.
Le même jour, la Russie a commenté cette décision. Le média pro-gouvernemental Radio Sputnik est revenu sur cette aggravation des tensions entre le Kremlin et Tokyo. Leur article rapporte ainsi les déclarations de Dmitri Peskov, à propos des sanctions : «Les conséquences pour les relations bilatérales, qui sont déjà dans un très mauvais état, sont malheureusement inévitables en raison de ces décisions». Les conséquences envisagées sont à la fois de nature économiques et diplomatiques. L’agence de presse TASS, elle aussi proche du régime russe, relaie par ailleurs que le Japon est considéré, depuis le début du conflit ukrainien, comme «inamical» par le Kremlin.
À propos de l'auteur
Enzo PADOVAN
Biographie non renseignée



