Russie

Veille géopolitique Russie – du 11 mars au 17 mars 2023

Publié le 18/03/2023
10 min de lecture
Par Enzo PADOVAN
Russie

Défense et Armée en Russie – Nicolas Girard 

Le 14 mars, un drone américain s’est abîmé en mer Noire après une collision avec des avions de chasse russes. Selon la déclaration officielle du ministère de la Défense russe, les avions russes ne seraient pas entrés en contact et n’ont procédé à aucun tir contre le drone américain. Ils auraient seulement suivis l’aéronef sans pilote car ce dernier aurait violé l’espace aérien russe en mer Noire, au large des côtes de Crimée. Contradictoirement, le département de la Défense des États-Unis a déclaré que les avions russes auraient mené une manœuvre visant à déstabiliser le drone et conduisant à son crash en mer. Selon les autorités américaines, le drone effectuait un vol de routine dans l’espace aérien international et n’aurait à aucun moment violé l’espace aérien russe.

Le 15 mars, à l’initiative du secrétaire d’État à la Défense desé États-Unis, des conversations téléphoniques se sont tenues entre Lloyd Austin et son homologue russe Sergueï Choïgou. Selon la déclaration publiée sur le site du ministère de la Défense russe, il a été discuté des faits bien qu’ils soient vus différemment par chacune des parties. La Russie a mentionné l’aspect provocateur des vols effectués par les États-Unis au large de ses côtes et de son espace souverain. En outre, la Russie a exprimé sa volonté de ne pas voir les relations se dégrader davantage mais répondra fermement aux potentielles provocations.

Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Enzo Padovan

Le 14 mars, l’humoriste russe Danila Poperechny a réalisé un spectacle à Tachkent, capitale de l’Ouzbékistan. Au cours de cet évènement, le microphone de l’artiste a été coupé, dès lors que ce dernier s’exprimait sur un sujet trop lié à la question ukrainienne. «Au moins 50 minutes de contenu ont été « effacées » à la demande des forces de l’ordre locales», a indiqué Danila Poperechny sur son compte Instagram, avant d’ajouter ironiquement «je me suis senti comme à la maison». Ainsi, de nombreux commentaires sur le pouvoir russe ont été passés sous silence, et l’humoriste s’est excusé auprès des spectateurs, leur donnant la possibilité de demander un remboursement.

L’Ouzbékistan fait preuve d’une position relativement neutre quant à l’invasion russe en Ukraine. Le Monde rapporte que Tachkent s’est, à plusieurs reprises, abstenue de voter en faveur ou contre les diverses résolutions de l’ONU condamnant le conflit. Pourtant, dès le mois de mars 2022, le ministre des Affaires étrangères ouzbèke avait pris la parole pour défendre l’intégrité territoriale ukrainienne. Le média Eurasia.net rapportait alors que le pays ne reconnaîtrait pas la souveraineté des républiques de Donetsk et Lougansk.

Selon le journal ouzbèke Gazeta.uz, Danila Poperechny, qui a quitté le territoire russe par peur de l’oppression politique, continuera désormais sa tournée en Turquie. 

Soft power et influence russe – Corentin Delon 

Ce 13 mars, le média indépendant The Moscow Times a publié un article illustrant la disparition progressive de plusieurs dialectes endémiques russe. Plusieurs recensements mis en place par le gouvernement tendent à souligner ce phénomène de véritable déclin de la diversité linguistique. En effet, selon un rapport de l’Institut de linguistique de l’Académie des sciences de Russie, ce sont pas moins de 193 peuples parlant entre 277 et 295 dialectes qui seraient concernés par ce phénomène. C’est le média Meduza qui met concrètement en lumière ce déclin avec la disparition de Gennady Yakovlev, en octobre dernier, qui était «l’un des derniers locuteurs indigènes d’aléoute, une langue originaire de la région du Kamtchatka en Extrême-Orient russe».

Le militant de la langue tatare (originaire de la zone entre la vallée moyenne de la Volga et l’avant-pays ouralien), Marsel Ganiev, a également déclaré au Moscow Times que «le nombre de personnes qui s’identifient comme non-russes et considèrent leur langue maternelle comme leur langue principale diminue d’année en année parce que l’espace d’utilisation de ces langues se réduit considérablement».

Russie et multilatéralisme – Ilinka Léger

Le 16 mars, la Commission d’enquête indépendante déléguée par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU a publié, sur le site internet officiel de ce dernier, les conclusions des investigations sur le déroulement des hostilités en Ukraine. Le rapport fait état de différents crimes de guerre commis par la Russie en Ukraine tels que des «attaques contre des civils et des infrastructures liées à l’énergie, des homicides volontaires, des détentions illégales, des tortures, des viols et d’autres violences sexuelles». En outre, la Commission s’est exprimée sur le sort des enfants ukrainiens déplacés en Russie dans le cadre du conflit : «Les situations de transfert et de déportation d’enfants qu’elle a examinées s’apparentent à des crimes de guerre». Les membres de la Commission ont, en effet, constaté que beaucoup parmi les plus jeunes enfants n’étaient pas à même de contacter leur famille et qu’il existait donc une possibilité pour que les liens soient rompus sur le long terme.

