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VEILLE CHINE – Du 4 février au 10 février 2023

Publié le 11/02/2023
9 min de lecture
Par Anna Balawender
Asie de l'est

Cette semaine : l’armée américaine obtient un accès élargi aux bases des Philippines, le gouvernement indien annonce l’interdiction de plus de 230 applications numériques chinoises, Taiwan conseille aux jeunes entreprises de privilégier le Japon et d’éviter la Chine continentale, la Chine répond au discours de Joe Biden sur l’état de l’Union, et une escalade des tensions redoutée après la destruction d’un ballon chinois survolant les États-Unis.

05/02/2023 : L’armée américaine obtient un accès élargi aux bases des Philippines pour contrer la Chine -Thomas Taochy-

Les Etats-Unis ont annoncé le 5 février la ratification d’un accord leur donnant un accès facilité à 9 bases militaires des Philippines. Le SCMP rapporte que cette décision a été prise pour contenir l’expansion chinoise dans le Pacifique, affectant les positions défensives de la Chine dans la première chaîne d’îles, s’étendant du Japon à la péninsule malaisienne.

Le ministre de la Défense américain Lloyd Austin a ainsi exprimé au média CNN : «Notre alliance rend nos démocraties plus sûres et contribue à maintenir un Indo-Pacifique libre et ouvert». L’ambassade chinoise aux Philippines a réagi à ce nouvel accord et a dénoncé «les États-Unis [qui], par intérêt personnel […], continuent de renforcer leur dispositif militaire dans cette région. Leurs actions aggravent les tensions régionales et sapent la paix et la stabilité régionales».

Outre l’influence américaine grandissante dans la zone pacifique, la Chine craint surtout la présence des Etats-Unis près de Taiwan. En effet, le média Eurasian Times rappelle que les bases militaires sont situées à moins de trois cents kilomètres de Taiwan, et que Manille a accordé son aval aux forces américaines pour qu’elles puissent utiliser ses bases pour la protection de l’île.

05/02/2023 : Le gouvernement indien annonce l’interdiction de 232 applications numériques chinoises -Anna Balawender-

Le 5 février, le Ministère indien de l’électronique et des technologies de communication a décrété l’interdiction de 232 applications numériques chinoises en Inde. Cette censure touche 138 applications de pari et 94 applications de prêt d’argent liées à la Chine, précise Reuters. Elle sera mise en œuvre sur la base de la Loi sur les technologies (IT Law) qui autorise le bannissement de l’accès au contenu représentant une menace pour la sécurité nationale.

SCMP rappelle que, depuis les violentes altercations entre soldats chinois et indiens à la frontière des deux pays en mai 2020, l’Inde a décidé le bannissement de près de 300 applications chinoises. Cette censure touche WeChat ainsi que Tik Tok, l’application de contenu vidéo court possédée par le géant chinois Bytedance, qui comptait 200 millions d’utilisateurs journaliers avant son bannissement. Les entreprises chinoises du secteur numérique ont exprimé leur inquiétude de se voir interdire un marché riverain, et surtout aussi large que celui de l’Inde.

Ces mesures interviennent dans un contexte où Pékin comme New Dehli tendent à réduire l’influence des prêteurs en ligne. Les autorités chinoises ont forcé plusieurs plateformes à fermer au nom de la stabilité financière. En Inde, la multiplication de ces applications est favorisée par la diffusion de l’internet, couplée à une faible couverture bancaire dans certaines zones du pays.

Le facteur ayant alerté les autorités indiennes est néanmoins la vague de suicides de 2020 : «la vague de suicides de 2020 liée aux applications de prêts bancaires, couplée au stress économique individuel engendré par la crise du Covid-19, a été un facteur majeur de prise de conscience sur [les pratiques des] applications de prêt instantané, qui sont connues pour leurs hauts taux d’intérêts et leurs méthodes de recouvrement abusives», explique Srikanth L., développeur professionnel diplômé de l’université du Michigan.

06/02/2023 : Taiwan conseille aux jeunes entreprises de privilégier le Japon et d’éviter la Chine continentale -Thomas Taochy-

Taiwan a demandé le 6 février à ses nouvelles entreprises d’éviter, dans leurs projets de délocalisation, la Chine continentale et de s’installer plutôt au Japon. Cette déclaration est faite dans un contexte de lutte d’influence sino-américaine et du découplage de la chaîne d’approvisionnement mondiale qu’elle engendre.

Par ailleurs, Taiwan a également interdit à ses organisations gouvernementales d’orienter les jeunes entreprises vers la Chine continentale, pourtant principal point de chute des capitaux taïwanais depuis les années 1980, rappelle SCMP.

