Chine
Economie

Stratégie et tendances économiques chinoises – Point de situation au 21/12/2024

Publié le 22/12/2024
6 min de lecture
Par Raphael Yussourou
Asie de l'est

Intensification des tensions entre la Chine et les États-Unis autour des semi-conducteurs :

Depuis l’ouverture de l’accès à ChatGPT, un modèle d’intelligence artificielle (IA) développé par l’entreprise américaine OpenAI, au public le 30 novembre 2022, l’intelligence artificielle suscite une vague d’intérêt dans le secteur des nouvelles technologies. De l’américain ChatGPT au français Mistral AI fondé en avril 2023, le secteur de l’intelligence artificielle connaît un boom sans précédent et est devenu un enjeu de puissance géopolitique. L’une des manifestations de ces rivalités géopolitiques est la guerre commerciale que se mènent les États-Unis et la Chine depuis le premier mandat de D. Trump.

Alors que le président américain Joe Biden s’apprête à quitter la Maison Blanche, de nouvelles sanctions visant les puces chinoises ont été imposées le 2 décembre 2024. L’objectif est d’interdire à la Chine l’accès à la technologie essentielle à la fabrication des semi-conducteurs, indispensables au développement de l’intelligence artificielle mais pouvant également servir dans le domaine militaire.

Tout en renforçant son industrie comme l’illustre le CHIPS Act en 2022, l’administration américaine tente d’affaiblir autant qu’elle peut l’industrie chinoise. Quatrième offensive depuis le début du mandat de Joe Biden, ce dernier décret ajoute 140 entreprises chinoises à la « liste noire » du département du Commerce, les écartant de l’accès au marché américain.

Par ailleurs, Donald Trump, le futur locataire de la Maison blanche à compter du 20 janvier 2025, a réitéré le 2 décembre ses menaces sur les droits de douane. En effet, il met en garde sur le fait que tous les pays n’utilisant pas le dollar pour les transactions commerciales se verraient imposer des droits de douane de 100% , la Chine étant le premier pays visé par ces avertissements.

Pour répondre à ceux-ci, Pékin mène une course à l’acquisition de technologie de pointe depuis plusieurs années. Par exemple, en 2023 la Chine a importé l’équivalent de 9,61 milliards de dollars de microprocesseurs américains, soit une hausse de 42,5% par rapport à 2022. Chaque mois depuis juin 2022, Pékin importe pour un milliard de dollars de matériaux électroniques tels que des processeurs ou des puces dédiées au stockage.

Face au durcissement des relations économiques sino-américaines, l’Empire du milieu tente de rattraper son retard par l’acquisition de produits de haute technologie, américains notamment. Toutefois, afin de réduire sa dépendance à l’égard de son concurrent, l’industrie chinoise des semi-conducteurs s’est donnée l’objectif d’accroître sa capacité de production de 40% dans les cinq prochaines années. Pour se faire elle s’appuie sur ses entreprises comme Huawei ou Xiaomi afin de parvenir à une autonomie technologique. De fait, l’entreprise Xiaomi compte mettre en vente des puces gravées jusqu’à 3 nanomètres en 2025.

Par ailleurs, en réponse aux sanctions américaines prises le 2 décembre dernier, la Chine a ouvert une enquête à l’encontre de l’entreprise Nvidia qu’elle accuse de violer la loi antimonopole du pays. L’Administration d’État pour la Régulation du Marché (SAMR) chinoise accuse l’entreprise américaine de ne pas respecter ses engagements sans détailler davantage. Toutefois, Nvidia est accusé de ne pas « fournir des GPU au marché chinois dans des conditions justes, raisonnables et non discriminatoires », violant les engagements pris lors  de l’acquisition de la société israélienne de conception de puces Mellanox Technologies en 2020.

Ainsi, Nvidia qui dominait le marché sur le sol chinois s’est vu rattraper par la concurrence, et ce notamment par le géant Huawei. Suite à l’ouverture de l’enquête de la SAMR, le cours de Nvidia a chuté de 2,5%.

Esquisses d’une discorde entre les « meilleurs amis » russes et chinois ?

Les relations entre Moscou et Pékin, marquées ces deux dernières années par l’approfondissement des partenariats bilatéraux et l’intensification des échanges économiques, ont connu un fort renforcement depuis le début de la guerre en Ukraine.

Alors que les prévisions de 2018 pour 2024 envisageaient un volume des échanges commerciaux à hauteur de 200 milliards de dollars, l’année 2023 a établi un record avec un total de 240 milliards d’échanges commerciaux. Ce record traduit une hausse de 26,3% par rapport à l’année précédente, selon un rapport douanier chinois.

Persona non grata aux États-Unis et en Europe, la Russie a redirigé ses flux pétroliers vers la Chine qui lui offrait en échange des biens manufacturés comme des téléphones et des voitures électriques. De fait, la Chine a exporté pour l’équivalent de 110 milliards de produits manufacturés, soit une augmentation de 46,9% par rapport à 2022%. Témoin même de ces échanges fructueux, la Chine a accueilli plus de la moitié des exportations russes de pétrole et de produits pétroliers, déclaraient fin décembre des agences de presse officielles russes citant le vice-Premier ministre russe Alexander Novak. Par ailleurs, afin de faire face à l’hégémonie du dollar dans les transactions commerciales internationales, les deux partenaires augmentent l’utilisation du yuan chinois. Par exemple, juillet 2024 marque un tournant puisque 54% des transactions russes avec le reste du monde se sont faites en yuan, soit 11 points de pourcentage de plus par rapport à 2021 sur la même période.

Ainsi, « la Chine a remplacé l’Union européenne en tant que premier acheteur d’énergie et fournisseur de biens de la Russie, donnant à cette dernière à la fois des liquidités et les produits manufacturés dont elle a besoin pour survivre », faisaient remarquer les analystes Yanmei Xie et Thomas Gatley en février 2024.

Toutefois, le 7 décembre dernier, le bureau douanier de Vladivostok a imposé des droits de douane sur les importations de ferrures de meubles venant de Chine. Alors, tous les types de meubles contenant des éléments ronds ou rotatifs sont désormais taxés à hauteur de 55,65%, selon un communiqué de l’Association des entreprises de l’industrie du meuble et du bois de Russie (AMDPR). Le président de l’AMDPR et directeur général de First Furniture Factory Alexander Shestakov estime cette mesure nécessaire et juste afin qu’elle « apporte un grand soutien à l’industrie » qui est évalué à 1,3 milliards de dollars annuel.

Alors qu’une mesure similaire pour les fabricants européens est attendue seulement à hauteur de 10%, la Russie tenterait-elle de profiter des bonnes relations avec la Chine pour revitaliser son économie affaiblie par la guerre en Ukraine ?

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