Russie

Veille géopolitique Russie – du 4 mars au 10 mars 2023

Publié le 11/03/2023
8 min de lecture
Par Ilinka Leger
Russie

Défense et Armée en Russie – Nicolas Girard 

– Le 8 mars, Evgueni Prigojine, fondateur de la société militaire privée Wagner, a annoncé sur Telegram, à l’aide d’un message audio, contrôler la partie à l’est de la rivière Bakhmoutka de la ville de Bakhmout (anciennement Artiomovsk). Cette annonce fait suite à de nombreuses batailles entre les forces régulières ukrainiennes d’un côté et les troupes militaires russes et la société Wagner de l’autre, depuis quelques semaines.

La prise de contrôle d’une partie de la ville de Bakhmout par Wagner a été difficile, notamment en raison du manque de munitions. En effet, Evgueni Prigojine a publié un message sur Telegram le 5 mars, exprimant son interrogation à propos de la raison du retard d’envoi de munitions, évoquant «la bureaucratie ordinaire ou une trahison».

– Le 9 mars, dans un communiqué publié sur son site internet, le ministère russe de la Défense a annoncé avoir lancé des frappes et des bombardements massifs, en représailles à l’attaque terroriste survenue dans la région de Briansk le 2 mars. Pour rappel, des «saboteurs» seraient entrés sur le territoire russe depuis l’Ukraine et auraient tiré sur plusieurs véhicules, tuant les conducteurs. Ils auraient ensuite pris la fuite, et seraient retournés en Ukraine. Cet incident a été qualifié d’attaque terroriste par le président russe Vladimir Poutine lors d’un Conseil de sécurité le 3 mars. D’après le communiqué du ministère de la Défense russe, de nombreuses cibles militaires ukrainiennes, des entreprises du complexe militaro-industriel et des installations énergétiques ont été frappées. Le ministère de la Défense considère que «l’objectif a été atteint».

Soft power et influence russe – Corentin Delon 

Le 8 mars était célébré dans le monde entier la journée internationale de la femme. Cette fête reste une illustration forte du passé soviétique de nombreux pays en étant fériée. Les médias Moscow Times et l’AFP nous rappellent que cette journée, qui oeuvre désormais à la promotion des droits des femmes ainsi que de l’égalité, reste «dans la Russie contemporaine, [un moyen de] renforcer les rôles de genre traditionnels, les femmes recevant généralement des fleurs, des bonbons et des félicitations pour leur féminité». Le président Vladimir Poutine s’est quant à lui plié au discours présidentiel traditionnel de cette journée de la femme soulignant le respect particulier des Russes à leur égard et envers «la maternité», une «valeur inconditionnelle, transmise de génération en génération». Le Courrier International précise que Vladimir Poutine a tenu à rendre un hommage appuyé à celles qui combattent sous les drapeaux: «Votre courage, votre détermination et votre bravoure étonnent même les combattants les plus endurcis».

De leur côté, le groupe Feminist Antiwar Resistance a publié sur son canal Telegram une réponse aux efforts du Kremlin visant à promouvoir les valeurs «traditionnelles» en déclarant qu’il est «bénéfique pour les autorités de promouvoir la rhétorique sur les défenseurs masculins et les femmes en tant que gardiennes du foyer et créatures fragiles et vulnérables».

Politique intérieure russe – Erwann Leyral 

Le 9 mars, le gouvernement russe s’est réuni dans le but de traiter des orientations économiques et domestiques du pays. Le premier sujet abordé concerne les aides accordées aux citoyens participant à l’opération spéciale. Ces derniers, selon le rapport publié sur le site officiel du gouvernement russe, pourront bénéficier d’un sursis dans le programme d’emprunt immobilier à faible taux d’intérêt. L’autre sujet abordé est le développement de la route maritime du nord. En effet, toujours selon le rapport du gouvernement, il s’agit d’un projet économique majeur : «Au cours des quatre prochaines années, nous dépenserons plus de 27,5 milliards de roubles pour la construction d’un nouveau terminal portuaire à Pevek, en Tchoukotka. Le terminal comprendra des quais de fret, des installations hydrotechniques, y compris un port, un canal d’accès, un barrage, ainsi que des équipements de navigation essentiels».

Ce développement devrait permettre de viser les 100 millions de tonnes de gaz liquéfié exportées dans les années à venir. Des orientations qui peuvent se comprendre, du fait des restrictions de passage des navires pétroliers. En effet, le journal Reuters rapporte l’arrêt de vaisseaux transportant en tout près de 10 000 tonnes d’hydrocarbure en mer d’Azov. La Russie se voit, de plus, dans la nécessité d’améliorer ses exportations afin de redresser sa balance commerciale, dont l’excédent à, selon le journal Kommersant, été presque divisé par trois depuis 2022.

