Veille géopolitique Chine – Du 25 février au 3 mars 2023

Relations Chine – Russie et Asie centrale – Emilien Kauffmann
Du 20 au 27 février se sont tenus des exercices maritimes conjoints entre la Chine, la Russie et l’Afrique du Sud. Les navires des trois pays s’exercent au large de Durban, dans la Baie de Richards en Afrique du Sud. Cet exercice a pour but d’améliorer la coopération de défense et de sécurité des États membres des BRICS.
De plus, le Secrétaire d’Etat américain Anthony Blinken a annoncé à l’issue de sa rencontre avec son homologue chinois Wang Yi que la Chine envisageait des livraisons d’armes à la Russie. Ces déclarations ont été qualifiées de «fausses informations» par Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Selon le chef de la diplomatie européenne Joseph Borrell, cette livraison d’armes constituerait une «ligne rouge» pour l’Union Européenne.
La Chine a depuis le début du conflit développé ses relations avec la Russie sur des domaines stratégiques. En effet, depuis que l’Europe essaie de s’affranchir de la dépendance en gaz de la Russie, cette dernière a trouvé un nouveau client via son nouveau gazoduc de 2 600 km «Power of Siberia 2». Ce nouveau gazoduc délivrera 50 milliards de mètres cubes de gaz par an à la Chine. Bien que l’Occident tente d’affaiblir la Russie, cette dernière établit des partenariats alternatifs avec d’autres États, sur les plans militaire et énergétique.
– Relations Chine – Etats-Unis – Thomas Taochy
– La Chine s’en est prise aux Etats-Unis le 27 février suite aux propos américains concernant l’origine du Covid-19. En effet, Washington avait affirmé dans un rapport publié lundi dernier qu’une fuite provenant d’un laboratoire chinois était à l’origine de la propagation de la pandémie.
Beijing a appelé les Américains à «cesser de salir la Chine». Mao Ning, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois a ajouté : «Les parties concernées devraient cesser d’agiter la théorie des fuites de laboratoire, et de politiser les origines de Covid».
– Sur le plan militaire, les Etats-Unis ont appelé à des sanctions conjointes contre la Chine le 2 mars. En effet, Washington a consulté ses alliés pour une potentielle imposition de sanctions contre Pékin «si la Chine fournit un soutien militaire à la Russie» dans le cadre de la guerre en Ukraine. Beaucoup de chercheurs voient dans cette décision une tentative américaine de saper la position pacifique de la Chine.
– Le ministre des Affaires étrangères américain Anthony Blinken a déclaré le 3 mars «ne pas être distrait par la guerre en Ukraine» pendant une réunion du Quad. Cette alliance composée des Etats-Unis, du Japon, de l’Inde et de l’Australie a, selon le ministre, réitéré ses propositions de soutien envers les pays asiatiques moins développés dans une démarche de lutte d’influence face à la Chine. Considérant le Quad comme une alliance qui vise à l’encercler, la Chine a répondu qu’elle «espèr[e] que certains pays pourront faire davantage de choses qui contribuent à la sécurité et à la confiance mutuelle entre les pays de la région et qui aident à maintenir la paix et la stabilité».
La Chine a récemment elle-même réaffirmé son soutien financier et technique aux pays en développement, dans le cadre son initiative des Nouvelles Routes de la Soie, et à travers les instruments de financements internationaux, en se plaçant en concurrence du FMI dans le soulagement de la dette. Affirmant être elle-même encore en phase de développement, elle se place communément en tant que leader du « Sud », entrant sur ce point en concurrence avec l’Inde.
– Lors d’une conférence de presse le 3 mars, Mao Ning a affirmé que les Etats-Unis «n’ont cessé d’invoquer le danger nucléaire chinois pour justifier leur propre expansion militaire». Elle faisait en effet référence aux propos tenus par Elizabeth Sherwood-Randall, la présidente de la Sécurité nationale américaine qui avait expliqué «Les États-Unis doivent s’engager avec la Chine pour réduire les menaces nucléaires existantes et trouver des moyens d’inviter Pékin à apporter des contributions significatives alors que son arsenal continue de croître».
– Situation taïwanaise et démonstrations militaires chinoises en mer de Chine méridionale – Anna Balawender
– Le 27 février, un avion de chasse américain a traversé le détroit de Taiwan, séparant les côtes orientales chinoises de l’île taiwanaise. La Chine a dénoncé la manœuvre étatsunienne comme étant une violation de sa «souveraineté, droits souverains et juridiction» sur le couloir d’eau, et a accusé les Etats-Unis de «mettre en danger» la paix dans la zone.
