Ukraine, droits de douane : l’UE sous pression américaine

Ukraine, droits de douane : l'UE sous pression américaine
L’Union européenne renforce ses sanctions contre la Russie et tente de coordonner sa stratégie avec les États-Unis, malgré des signaux contradictoires de Washington sur l’Ukraine, entre pressions, hésitations militaires et proposition d’un plan de paix contesté. La confiance européenne envers les États-Unis s’effrite, même si certaines coopérations stratégiques se consolident. Parallèlement, l’administration Trump reçoit un accueil favorable pour ses initiatives de paix au Moyen-Orient et en Asie. Sur le plan commercial, l’UE et les États-Unis poursuivent les négociations engagées en août 2025 pour stabiliser les droits de douane et renforcer leurs liens économiques. Enfin, les discussions sont tendues autour du numérique, alors que Bruxelles maintient ses enquêtes et sanctions contre les géants américains du secteur malgré les pressions américaines.
Ambivalence américaine sur le conflit en Ukraine
L’Union européenne continue d’agir face à l’agression russe en Ukraine. Elle a récemment adopté de nouveaux paquets de sanctions contre la Russie, en plus d’acter l’interdiction du gaz naturel russe. Roberta Metsola, présidente du Parlement Européen, souhaite compter sur les américains pour en finir avec la dépendance énergétique russe : « Les États-Unis ont un rôle important à jouer alors que l’Europe diversifie son approvisionnement énergétique. Alors que l’UE étend les sanctions contre la Russie, nous renforçons également notre partenariat stratégique avec les États-Unis pour l’énergie, le commerce et la défense de nos valeurs communes ».
Ces dernières semaines, l’administration Trump semblait enfin mettre la pression sur la Russie, aux côtés des Européens, notamment sur la possible utilisation des actifs russes immobilisés. En octobre, des sanctions américaines visant deux géants du secteur pétrolier russe, Rosneft et Lukoil, ont été annoncées. Des déclarations et rumeurs évoquaient la possible livraison de missiles de croisière américains Tomahawk à l’Ukraine, mais cette option ne semble désormais plus d’actualité.
Mais nouveau rebondissement, un plan de paix en 28 points élaboré par la Russie et les États-Unis avec un net accent russe, présenté sans consultation des Européens et regrettablement très défavorable à l’Ukraine, a été proposé. Sous pression, l’UE et l’Ukraine ont négocié avec les Américains et 9 points trop compromettants pour les intérêts ukrainiens et européens ont été supprimés. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, évoque l’avancée des discussions : « Grâce au travail accompli à Genève en tant qu’Européens, et avec l’Ukraine et les États-Unis, nous disposons désormais d’un point de départ », quelques jours après avoir de nouveau salué « les efforts continus des États-Unis pour instaurer la paix en Ukraine » (X).
Les décisions américaines continuent d’inquiéter les Européens. « Si les États-Unis décident de ne pas fournir à l’Ukraine ce dont elle a besoin, ce serait un sérieux revers pour l’Ukraine, pour l’Europe et pour l’OTAN », prévient Mette Frederiksen, Première ministre du Danemark. Une perte de confiance en l’Oncle Sam se diffuse en Europe. Pour exemple, les Pays-Bas ont décidé de ne « plus partager certaines choses » en matière de renseignement, a récemment expliqué Peter Reesink, chef du renseignement militaire néerlandais. Toutefois, notamment sur le plan nucléaire, face à la menace russe, la coopération transatlantique perdure. Emmanuel Macron et Keir Starmer ont annoncé cet été leur volonté de renforcer la coordination de leurs forces de dissuasion nucléaire en coprésidant un « groupe de supervision nucléaire », en collaboration avec l’OTAN et les États-Unis.
Des accords de paix menés par l’administration Trump salués par les représentants européens
Donald Trump, qui souhaite obtenir un prix Nobel de la paix, a permis de conclure quelques accords de paix dans le monde. Il bénéficie d’ailleurs du soutien des principaux dirigeants européens, du moins si l’on s’en tient à leurs prises de position. Le 2 octobre 2025, l’UE a soutenu les principes du plan présenté par le président des États-Unis pour mettre fin à la guerre à Gaza. Lors d’un Conseil européen, le 23 octobre, les chefs d’État et de gouvernement « accueillent favorablement » l’accord sur la première phase du plan américain pour Gaza. Autre conflit, Kaja Kallas a salué les efforts de Donald Trump pour l’accord de paix entre le Cambodge et la Thaïlande. Également, Ursula von der Leyen a participé aux discussions pour maintenir la paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, et félicite l’aide de l’administration Trump. Maîtrisant peu ces dossiers, rappelons que le président américain s’est emmêlé les pinceaux et a évoqué une fin de guerre entre l’Arménie et le Cambodge…
Droits de douane : des discussions toujours en cours, après l’accord commercial de cet été
Le 21 août 2025, l’Union européenne et les États-Unis ont posé les bases d’un accord commercial. Il est considéré comme une véritable « humiliation » par la majorité des Européens, qui s’y opposent. Pour rappel, cet accord encadre les droits de douane appliqués aux produits européens exportés vers les États-Unis, lesquels sont majoritairement soumis à une taxe de 15 %. De plus, l’UE devra augmenter ses achats d’énergie et de technologies américaines (notamment dans l’intelligence artificielle) et d’équipements de défense américaine. Un accord commercial établi dans un contexte où les Européens, fortement dépendants de l’appui militaire américain face à la menace russe, sont quasiment tenus de s’aligner sur Washington.
