Veille géopolitique Russie – du 18 mars au 24 mars 2023

Soft power et influence russe – Corentin Delon
Le 22 mars la nomination de Maria Pevchikh a été officialisée à la fonction de présidente du conseil d’administration de la fondation anti-corruption de l’opposant politique Alexeï Navalny. La journaliste d’investigation russo-britannique prend donc la suite de Leonid Volkov qui avait démissionné le 9 mars dernier à la suite d’une polémique. Le principal collaborateur de Alexeï Navalny avait en effet utilisé sa fonction au sein de la fondation pour demander à l’Union européenne de lever les sanctions du milliardaire Mikhaïl Fridman. Leonid Volkov avait en premier lieu nié l’authenticité de la lettre avant de qualifier son action de «grosse erreur politique» sur son canal Télégram. Impliquée depuis 2011 au sein de la fondation Navalny, Maria Pevchikh à déclarer via Twitter qu’elle continuerait à œuvrer pour «faire avancer publiquement et définitivement [le] programme de lutte contre la corruption» tout en continuant à travailler dans l’unité d’enquête de FBK.
La nouvelle présidente a également déclaré que «le FBK n’a jamais été et ne sera jamais un outil entre les mains des élites de Poutine, il ne doit pas y avoir de double sens ici» et reconnaît la démission de Léonid Volkov comme une décision «honnête».
Défense et armée en Russie – Nicolas Girard
Le 22 mars, le ministre de la Défense russe Sergueï Choïgou a annoncé le renforcement du système de défense aérien de Moscou lors d’une réunion du Collège du ministère de la Défense de la Fédération de Russie. Le ministre a expliqué qu’il était nécessaire de moderniser le système antimissile de la capitale russe en raison de l’importance des forces aérospatiales dans les conflits armés. Selon Sergueï Choïgou, l’opération spéciale en Ukraine a démontré la prégnance des forces aériennes dans les combats. Cette déclaration intervient dans un contexte de récentes attaques de drones sur le territoire russe.
Le jour-même de l’annonce du ministre, une attaque de drones est survenue dans la baie de Sébastopol où sont stationnés les bâtiments de la flotte de la mer Noire. Selon la déclaration de Mikhail Razvojaev, gouverneur de Sébastopol, aucun navire de guerre russe n’aurait subi de dommages. Les trois drones auraient été détruits par l’armée russe. Officiellement, aucune déclaration n’a été faite quant à l’origine de cette attaque.
La veille, le 21 mars, une attaque de drone survenait dans la région de Briansk. Selon le gouverneur de la région Alexandre Bogomaz, un drone ukrainien aurait attaqué une station de pompage de pétrole du pipeline Droujba, sans faire de victimes.
Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Enzo Padovan
Le 22 mars, le gouvernement sud-africain a déclaré qu’il allait s’entretenir avec son homologue russe, sur la question du mandat d’arrêt international actuellement en vigueur à l’encontre de Vladimir Poutine. Pour rappel, le site de la CPI indique que le président russe est actuellement recherché pour crime de guerre, étant accusé d’avoir illégalement déplacé des enfants ukrainiens sur le sol russe. Les autorités des pays ayant ratifié le Statut de Rome, qui a donné naissance à la CPI, ont donc l’obligation légale d’arrêter Vladimir Poutine, si ce dernier se trouve sur leur territoire.
Or, le magazine Bloomberg rappelle que Pretoria a signé ce statut, ce qui pose une certaine difficulté pour les échanges diplomatiques entre les deux pays : en effet, le président russe doit visiter l’Afrique du Sud en août, dans le cadre d’un sommet réunissant les Etats des BRICS. Le journal russophone Meduza rapporte que le Secrétaire de presse sud-africain, Vincent Magvenia, a indiqué que son pays connaît ses obligations, mais compte maintenir le dialogue avec son partenaire russe pour trouver une solution. Selon l’agence de presse TASS, des discussions entre les deux pays sont prévues, l’Afrique du Sud tenant à maintenir de bonnes relations avec Moscou.
Economie de la Russie – Emeline Palvany
Le 23 mars, Mikhaïl Michoustine, le Premier ministre de la Fédération de Russie, a présenté le rapport annuel de son gouvernement à la Douma d’Etat. Dans le contexte des sanctions occidentales, cet événement a été l’occasion de faire le point et d’informer les députés quant aux futures directives sur l’ économie russe.
Le Premier ministre a d’abord félicité le gouvernement conjoint aux mesures rapides et claires de la Banque centrale, d’avoir « ramené l’économie sur le chemin de la croissance » avec le maintien de la stabilité du secteur bancaire et de la réduction de la pression inflationniste qui s’approche désormais du « du niveau cible ». Comme l’a annoncé Vladimir Poutine en ouverture de séance, « le taux d’inflation en mars pourrait être inférieur à 4% ».
La Russie, qui préside actuellement l’Union économique eurasienne (UEE), a pour priorité « le développement des relations avec les Etats alliés », en particulier en termes de « coopération commerciale et économique ainsi que scientifique et technique avec la Chine », selon Mikhaïl Michoustine. Ainsi, avec le « protectionnisme intelligent » dit « gagnant-gagnant », le gouvernement russe souhaite améliorer le climat d’investissement et les logiques alternatives aux sanctions occidentales dont la cible « la cible principale était le peuple russe ».
Politique intérieure russe – Erwann Leyral
Le chef du gouvernement russe, Mikhaïl Michoustine, a tenu ce jeudi 23 mars, un discours présentant le rapport du gouvernement à la Douma d’Etat. Dans une retranscription détaillée et publiée sur le site officiel du gouvernement russe, sont présentés les principaux accomplissements et orientations politiques de ce dernier. Le chef du gouvernement a tout d’abord tenu à souligner la résilience de l’économie russe face à des acteurs occidentaux qui «n’ont reculé devant rien : [qui] ont fait sauter les gazoducs Nord Stream, ont saisi des comptes bancaires et ont banni la Russie du système de paiement international». Il attribue cette résilience à des actions fortes du gouvernement telles que «Plus de 1 500 milliards de roubles [ayant] été émis en faveur de grandes entreprises des secteurs de l’industrie, de l’agriculture, des transports, de l’énergie et des technologies de l’information». Des affirmations visant en partie à démentir les accusations d’inaction émises par certaines factions de la Douma.
Les priorités passées et futures du gouvernement ont aussi été énumérées ; parmi elles la santé avec près de 1000 hôpitaux et stations médicales construits en 2022, l’éducation, le marché du travail, le développement d’une souveraineté économique russe, l’intégration des régions récemment rattachées à la Russie et enfin le bien-être (notamment économique) des citoyens. Mikhaïl Michoustine entend agir en suivant ces priorités avec de nombreux projets de financement et de développement, ainsi que par un renforcement de la collaboration avec les pays alliés de l’Union Économique Eurasiatique.
Au-delà de la communauté eurasiatique, l’allié chinois joue aussi un rôle important dans le développement de l’économie russe. Comme le souligne le journal d’opposition The Moscow Time, ce discours prend place «un jour après que le président Vladimir Poutine a accueilli son homologue chinois Xi Jinping à Moscou pour une réunion qui a mis en évidence leurs liens économiques croissants ». Le chef du gouvernement souligne d’ailleurs l’importance de cette collaboration dans les projets futurs du gouvernement russe : «J’approuverai bientôt le Plan 2030, qui couvrira tous les principaux domaines de coopération avec nos partenaires chinois».
À propos de l'auteur
Ilinka Leger
Biographie non renseignée



