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Sous-marins nucléaires en Corée du Sud : un tournant stratégique pour Séoul ?

Publié le 27/11/2025
8 min de lecture
Par Mathis Malhaire
Asie de l'est
Sous-marins nucléaires en Corée du Sud : un tournant stratégique pour Séoul ?

Sous-marins nucléaires en Corée du Sud : un tournant stratégique pour Séoul ?

Le 14 novembre, une note conjointe a officialisé l’achèvement d’un accord entre la Corée du Sud et les États-Unis portant sur la construction de sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire (SNA). Cette annonce marque une avancée majeure dans le renforcement de la coopération stratégique bilatérale, ouvrant la voie à une modernisation des capacités navales sud-coréennes et à un approfondissement des liens de sécurité dans la région.

Un accord stratégique adossé à un compromis commercial 

Donald Trump l’avait annoncé jeudi 30 octobre sur sa plateforme Truth Social : les Etats-Unis donnent leur feu vert à la Corée du Sud pour la construction de sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire.

La note conjointe dévoilée par la Maison Blanche précise les contours d’un renforcement accru de la coopération entre les deux pays. Séoul s’engage à investir près de 150 milliards de dollars dans le secteur de la construction navale américaine, tandis que Washington s’engage en échange à réduire les de droits de douane, portés jusqu’ici à 25 %, à 15 %. Ce compromis intervient après une série d’efforts diplomatiques menés par la Corée du Sud. La décision prise par le gouvernement sud-coréen d’augmenter ses dépenses militaires à hauteur de 3,5 % de son PIB en est un exemple notable. Ce seuil n’a jamais été atteint par un pays non-membre de l’OTAN et allié des États-Unis. De surcroît, la Corée du Sud et les États-Unis ont renouvelé leur partenariat dans le domaine de la construction navale, de l’intelligence artificielle et de l’industrie nucléaire civile, tout en réaffirmant leurs efforts en matière de défense conventionnelle combinée contre la Corée du Nord.

Une annonce essentielle pour la Corée du Sud

Située sur un territoire continental, la Corée du Sud est paradoxalement considérée comme un pays « quasi-insulaire » en raison de sa frontière hermétique sur son flanc nord, le long du 38e parallèle, ainsi que de son ouverture sur la mer du Japon et la mer Jaune. Au regard de sa position géostratégique, le contrôle des voies maritimes est vital pour Séoul. Le pays tient donc à la sécurisation de ses approvisionnements, à la pérennité de son commerce international, ainsi qu’au contrôle de ses câbles sous-marins qui constituent les garants de sa croissance économique. Dans un contexte de méfiance constante vis-à-vis de son voisin nord-coréen, la Corée du Sud s’assure, par cet engagement concerté, de renforcer ses moyens de dissuasion ainsi que le contrôle de son interface maritime.

Par cette annonce, la Corée du Sud perçoit également une opportunité de moderniser sa flotte par le biais d’un renforcement de ses capacités de défense. Pour l’heure, Séoul doit compter sur des sous-marins diesel qui nécessitent des remontées à la surface trop régulières. Ce retard technologique constitue un frein aux manœuvres réalisées par la Corée du Sud, limitant son champ d’action. En somme, l’acquisition de sous-marins nucléaires d’attaque à propulsion nucléaire représente un véritable saut capacitaire, offrant de meilleures aptitudes à la surveillance et au contrôle maritime de la région. Le ministre de la Défense sud-coréen Ahn Gyu-back, a notamment précisé que la Corée du Sud parviendrait à construire ses propres sous-marins à propulsion nucléaire en moins de dix ans, une fois approvisionnée en combustible nécessaire. Cette évolution contribuerait à renforcer la crédibilité stratégique de Séoul, tout en renforçant sa puissance en Indopacifique.