Économie russe  – Emeline Palvany

Le 9 mars, la part des devises «non amicales», c’est -à-dire le dollar ou encore l’euro, diminue dans les calculs de la balance commerciale russe. En effet, selon une enquête sur les risques des marchés financiers de la Banque de Russie, la part des règlements d’exportation dans les devises des pays «non amicaux», est passée de 87 % à 48 % en 2022. C’est le niveau le plus bas pour le dollar américain qui passe sous la barre des 50%. En opposition, l’utilisation du Yuan a explosé. La part de la monnaie chinoise dans les calculs d’exportation en 2022, qui ne dépassait pas 0,5 % en janvier, a atteint 16 % en décembre. Concernant l’importation, le chiffre est moins significatif mais diminue également, puisqu’il est passé de 65 % à 46 %. La part de la monnaie chinoise quant à elle est passée de 4 % à 23 %.

Reflet des sanctions occidentales, le Yuan devient monnaie de règlement alternative tout en s’accompagnant du rouble russe et d’autres devises de pays amis. Le régulateur de la Banque de Russie a expliqué que «La surveillance constante du solde des devises toxiques sur le marché dans le contexte des opérations d’exportation et d’importation des entreprises russes, montre qu’il y a une augmentation progressive de la part des monnaies amies et du marché des changes dans son ensemble équilibré».

Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Enzo Padovan

Le 9 mars, les douanes turques ont cessé de laisser transiter des produits visés par des sanctions à destination de Moscou. La chaîne Telegram du média russe Kommersant indique ainsi que cet arrêt des cargaisons ne concerne pas les produits turcs, qui peuvent continuer à être envoyés sans difficulté à la Russie.  Ces interdictions ne concernent que les produits en provenance d’Etats ayant approuvé des sanctions contre Moscou (notamment dans le domaine des produits électroniques), qui sont désormais bloqués en Turquie.

Cette dernière n’a, selon Kommersant et le journal Vedomosti, pas donné d’explications concrètes à son geste, qui vise de très nombreux secteurs (biens de luxe, électroménager). L’ambassade russe à Ankara a donc confié à l’agence de presse TASS, le lendemain de cette annonce, que la cause de ce problème était actuellement en cours d’enquête et de négociations avec le gouvernement local. Notons toutefois qu’en février dernier, le Secrétaire d’Etat américain Antony Blinken avait rendu visite au gouvernement du Président Erdogan. Dans la retranscription de la conférence de presse revenant sur ces échanges (disponible sur le site du Département d’Etat des Etats-Unis), la Russie est présentée comme la première menace pour l’OTAN. Il est donc possible que l’application des sanctions par la Turquie soit une réponse favorable aux affirmations américaines.

Diplomatie étrangère russe  – Arnaud Huss 

Le 10 mars, le ministre des Affaires étrangères Russe, M. Sergueï Lavrov, a évoqué les positions du Kremlin sur la situation actuelle des manifestations en Géorgie. Selon le Moscow Times, M. Lavrov a réagi de façon personnelle sur les récentes manifestations contre la réforme sur la loi controversée «des agents étrangers». Selon lui, les manifestations sont «orchestrées de l’étranger», et constituent une «tentative de coup d’Etat par la force», dans le but «d’irriter la Russie à ses frontières».

Selon le ministre des Affaires étrangères russes, les ONG pro-démocratie géorgiennes ont reçu des financements étrangers à hauteur de 20 % de leur budget. Cela ressemble étroitement aux événements de Maïdan, en Ukraine, en 2014, notamment sur le caractère de l’indignation occidentale face à des gouvernements jugés en accointance avec Moscou. De plus, le ministre a fait la comparaison entre les manifestations antigouvernementales qui ont eu lieu en Moldavie, ces dernières semaines, et celles de Géorgie. Il estime que le droit international est appliqué à sens unique, et que les manifestations en Géorgie, relèvent «des intérêts de l’Occident», tandis que celles de Moldavie, révèlent de «celui des autres». Il a ensuite mis en garde les pays du voisinage de la Russie, «sur le danger et la menace que pèsent les Etats-Unis et leurs alliés de l’OTAN». «Leurs intérêts sont dans leur domination et leur hégémonie sur les affaires mondiales», a-t-il rapporté.

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