Le 24 novembre dernier, les ministres du commerce de l’UE ont échangé avec le secrétaire américain au Commerce Howard Lutnick et le représentant américain au commerce Jamieson Greer. Selon le communiqué du Conseil de l’Union Européenne, les discussions se sont tournées vers « la surcapacité mondiale, à la résilience des chaînes d’approvisionnement et à la sécurité économique ». Lars Løkke Rasmussen, ministre danoise des Affaires étrangères, a déclaré : « les discussions d’aujourd’hui ont réaffirmé l’engagement commun de l’UE et des États-Unis à mettre pleinement en œuvre la Déclaration conjointe d’août et à s’appuyer sur les progrès réalisés pour garantir un commerce stable, équitable et prévisible. Nous sommes déterminés à avancer ensemble, sans compromettre l’équilibre de l’accord, tout en continuant à relever des défis communs et à renforcer nos liens économiques ».
Maros Sefcovic, Commissaire européen au Commerce et à la Sécurité économique, est « heureux de constater que l’UE respecte ses engagements : 200 milliards de dollars d’achats d’énergie américaine de l’UE cette année ; la part des États-Unis dans les importations de gaz naturel liquifié de l’UE passe de 45 % à 60 % et 54 milliards d’euros d’investissements de l’UE aux États-Unis depuis janvier. »
Des négociations marquées par des tensions dans le domaine du numérique
Lors de cette réunion, Maroc Sefcovic a affirmé que l‘Union européenne avait demandé aux États-Unis une baisse des droits de douane sur l’acier (qui sont à 50%). Possédant des géants mondiaux du numérique, s’élevant face à toute régulation de ce secteur, les États-Unis ont rétorqué en appelant à assouplir les lois européennes : « L’Union européenne et ses ministres du Commerce devraient analyser sérieusement leurs règles sur le numérique, pour essayer non pas de les abandonner, mais de trouver un équilibre qui nous convienne, et s’ils y arrivent, je pense que nous pourrons résoudre ensemble les questions sur l’acier et l’aluminium », explique le secrétaire américain Howard Lutnick.
En parallèle, la Commission européenne a récemment lancé des enquêtes visant Amazon et Microsoft dans le cadre du Digital Markets Act (DMA), destiné à empêcher les grandes plateformes technologiques d’exploiter leur position dominante. Elle a également sanctionné Google d’une amende de 2,95 milliards d’euros pour violation des règles antitrust et ce, malgré les pressions exercées par les États-Unis. De plus, depuis décembre 2023, l’Union européenne mène sa première procédure officielle au titre du règlement sur les services numériques (DSA) à l’encontre de la plateforme X (ex-Twitter). Une amende devrait être infligée d’ici la fin de l’année. Sur ce sujet, malgré de fortes pressions américaines, notamment depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, les Européens essayent de maintenir le cap dans leur volonté de contrôler le numérique et ses excès.
En cette fin d’année 2025, les relations transatlantiques se caractérisent par des tensions et des ambiguïtés. Pour l’Union européenne, sur le plan militaire et énergétique, Washington est un atout clé face à la Russie, mais l’administration Trump continue de susciter méfiance et inquiétude. Sur les dossiers diplomatiques et commerciaux, les intérêts divergeants se font sentir, notamment autour des accords commerciaux et de la régulation du numérique, où l’UE cherche à préserver son autonomie face à la pression américaine. Cette ambivalence traduit un équilibre complexe entre dépendance à l’Amérique, coordination nécessaire face aux nombreux défis géopolitiques et défense des intérêts européens.
À propos de l'auteur
Thibaut Eudier
Je suis diplômé de plusieurs Masters (administration publique, communication, relations internationales) et j'ai plusieurs expériences professionnelles (en relations presse, chez Keolis et France Médias Monde). J'ai également effectué de nombreux travaux universitaires : ingérences étrangères, stratégies de communication en Occident, relations diplomatiques entre l'Union Européenne et les Etats-Unis sous l'ère de G.W.Bush,...