Un choix motivé des États-Unis

La décision américaine marque une nouvelle étape en matière de coopération militaire. En autorisant Séoul à construire des sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire, Washington tient à renouveler son partenariat avec son allié asiatique de longue date. Selon le gouvernement de Donald Trump, l’accent sera mis sur la « collaboration étroite » entre les deux pays, notamment en matière d’approvisionnement en carburant. Plusieurs facteurs expliquent cette décision. En premier lieu, la Corée du Sud est un partenaire exemplaire en matière de non-prolifération et de respect des normes de l’AEIA. Cette conduite vise à maintenir un certain niveau d’entente entre les deux pays, Séoul ne souhaitant pas vexer ni contredire son allié américain. Ce faisant, les États-Unis exercent un contrôle total sur ce projet de construction, en se rendant indispensables dans l’approvisionnement en combustible destiné au fonctionnement des sous-marins.

Au-delà des considérations stratégiques, cette coopération ouvre aussi des perspectives industrielles pour Washington, en renforçant l’attractivité des chantiers navals américains. Toutefois, deux points majeurs restent à clarifier : le lieu de construction des futurs sous-marins et la manière dont les chantiers navals sud-coréens pourraient être associés à cette dynamique. Ces interrogations laissent entrevoir des négociations encore en cours, révélatrices des équilibres délicats entre intérêts stratégiques et retombées économiques.

Ces incertitudes ne remettent cependant pas en cause la logique plus large dans laquelle s’inscrit cette décision. Elle reflète la stratégie globale des États-Unis, pour qui l’alliance américano-sud-coréenne constitue la pierre angulaire de la paix, de la sécurité et de la prospérité dans la région indopacifique. Pointe avancée du dispositif américain en Asie de l’Est, Séoul voit dans la modernisation de sa flotte un moyen de renforcer sa posture face aux menaces régionales. Pour Washington, il s’agit également d’assurer un contrepoids crédible à la montée en puissance de la flotte sous-marine chinoise, tout en consolidant un haut niveau d’interopérabilité et de coopération avec son allié sud-coréen.

De multiples réactions internationales

Après cette annonce, les réactions internationales ne se sont pas fait attendre. Le 18 novembre, la Corée du Nord a dénoncé ce programme, le qualifiant de « dangereuse tentative de confrontation » susceptible de provoquer un « effet domino » dans la région. Cette réaction s’inscrit dans un contexte où les deux Corées demeurent techniquement en guerre, l’armistice de 1953 n’ayant jamais été suivi d’un traité de paix. Pyongyang (dotée de l’arme nucléaire), voit en effet dans cette annonce une menace directe à sa sécurité, tandis que la Corée du Sud, qui ne dispose pas de capacités de dissuasion nucléaire, reste un État partie au Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) depuis 1975.

De son côté, la Chine a exprimé son inquiétude par le biais de Dai Bing, son ambassadeur en Corée du Sud, précisant qu’un « recul de la non-prolifération » pourrait contribuer à une « escalade des tensions militaires » entre les deux pays. La fermeté des propos traduit une certaine crainte, Pékin redoutant une multiplication d’initiatives similaires pouvant fragiliser son influence et ses intérêts à terme dans la région.

Au Japon, l’annonce conjointe a relancé les débats sur le renforcement des capacités de défense nationale. Dans son allocution du 21 octobre, la Première ministre Sanae Takaichi, dévoilait un plan de défense intégrant des « sous-marins de nouvelle génération avec des capacités de propulsion avancées ». Cette dynamique s’est poursuivie avec le ministre de la Défense Shinjiro Koizumi, précisant que le Japon pourrait intégrer ce type de sous-marins à sa flotte. Si ce projet se concrétise, le Japon et la Corée du Sud pourraient ouvrir la porte à une coopération plus étroite en matière d’opérations sous-marines, tout en formant un contrepoids aux sous-marins du géant chinois. Toutefois, l’opinion publique japonaise demeure marquée par le passif nucléaire du pays et reste donc prudente vis-à-vis d’une modernisation intégrant des armes nucléaires.

À cet égard, cette annonce conjointe entre les États-Unis et la Corée du Sud dépasse le cadre d’un partenariat industriel. Il redéfinit au contraire les équilibres militaires régionaux en renforçant la dissuasion de Séoul et confirme la volonté de Washington d’approfondir ses alliances face aux recompositions stratégiques en Asie. Cette approbation ne représente pas une fin, mais bien le début d’une coopération renforcée s’inscrivant dans le temps long.

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