Le gouvernement taiwanais soutient Jay Yang, directeur général adjoint du Market Intelligence & Consulting Institute dans ses propos pour le média Business Today : «Nous encourageons les start-up taïwanaises à coopérer avec les Japonais, et nous y travaillons car c’est un pays vieillissant qui a besoin de beaucoup de sang neuf pour travailler avec eux».

Cependant, il est utile de comprendre que ce reversement de Taiwan ne sera pas immédiat. Tout d’abord, la Chine est encore à ce jour son premier partenaire commercial. Elle représente 40% des exportations de Taipei et possède une influence non-négligeable sur l’économie de cette dernière (les exportations taïwanaises ont diminué de 21 % pour le cinquième mois consécutif en raison de la faible demande en Chine continentale). En outre, de nombreuses entreprises japonaises à l’instar de Rakuten voient Taiwan comme «un pont vers la Chine» selon le Financial Times.

08/02/2023 : La Chine critique le discours de Biden pendant l’état de l’Union -Protasius Isyudanto-

Le 8 février 2023, Mao Ning, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a donné la réponse chinoise au discours sur l’état de l’Union prononcé la veille par le président américain Joe Biden.  «La Chine ne craint pas d’entrer en concurrence avec les États-Unis, mais s’oppose à ce que l’ensemble des relations entre la Chine et les États-Unis soit définies en termes de concurrentiels. […] Il n’est pas dans les habitudes d’un pays responsable de dénigrer un autre pays ou de restreindre les droits légitimes de développement de ce dernier sous prétexte de concurrence, même au prix de la perturbation de la chaîne industrielle et d’approvisionnement mondiale», a déclaré Mme Mao. Elle a également ajouté que la Chine sauvegarderait fermement sa souveraineté, sa sécurité et ses intérêts de développement.

Sur un ton plus réconciliateur, elle a déclaré que la Chine a toujours pensé que les relations entre la Chine et les États-Unis ne sont pas un jeu à somme nulle dans lequel l’un gagne et l’autre perd. Les succès de la Chine et des États-Unis représentent, selon elle, des opportunités plutôt que des défis et la terre entière pourrait pleinement soutenir le développement et la prospérité commune de la Chine et des États-Unis.

La porte-parole a noté que des relations saines et stables entre la Chine et les États-Unis servent les intérêts fondamentaux des deux peuples et constituent également l’aspiration commune de la communauté internationale. À cette fin, elle a insisté sur le fait que «les États-Unis devraient avoir une compréhension objective et rationnelle de la Chine, poursuivre une politique positive et pragmatique envers la Chine et travailler avec la elle pour ramener les relations Chine-États-Unis sur la voie d’un développement sain et stable».

Ce commentaire est intervenu après que le président Biden a explicitement mentionné la Chine à cinq reprises dans son discours de 73 minutes, et a même mis la foule au défi de «citer un dirigeant mondial qui changerait de place avec Xi Jinping». Le président américain a souligné que l’objectif de «gagner la compétition [avec la Chine] devrait nous unir tous».

09/02/2023 : Une escalade des tensions redoutée après la destruction d’un ballon chinois survolant les États-Unis -Marie Corcelle- 

Un ballon stratosphérique chinois a été détruit par les Américains dans le Sud-Est des États-Unis, en Caroline du Sud ce samedi 4 février.  Le Pentagone fait mention d’un «ballon espion»  qui aurait survolé des sites militaires stratégiques, comme le rapporte CNN, et qui aurait flotté au-dessus du territoire américain depuis mercredi.

Le 3 février, le jour précédent la destruction du ballon, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois Mao Ning a évoqué dans une déclaration «un dirigeable civil utilisé à des fins de recherche, principalement météorologiques» et qui aurait été dévié de sa trajectoire, soit  «un cas de force majeure». Une fois le ballon abattu, une autre déclaration du ministère, relayée par de nombreux médias locaux dont Global Times, a suivi le jour même, la Chine faisant état de son «vif mécontentement», et a indiqué se «réserver le droit de répliquer si nécessaire».

Ce ne serait néanmoins pas la première fois que des ballons chinois survolent les États-Unis : des cas similaires auraient eu lieu sous la présidence Trump, d’après un rapport auquel CNN a eu accès. Ces différents incidents diplomatiques font redouter une escalade des tensions entre Pékin et Washington : d’après le South China Morning Post, le ministre de la Défense chinois aurait refusé un appel du Pentagone le jour où le ballon a été abattu, et le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a décidé de reporter sa visite en Chine.  Ce dernier, lors d’une conférence de presse le 8 février avec le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a parlé d’une véritable «flotte» de ballons chinois qui aurait survolé de multiples pays des cinq continents.

Plusieurs États d’Amérique latine ont effectivement aperçu des ballons du même type dans leur espace atmosphérique, qui seraient également «de nature civile» et auraient été affectés «par les conditions météorologiques» expliquant la déviation de leur trajectoire, d’après une nouvelle déclaration de Mao Ning.

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