Le 16 février dernier, la Commissaire presidentielle aux droits de l’enfant, Maria Lvova-Belova, a rencontré Vladimir Poutine afin de discuter de ce que la Russie qualifie d’«évacuation» des enfants ukrainiens afin de les mettre en sécurité sur le territoire russe. Au cours de la discussion, Maria Lvova-Belova avait remercié le président russe d’avoir pu adopter un enfant de 15 ans transféré de Marioupol «grâce à lui». La plateforme «enfants de la guerre» mise en place par le gouvernement ukrainien estime qu’à ce jour 16 226 enfants ukrainiens ont été deportés en Russie. L’organisation Conflict Observatory a, quant à elle, publié un rapport le 14 février 2023 qui fait état de plus de 6000 enfants ukrainiens placés dans des camps et autres infrastructures en Russie.

Politique intérieure russe – Erwann Leyral

Le 16 mars, le président du gouvernement, Mikhail Mishustin, a reçu en entretien les représentants des différentes factions de la Douma d’Etat, l’assemblée parlementaire russe. Ces entretiens ont pour but de préparer le rapport du gouvernement à la Douma. Rapport dont le président de la Douma, Viatcheslav Volodine, a fixé la date au début d’une session plénière, selon le journal russe Ria Novosti : «Nous devons décider de la date du rapport. […] il est proposé de fixer le rapport du gouvernement au 23 mars». Du 13 au 17 mars, le président du gouvernement a donc reçu les représentants du Parti communiste (13%), du Parti Libéral Démocrate (national-conservateur avec 5% des sièges) , de «Russie Juste» (centriste avec 6% des sièges), de «Nouvelles Personnes» (centre-droite avec 3% des sièges) et de «Russie Unie» (la faction gouvernementale et majoritaire avec 72% des sièges). Le contenu des allocutions d’introduction de Mikhail Mishustin, rendu public dans des publications du site officiel du gouvernement russe, se compose principalement de remerciements concernant les principaux projets et contributions des partis. 

Dans chacune de ces allocutions, les factions de la Douma sont remerciées pour l’effort fourni «pour intégrer les nouvelles régions à la Russie», ainsi que le soutien apporté aux divers projets économiques intérieurs russes. Bien que ces échanges ont été cordiaux, certains représentants ont dénoncé le manque de réaction de l’Etat face à certains problèmes intérieurs. Ainsi selon le journal Kommersant, le dirigeant du parti communiste, Gennady Zyuganov a déploré le manque de mesures visant à susciter une plus grande croissance dans le pays. Le chef du SRZP (Russie Juste), Sergueï Mironov, a expliqué attendre du gouvernement un «plan stratégique de développement socio-économique» notamment en ce qui concerne les mesures sociales. Autant de questions sur lesquelles le président du gouvernement pourra s’exprimer dans son discours du 23 mars, annoncé par le président de la Douma, selon le journal russe Ria Novosti.

Économie de la Russie – Emeline Palvany

Le 16 mars, la Douma d’État a approuvé en première lecture le projet de loi concernant le rouble numérique. «L’objectif du projet de loi est d’étendre l’infrastructure de paiement en élargissant l’utilisation des technologies numériques par les citoyens, les entreprises et l’État», a indiqué la note explicative du texte examinée dès décembre 2022 par la chambre basse de la Fédération de Russie. La mise en place d’une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) constitue une véritable alternative en réaction aux sanctions occidentales, notamment afin de pallier l’éviction de banques russes du réseau financier SWIFT et de faciliter le commerce avec des pays alliés. 

Initiatrice de ce projet, la Banque de Russie a pour objectif le test et le développement de la feuille de route pour l’introduction du rouble numérique. Olga Skorobogatova, la sous-gouverneure de la Banque de Russie a déclaré que «pour la commodité de son utilisation, nous devons assurer une migration transparente entre les formes du rouble. {…} Pour organiser cette coopération, nous avons rapidement formé le premier groupe pilote de banques afin qu’elles aient suffisamment de temps pour préparer techniquement et technologiquement leurs systèmes et processus pour le pilotage».  Ainsi, l’échange du rouble numérique contre des devises étrangères et l’ouverture de portefeuilles pour les non-résidents pourraient être lancés en 2024.

Sanctions contre la Russie – Arnaud Huss

Le 17 mars, la Cour Pénale de Justice Internationale a publié un mandat d’arrêt visant le  Président Russe, Vladimir Poutine. Selon Mediazona, ce dernier est soupçonné de déportation illégale d’enfants dans les régions occupées en Ukraine. C’est la deuxième fois après Omar al-Beshir (ancien Président Soudanais) que la CPI émet un mandat d’arrêt contre un Président en exercice. De plus, la commissaire russe aux droits de l’enfant, Maria Lvova-Belova fait aussi l’objet de poursuites pénales à son encontre par la CPI. Le procureur général d’Ukraine, Andriy Kotsin a déclaré que «le monde a reçu le signal que le régime russe est criminel et que ses dirigeants et ses alliés seront tenus responsables». 

Selon Tass, la Russie ne reconnaît pas la compétence de la Cour Pénale Internationale, en considérant ses actions «comme nulles et non-avenues». Le porte parole du Kremlin, Dimitri Peskov, pour sa part a déclaré : «Nous considérons la formulation même de la question comme scandaleuse et inacceptable». La Russie est non-membre du statut de Rome de 1998 (CPI), car elle n’a pas ratifié le traité. Selon le ministère russe des Affaires étrangères, la cour «n’a pas répondu aux attentes placées en elle et n’est pas devenue un organe véritablement indépendant de la justice internationale».

 

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