La Marine américaine a défendu l’initiative en affirmant que la zone du détroit est un espace aérien international (i. e. proclamant que le passage y est libre, car aucune souveraineté nationale n’en régit l’accès).
– Le 1er mars, le ministère de la Défense taïwanais a déclaré que 19 avions de l’armée de l’air chinoise ont pénétré la zone d’identification de défense aérienne (en anglais ADIZ) de Taiwan, avant d’en décompter deux de plus, portant le décompte à 21 appareils.
Les 17 avions F-10 et 4 avions F-16 ont survolé les côtes taïwanaises et l’archipel de Pratas, situé en mer de Chine méridionale, lieu de lutte d’influence soutenue entre pays riverains. Suivant la procédure habituelle, le gouvernement taïwanais a répondu en envoyant ses propres forces de l’armée de l’air pour intercepter les appareils chinois.
Outre les avions pénétrant la zone ADIZ, d’autres initiatives chinoises ont été repérées : au total, ce sont 25 avions et 4 navires de guerre chinois qui ont été envoyés vers Taiwan.
– Le 2 mars, au lendemain de la démonstration des pilotes chinois, Taiwan a signé avec les Etats-Unis un contrat d’armement s’élevant à 619 millions USD. Ce contrat comprend la vente potentielle de 200 missiles anti-aériens (AMRAAM), et de 100 missiles AGM-88B HARM visant la destruction des stations radar terrestres. Cette vente potentielle a reçu l’approbation du Département d’Etat américain le mercredi 1er mars.
Les principales parties de ce contrat sont les entreprises Raytheon Technologies et Lockheed Martin, toutes deux faisant l’objet de sanctions par la Chine. Le ministère des Affaires étrangères chinois a réagi en se déclarant «fermement opposé à ce que les Etats-Unis vendent des armes à la province chinoise de Taiwan».
– Parallèlement, la Corée du Sud et les Etats-Unis ont annoncé le 4 mars organiser leurs plus grands exercices militaires conjoints depuis ces cinq dernières années, du 13 au 23 mai 2023. Chacune des parties américaine et chinoise maintient donc la pression sur l’autre. La Chine en particulier a entamé, à un an des élections présidentielles taïwanaises, une campagne d’influence et de désinformation visant Taiwan. Cette initiative dématérialisée s’ajoute à l’envoi à rythme soutenu de ses forces aériennes et maritimes à proximité de l’île, dans l’optique d’épuiser les forces de défense taiwanaise.
Les Etats-Unis pour leur part répondent tant aux incursions chinoises régulières qu’à l’agressivité de Pyongyang, qui a dévoilé de nouveaux missiles intercontinentaux (ICBM) en février dernier, et qui a promis des actions d’une force «sans précédent» en réponse à la collaboration militaire américano-coréenne.
– Engagement chinois avec et au sein des grandes organisations internationales – Protasius Isyudanto
Le 1er mars 2023, Pékin a critiqué la décision de l’Union européenne de restreindre l’utilisation de TikTok sur les téléphones liés au Parlement européen, à la Commission européenne et au Conseil de l’Union européenne. Mao Ning, la porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, a déclaré que «l’UE prétend être le marché le plus ouvert du monde, mais a adopté à plusieurs reprises des mesures restrictives, au nom de la sécurité nationale, pour supprimer de manière déraisonnable les entreprises d’autres pays. Une telle pratique met en péril la confiance de la communauté internationale dans l’environnement commercial de l’UE». Le personnel de l’Union est tenu de supprimer TikTok des appareils utilisés à des fins professionnelles d’ici le 15 mars.
L’interdiction européenne a été adoptée à la suite de restrictions similaires sur l’utilisation de TikTok dans les institutions gouvernementales occidentales, auxquelles la Chine a répondu de manière identique. Les sénateurs américains et les représentants du gouvernement canadien ont déjà été invités à supprimer l’application de leurs téléphones officiels. Des problèmes de sécurité ont été invoqués, les responsables accusant TikTok de collecter des données et de donner accès aux données au gouvernement chinois. Aucune preuve publique n’a été apportée à ce sujet, mais TikTok a déjà révélé que les employés basés en Chine pouvaient accéder aux données des utilisateurs européens. TikTok a réagi à cette polémique en déclarant qu’il «a toujours été très disponible» et que cette décision est «déroutante et préoccupante».
À propos de l'auteur
Anna Balawender
Biographie non renseignée



