Relations Chine – Afrique australe – Point de situation au 19/06/2023

Cette édition bimestrielle de la Géopolitique Chine-Afrique couvrira l’engagement accru de la Chine dans la crise de l’électricité qui menace l’Afrique du Sud, les discussions politiques en cours en Namibie concernant les exemptions mutuelles de visas avec la Chine, et sa dernière interdiction d’exporter des minerais bruts.
Passons au premier développement. Ces derniers mois, le fragile réseau électrique sud-africain est en chute libre. Il y a seulement dix ans, l’Afrique du Sud ne connaissait presque aucune coupure d’électricité : sous l’administration Zuma, la fréquence et la durée des coupures étaient relativement limitées (généralement une ou deux tous les deux jours et pendant deux heures). Aujourd’hui, il n’est pas rare d’avoir plus de 10 heures de coupures de courant le même jour, coûtant des milliards de rands à l’économie sud-africaine. Les raisons de cette détérioration sont un manque chronique d’investissement dans le parc vieillissant de centrales électriques au charbon, ainsi qu’une mauvaise gestion et la corruption endémique au sein d’Eskom, la compagnie nationale d’électricité d’Afrique du Sud, qui conserve un quasi-monopole sur le réseau électrique sud-africain (puisqu’elle fournit encore plus de 80 % de l’électricité du pays). Afin de trouver des solutions, des diplomates chinois et des représentants du gouvernement sud-africain ont entamé des discussions sur la possibilité d’une aide et d’une livraison rapide de panneaux solaires et d’éoliennes fabriqués en Chine.
Le 14 juin, le nouveau ministre de l’électricité, Kgosientsho Ramokgopa, s’est rendu à Pékin pour des pourparlers. Pendant son séjour, le ministre a souligné l’importance de l’aide inconditionnelle de la Chine afin de «résoudre» la crise de l’électricité en Afrique du Sud, déclarant le 16 juin : «Nous sommes allés voir toutes les autres ambassades, vous êtes les seuls à nous avoir répondu que vous nous aideriez sans aucune condition».
Cependant, le montant exact et le délai de mise en service de la production d’électricité chinoise restent incertains. Il reste donc à voir si ces promesses se concrétisent. Cependant, ce qui apparaît clair sur le plan politique, est que l’administration actuelle mise sur la domination de la Chine dans le secteur des énergies renouvelables pour trouver une solution rapide à l’une des crises systémiques de l’Afrique du Sud. Contrairement à d’autres projets où les produits chinois sont financés exclusivement par des prêts chinois, le ministre a ajouté que le gouvernement était en discussion avec quatre des principales banques sud-africaines. L’Afrique du Sud reste l’un des pays du continent dont le secteur financier est le plus développé. En parallèle, comme indiqué dans un précédent article, des entités chinoises ont également financé ou directement construit des installations de production d’énergie renouvelable dans les pays voisins, réduisant ainsi leur dépendance à l’égard du réseau électrique sud-africain.
A propos désormais de la Namibie. Le 22 mai 2023, le ministre namibien de l’immigration, Albert Kawana, a adressé une lettre publique au ministre du travail, exposant une proposition qui a fait l’objet de discussions avec des représentants chinois sur la possibilité d’exempter mutuellement les ressortissants namibiens et chinois de visa lorsqu’ils se rendent dans l’autre pays pendant 30 jours. Cette proposition a suscité de vives réactions au sein de la classe politique namibienne. Les dirigeants de l’opposition se sont prononcés contre la proposition et ont accusé l’administration actuelle d’avoir été «achetée» par les Chinois pour leur permettre d’exporter de la main-d’œuvre chinoise bon marché vers des projets de construction dans le pays – argument remis en cause par les analystes, car cette exemption ne serait valable que pour 30 jours, et le coût de la main-d’œuvre chinoise ne cesse d’augmenter.
Le 12 juin, le même ministre a donné une interview dans laquelle il a réitéré qu’une telle proposition serait bénéfique. Le 18 juin, l’ambassadeur de Chine s’est également prononcé en faveur de cette initiative et a dénié les allégations de néocolonialisme.
La présence et les liens accrus de la Chine en Namibie suscitent de plus en plus d’inquiétudes, d’autant plus que de plus en plus d’entreprises chinoises remportent des appels d’offres importants pour la construction des infrastructures énergétiques, minières, de transport et de communication numérique du pays.
Toujours sur la Namibie. Le 12 juin, Emma Theofelus, vice-ministre namibienne des technologies de l’information et de la communication, a annoncé que le pays interdirait l’exportation de «minerais bruts non traités». Il s’agit par exemple du minerai de lithium broyé, du cobalt, du manganèse, du graphite et des métaux et éléments des terres rares. La vice-ministre affirme qu’une telle interdiction encouragera le développement de la transformation locale des minéraux bruts, permettant à la Namibie de remonter la chaîne de valeur.
Toutefois, une telle initiative pourrait remettre compromettre la relation sino-namibienne. En effet, l’extraction et l’exportation de ces matières premières représentent une part cruciale des relations bilatérales entre les deux États. D’une part, la Namibie dispose de gisements considérables et dépend des exportations de minerais. D’autre part, la Chine s’est imposée comme le principal transformateur mondial de ces minerais. Il n’est pas certain non plus que cela permette l’industrialisation tant souhaitée par le gouvernement, car l’industrie locale devrait alors rester assez modeste et nécessiter des investissements importants.
Une autre argument, plus officieux, est avancé par les médias locaux : cette interdiction permettrait de répondre aux allégations croissantes de sociétés minières étrangères exportant illégalement des minéraux bruts sous le couvert d’«échantillons de test» pour s’affranchir du paiement des droits de douane. En réponse aux critiques de l’initiative, le gouvernement a précisé que «de plus petites quantités des minéraux susmentionnés peuvent être autorisées à l’exportation à la discrétion du ministre des mines et de l’énergie, sous réserve de l’approbation du Cabinet». Il reste donc à voir dans quelle mesure cette interdiction sera mise en œuvre.
À propos de l'auteur
Vincent Savary-Jackson
French-South African student at the Catholic University of Paris in undergraduate of political science and International Relations. Responsible for the China-Africa watch with a particular emphasis on China-AU relations and China-Southern Africa relations.



