Serbie : négociations autour du statut de NIS

La raffinerie de Novi Sad - Serbie - photo NIS ad https://www.nis.eu/galerija-rnp-iz-vazduha/
Lors du 1er janvier de cette nouvelle année 2026, la Serbie a pu respirer une légère bouffée d’oxygène. En effet, dans un contexte de tensions internationales, et notamment de conflit en Ukraine, Belgrade a obtenu des autorités américaines un sursis crucial pour sa sécurité énergétique. L’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du département du Trésor des États-Unis a accordé une licence d’exploitation temporaire à l’Industrie pétrolière de Serbie (NIS), permettant à la raffinerie de Pančevo de reprendre ses activités après une interruption forcée de 36 jours.
Il ne s’agit là que d’un délai jusqu’au 23 janvier 2026, mais qui illustre les difficultés qu’engendrent la diplomatie multivectorielle serbe, notamment dans le domaine hautement stratégique de l’énergie. Cette diplomatie, en particulier depuis le 24 février 2022, oscille en permanence entre la dépendance énergétique encore très forte vis à vis de Moscou, les exigences occidentales, et les contraintes inhérentes à l’intégration européenne, notamment en matière de relations extérieures.
Les sanctions contre NIS au cœur des négociations entre Serbie et Occident
Depuis 2025, la Naftna Industrija Srbije (NIS), principale entreprise du secteur énergétique serbe, est dans le viseur de Washington. En effet, NIS est détenue à hauteur de 44,85% par la compagnie russe Gazprom, et est donc tombé sous le coup des sanctions américaines dites de «risque secondaire». L’objectif de ces sanctions est de frapper directement dans les sources de revenus de la Russie, en grande partie issues du secteur énergétique.
L’impact des sanctions a été brutal en octobre 2025, lorsque l’opérateur de l’oléoduc croate JANAF a dû suspendre le transport de pétrole brut vers la Serbie en raison des restrictions de l’OFAC. La raffinerie de Pančevo, unique site de transformation pétrolière du pays fournissant environ 80 % du marché intérieur, a cessé de produire le 2 décembre 2025. Cette fermeture a menacé non seulement la croissance économique de la Serbie, mais aussi sa stabilité sociale, le pays devant puiser massivement dans ses réserves d’État et importer des carburants raffinés.
Le sursis obtenu fin décembre 2025 est le fruit d’une diplomatie «d’urgence» menée par Aleksandar Vučić auprès de l’administration américaine et de ses partenaires européens, au premier rang desquels figure la Hongrie. La licence temporaire permet à NIS de maintenir ses opérations et de conclure des transactions nécessaires à la maintenance technique, mais elle impose une condition stricte : le pétrole importé doit être d’origine exclusivement non-russe.
Une solution dès lors précaire, résultant directement de la stratégie d’équilibriste que Belgrade mène depuis des années au niveau de sa diplomatie. Pays candidat à l’UE cherchant à développer ses partenariats avec l’Occident, la Serbie refuse toujours d’adhérer aux sanctions prises contre la Russie suite à l’invasion de l’Ukraine. Une diplomatie multivectorielle de plus en plus difficile à tenir dans un contexte international tendu, et qui pousse depuis quelques années Belgrade à vouloir diversifier ses partenariats énergétiques.
Le partenariat énergétique Budapest-Belgrade, une alternative suscitant la prudence
Face à la pression américaine, la Hongrie de Viktor Orbán est apparue comme le médiateur et le partenaire providentiel. Priorité est donnée pour le début de 2026 aux négociations de rachat des parts russes de NIS par la compagnie hongroise Magyar Olaj és Gázipari (MOL). Une solution qui permettrait de « dé-russifier » NIS tout en la maintenant sous le contrôle d’un partenaire régional aussi sceptique que Belgrade vis à vis des sanctions européennes contre la Russie.
Le rapprochement serbo-hongrois, notamment dans le domaine de l’énergie, existe déjà, Viktor Orbán et Aleksandar Vučić ayant annoncé en novembre 2025 l’accélération de la construction d’un oléoduc reliant la Serbie à la Hongrie. Un projet vise à offrir à Belgrade une alternative à la route croate. Ce rapprochement Budapest-Belgrade est symptomatique d’une réticence des pays d’Europe centrale et orientale face aux exigences diplomatiques de Washington et Bruxelles, bien que la Hongrie elle-même doive naviguer avec prudence pour ne pas s’aliéner définitivement ses partenaires de l’UE et de l’OTAN.
Toutefois, l’option MOL reste fragile. L’hypothèse d’une transaction de façade permettant à Moscou de passer par une Hongrie aux allégeances ambiguës pour maintenir indirectement son influence sur l’énergie serbe demeure plausible. De plus, le prix de la transaction fait l’objet de rumeurs contradictoires : alors que Belgrade serait prête à offrir 1,4 milliard d’euros pour le rachat des parts russes, le Kremlin en exigerait entre 3 et 4 milliards.
En cas d’échec des négociations avec MOL d’ici le 23 janvier 2026, le président Vučić a évoqué la possibilité d’une nationalisation ou de la mise en place d’une administration provisoire de l’État sur la compagnie pour garantir la continuité du service public.
La diversification gazière : nécessité existentielle pour la Serbie
Depuis le début de la guerre en Ukraine, la question énergétique, et plus particulièrement gazière, demeure un des problèmes les plus épineux pour la Serbie. En 2023, la quasi-totalité des 2,69 milliards de mètres cubes consommés provenaient de Russie. Cependant, l’année 2025 a vu s’accroître de manière significative les accords visant à mettre fin à la dépendance serbe vis à vis du gaz russe.
L’interconnexion Bulgarie-Serbie, inaugurée fin 2023, commence à porter ses fruits. En 2025, la Serbie a finalisé des accords avec l’Azerbaïdjan pour la fourniture de gaz via le corridor sud, avec l’objectif de porter les importations azéries à 2 millions de mètres cubes par jour d’ici 2026. Ce projet est complété par l’accès au terminal GNL d’Alexandroupolis en Grèce, qui permet à la Serbie de diversifier ses sources d’approvisionnement mondiales.
Malgré ces efforts, le pragmatisme caractéristique de la diplomatie serbe a imposé le maintien du lien avec Gazprom. En décembre 2025, Belgrade a négocié une énième extension de son contrat de fourniture gazière avec Moscou jusqu’au 31 mars 202614. Cette stratégie de «contrats courts» peut avoir un double intérêt pour la Serbie. Elle lui permet de continuer à s’approvisionner en gaz russe bon marché, vital pour permettre à la population de se chauffer en période hivernale, tout en cherchant à rassurer l’UE sur le caractère provisoire de ce partenariat, dont Bruxelles souhaite une fin définitive.
photo : NIS ad https://www.nis.eu/galerija-rnp-iz-vazduha/
À propos de l'auteur
Thomas Mikovic
Thomas est analyste en stratégie internationale, diplômé en prospective géopolitique suite à une formation au sein de l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques. Spécialiste des Balkans occidentaux, il a consacré ses travaux de recherche à la diplomatie multivectorielle de la Serbie et s’intéresse aux recompositions stratégiques, aux influences de puissances et aux dynamiques politiques en Europe du Sud-Est.



