Veille Chine – Résumé des faits marquants de l’été 2023

Visite de Kissinger en Chine
L’ancien haut-fonctionnaire et analyste américain Henry Kissinger s’est rendu à Pékin en juillet 2023 pour y rencontrer les personnages clé de l’Etat chinois. Le 18 juillet, il a d’abord échangé avec le ministre de la Défense chinois, Li Shangfu. Les répliques sont restées policées du côté chinois, Li affirmant que la Chine s’est «toujours engagé[e] à établir des relations sino-américaines stables, prévisibles et constructives.»
Le lendemain, M. Kissinger a rencontré le haut-diplomate Wang Yi, quelques jours avant que ce dernier ne se voit de nouveau nommé ministre des Affaires étrangères (voir plus bas). Wang Yi a tenu un discours plus ferme, déclarant qu’il est «impossible» de transformer, encercler ou contenir la Chine.
Le 20 juillet, enfin, l’ancien responsable de la politique étrangère des Etats-Unis a rencontré le président chinois Xi Jinping en personne. Ce dernier fait preuve d’une chaleur hors de l’ordinaire en se référant à M. Kissinger comme un «vieil ami» de la Chine. Sur les relations sino-américains, Xi Jinping a déclaré sobrement qu’ «[u]ne fois de plus, la Chine et les États-Unis se trouvent un carrefour et, une fois de plus, les deux parties doivent faire un choix».
Le déplacement d’Henry Kissinger à Pékin, acteur important des efforts de rapprochement Chine – Etats-Unis dans les années 1970, a suscité l’espoir que les relations entre les deux Etats prennent un tournant plus chaleureux. Mais les multiples domaines de compétition tels que l’influence dans le Pacifique, la primauté technologique, le commerce et le modèle de gouvernance, rendent une détente impossible à court terme.
– Disparition de l’ancien ministre des Affaires étrangères Qin Gang
Également en juillet, l’absence prolongée d’apparition publique du ministre des Affaires étrangères Qin Gang a suscité des questionnements chez les journalistes et les chercheurs. Sa dernière apparition publique remontait au 25 juin, et le gouvernement chinois n’avait donné aucune indication sur les raisons de son absence, si ce n’est l’évocation de “soucis de santé”. Puis brusquement, le 27 juillet, les autorités chinoises ont annoncé la nomination de Wang Yi, haut-diplomate et prédécesseur de Qin Gang, au poste de ministre des Affaires étrangères.
Depuis lors, l’ex-ministre des Affaires étrangères et ambassadeur chinois aux Etats-Unis n’est pas réapparu, et aucune information à son sujet n’a filtré dans les médias officiels chinois. Certaines suppositions évoquent une maîtresse ayant un enfant de lui, ou un lien avec la corruption.
La chute de Qin Gang s’inscrit dans une intensification de la purge des cadres corrompus, dont trois haut-fonctionnaires de la Force des missiles de l’Armée populaire de libération (PLA Rocket Force) ont fait les frais en juillet. L’actuel ministre de la Défense, Li Shangfu, pourrait également être mis en cause.
– Chine et Philippines : incidents multiples entre marins philippins et gardes-côtes chinois
En août 2023, une série d’incidents ont eu lieu entre la marine philippine et les garde-côtes chinois (GCC). Alors qu’ils entreprenaient une mission de ravitaillement du BRP Sierra Madre, le 5 août 2023, les marins philippins ont été arrêtés par un bâtiment de la GCC, qui a fait usage de canons à eau pour bloquer tout passage.
Si le BRP Sierra Madre constitue le point nodal des tensions, c’est en raison de son stationnement près du récif Second Thomas, dont la souveraineté est revendiquée par tant par Manille que par Pékin. La navire, d’abord construit et utilisé par la marine américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, a été racheté par l’Etat philippin puis volontairement échoué près du récif Second Thomas, afin d’affirmer les revendications de souveraineté philippines. Son état avancé de vétusté entraîne néanmoins la nécessité de missions de ravitaillement et d’actions de rénovation régulières.
Après plusieurs autres incidents, l’autorité des GCC a finalement annoncé le 22 août autoriser le passage d’une flotte philippine, arguant que celle-ci ne transportait pas de «matériel de construction illégal» et était autorisée à rejoindre le récif Second Thomas «pour raisons humanitaires».
En février, les garde-côtes chinois avaient fait usage d’un laser de technologie militaire pour repousser les marins philippins ; deux mois plus tard, les Philippines accusaient les GCC de «manoeuvres dangereuses» après qu’un de leur bâtiment se soit approché à moins de cinquante mètre d’un navire philippin.
– Etats-Unis et Taïwan : allocation d’une aide militaire destinée aux gouvernements souverains
Fin août 2023, le gouvernement américain a annoncé l’allocation d’une nouvelle aide militaire à son partenaire taïwanais d’un montant de 80 milliards USD, comme il l’avait déjà fait, par exemple, fin juillet (promettant une aide de 345 millions USD). Mais ce don diffère des initiatives passées en ce qu’il sera effectué, pour la première fois, à travers le programme Foreign Military Financing (FMF). Ce dernier régit exclusivement les acquisitions d’articles de défense par des Etats souverains.
La Chine a dénoncé cette initiative annoncée le 25 août, puis approuvée par le gouvernement américain le 30 août. La porte-parole du ministère des Affaires étrangères a affirmé que les Etats-Unis «continuent de créer des tensions» en offrant une aide militaire à Taïwan, tandis que les médias évoquent un «cadeau empoisonné».
– Sommet des BRICS en Afrique du Sud (élargissement, pas de discours XJP, absence au G20)
Le 15ème Sommet des BRICS, organisé du 22 au 24 août en Afrique du Sud, s’est clôt sur l’élargissement de l’organisme à l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Éthiopie, l’Égypte, l’Argentine et les Émirats arabes unis. Le président chinois Xi Jinping estime qu’en accueillant six nouveaux membres, les BRICS passent une «étape historique» qui contribuera à la «stabilité mondiale».
Les nouveaux membres n’ont pas été choisis au hasard : l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis et l’Iran sont des poids lourds de la production de pétrole, et ont pour premier client l’Inde depuis que les Etats-Unis ont réduit leurs commandes de pétrole moyen-oriental. L’Egypte, partenaire important de la Russie et possédant les droits sur le canal de Suez, et l’Ethiopie, État au poids économique et démographique non négligeable dans sa région, constituent deux soutiens stratégiques pour le bloc. Enfin l’Argentine, dont l’économie est en crise mais reste prometteuse, permet de rééquilibrer la répartition géographique au sein du bloc en accueillant un second État d’Amérique du Sud.
Xi Jinping a par ailleurs saisi l’occasion de cette raison de chefs d’Etat et de gouvernements pour mener des entretiens avec différents «leaders du Sud global» en marge du sommet. Il a notamment pu échanger avec ses homologues cubain, éthiopien, bengladais et sénégalais. Après avoir réitéré à Miguel Diaz-Canel, le président cubain, le soutien de la Chine à la «défense de la souveraineté nationale» et son opposition à «l’ingérence extérieure», Xi Jinping a rencontré le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, auquel il a indiqué que le paiement de la dette de son État pouvait être suspendue. Pour rappel, l’Ethiopie est le premier partenaire commercial de la Chine en Afrique de l’Est, mais également le pays africain le plus endetté auprès de Pékin.
À propos de l'auteur
Anna Balawender
Biographie non renseignée



