Stratégie et tendances économiques chinoises – Point de situation au 25/10/2024

Le déficit commercial de l’Inde envers son concurrent :
A l’occasion de la présentation du bilan économique de l’Inde sur l’année fiscale 2023-24, le chercheur Ajay Srivastava, fondateur du Global Trade Research Initiative (GTRI), estimait que « Le commerce de l’Inde avec la Chine reste une préoccupation constante ».
Il s’inquiétait de la différence importante entre les importations et les exportations de son pays vis-à-vis de la Chine. En Effet, la balance commerciale indienne se retrouve déficitaire face à la Chine. En 2022, l’Inde exportait 17,49 milliards USD de produits vers la Chine, tandis qu’elle importait l’équivalent de 118,77 milliards USD de produits chinois sur la même période.
En 2024, la barre des 100 milliards de déficit commercial de l’Inde envers la Chine a été dépassée. C’est 30 milliards supplémentaires par rapport à 2019.
Pékin écoule toutes sortes de biens sur le marché indien, dont principalement des produits à hautes valeurs ajoutées comme des ordinateurs, des machines-outils, des produits chimiques, de l’engrais ou encore des circuits intégrés. La Chine parvient donc à trouver des moyens de garder son économie dynamique en se basant sur ses exportations. Cela ne va pas sans rappeler le déséquilibre commercial qu’elle possède déjà avec l’Union européenne qui est déjà déficitaire à hauteur de 300 milliards vis-à-vis de Pékin.
Par ailleurs, les exportations indiennes pâtissent des restrictions imposées par l’Empire du milieu : pour les transactions de produits à haute valeurs ajoutée, la Chine impose des restrictions à l’Inde et compromet de fait la capacité du pays d’accéder au marché intérieur chinois. Les produits exportés sont majoritairement des matières premières : pétrole raffiné, minerai de fer, aluminium.
Si l’on observe en 2024 une augmentation des exportations indiennes à hauteur de +8,74% par rapport à 2023, ces performances restent néanmoins inférieures aux chiffres de 2018-2019, où elles avaient atteint et écoulé 18 milliards USD de produits exportés.
Le chercheur Ajay Srivastava explique que « la dépendance de l’Inde vis-à-vis de la Chine devrait augmenter en raison de l’augmentation des importations de matériaux pour l’énergie solaire, l’électronique et les véhicules électriques ».
Précisément, le président indien Narendra Modi cherche à dynamiser son pays pour favoriser la transition énergétique. En raison de la croissance des besoins énergétiques de l’Inde, cette dernière mise sur l’investissement dans le domaine de l’énergie solaire : New Dheli tourne vers Pékin, le leader mondial dans le secteur photovoltaïque, mais accroît par-là sa propre dépendance envers son voisin.
Pour ce qui est du secteur pharmaceutique, l’Inde dépend également de la Chine et ce, malgré un secteur fortement développé : les « deux tiers des volumes de principes actifs utilisés par les laboratoires indiens venaient de Chine », avant la pandémie, rapporte le journal Les Echos.
Étant donné la dépendance du pays aux importations chinoises, les industriels indiens s’inquiètent quant à la souveraineté de New Dheli. Ces-derniers sont préoccupés de ne pouvoir concurrencer des produits chinois compétitifs, mettant à mal leur propre industrie. Les répercutions pourraient à terme endommager l’emploi et les entreprises de tout un secteur.
Dans un article publié le mois dernier, le média spécialisé Policy Circle prévenait que « non seulement cette concurrence réduit la profitabilité des PME indiennes, mais en plus elle menace leur survie, ce qui va mener à des destructions d’emplois et au ralentissement de la croissance ».
À travers l’exemple des relations commerciales sino-indiennes, nous observons une nouvelle fois la stratégie chinoise visant à écouler son surplus en l’exportant à l’international. Dans la veille précédente nous avons abordé le processus de « guerre commerciale » débutée avec l’Union européenne avec la mise en place récente de taxes à l’importations sur des produits européens, en réponse à une initiative européenne sur la taxation des véhicules électriques chinois. Ici, avec l’Inde, la Chine use de la même stratégie en favorisant l’exportation tout en restreignant l’accès à son marché intérieur. Afin de maintenir sa croissance (d’environ 4,7% sur l’année 2024) Pékin semble avoir une idée bien précise pour contrebalancer une consommation intérieure atone.
Le prudent plan de relance économique chinois :
Après les premières mesures annoncées le 24 septembre 2024 par Pan Gongshen afin de redresser et redynamiser la consommation intérieure du pays, la banque centrale chinoise a pris de nouvelles mesures le 21 octobre dernier.
Ces mesures suivent les annonces de la semaine dernière concernant la croissance du pays. De fait, la croissance chinoise a ralenti sur l’année au dernier trimestre de 2024 enregistrant une croissance de 5,4% au premier trimestre, les chiffres parues la semaine du 14 octobre annoncent une croissance de 4,6% sur l’année.
Afin de palier à cette baisse les autorités chinoises ont annoncé de nouvelles mesures visant cette fois deux taux directeurs. Le premier, le taux préférentiel (LPR) à un an a été abaissé de 3,35% à 3,10%. Il permet aux banques d’offrir aux ménages et aux entreprises les taux les plus avantageux possibles. Le second, le taux référentiel à cinq ans -qui est la référence pour les prêts hypothécaires- a quant à lui diminué de 3,85% à 3,60%. Par ces abaissements, les deux LPR sont désormais à des taux historiquement bas. Les autorités espèrent donc inciter tant les ménages autant que les entreprises à la consommation.
Malgré la multiplication des politiques mises à l’œuvre pour redynamiser la croissance, certains médias chinois ont annoncé que le gouvernement s’apprêterait à emprunter 2000 milliards de yuans -soit 260 milliards de dollars et 1,5% du PIB. Cet emprunt serait redistribué aux ménages sous forme d’allocations -une mesure similiraire à celle prise par le président Joe Biden pendant la période de Covid-19- mais également aux autorités locales afin d’alléger leurs dettes liées à la crise immobilière.
D’autres économistes estiment qu’un plan de relance de 7 000 à 10 000 milliards de yuan – soit 2,5% à 4% du PIB- serait plus adéquat afin de redresser le pays.Ce plan ne représente cependant qu’une réponse partielle, les analystes économiques avertissent qu’il ne prend pas en compte la résolution de la crise immobilière. Ils pensent que le gouvernement central devrait s’assurer de la mise en service des logements payés mais non terminés. Il lui faudrait devrait également mettre à plat le problème du surnuméraire d’appartements construits encore invendus.
La Chine multiplie donc récemment les mesures -notamment afin de relancer sa consommation intérieure- mais peine à les faire fructifie. Il semblerait que Pékin soit en proie à des difficultés internes encore non résolues, notamment à propos de sa crise immobilière qui dure depuis cinq ans. Également, nonobstant la crise immobilière qui est un facteur majeur de la crise actuelle, l’inaction du gouvernement central de ces-derniers mois avant la mise en place des premières mesures semblent avoir impacté le moral des ménages. La confiance de ces-derniers a fortement été impactée au cours des dernières années et pourraient expliquer la stagnation, ou la difficile reprise, de la consommation intérieure.
À propos de l'auteur
Raphael Yussourou
Biographie non renseignée



