Relations Chine / Afrique australe et Union africaine – Point de situation au 08/05/2023

Cet aperçu des principaux événements géopolitiques des deux dernières semaines dans les relations de la Chine avec l’Afrique australe et l’Union africaine commence par les visites d’État du chancelier allemand Olaf Scholz et du premier ministre japonais Fumio Kishida dans plusieurs pays d’Afrique.
– Dans l’ordre chronologique, la tournée africaine de Fumio Kishida d’une semaine, a consisté en des visites d’État en Égypte, au Kenya, au Ghana et au Mozambique. Ces visites ont permis de tirer deux conclusions importantes. Tout d’abord, elle montre l’ambition du Japon de renforcer ses liens diplomatiques avec l’Afrique. Cela intervient alors que le prochain sommet du G7 aura lieu au Japon et que l’un des points clés de la discussion sera le succès des pays membres dans le développement de l’initiative Build Back Better World (B3W), qui est en grande partie considérée comme une réponse à l’initiative Belt and Road de Pékin. Le second est que le Japon vise à renforcer ses intérêts nationaux au Mozambique. En effet, l’un des principaux points de discussion de la visite de Fumio Kishidia au Mozambique a été la coopération japonaise dans la lutte contre le terrorisme. En effet, comme le français Totalenergie, le conglomérat japonais Mitsui détient une part importante dans un projet d’exploitation de gaz au large de la province septentrionale de Cabo Delgado. Ce projet a été suspendu suite à l’invasion de la ville clé de Palma par une insurrection djihadiste en 2021. À l’instar des intérêts chinois dans la production pétrolière en Angola, le Japon est un grand importateur d’hydrocarbures et cherche donc à diversifier ses sources en sécurisant des projets comme celui du Mozambique.
– En ce qui concerne la tournée du chancelier allemand, on retiendra surtout sa déclaration que l’Allemagne serait favorable à ce que l’Union africaine (UA) devienne un membre permanent du sommet du G20. Une telle proposition a déjà été avancée par la Chine et d’autres dirigeants mondiaux lors du dernier sommet à Bali. Pékin inclut également un représentant dans son Forum annuel pour la coopération Afrique-Chine (FOCAC) dans ce qu’on appelle le format 54+1 (en raison des 54 Etats Africains reconnus par l’ONU). En ce qui concerne la question du rôle de l’UA dans les relations extérieures du continent, le 2 mai 2023, le président kenyan William Ruto a dénoncé la tendance générale qui consiste à toujours organiser un forum avec des étrangers où les 54 États individuels font face à un autre État. Au lieu de cela, il a déclaré que «s’il doit y avoir une discussion entre l’Afrique et n’importe quel autre pays, nous serons représentés par le président (de la Commission de l’Union africaine)». Malgré l’intérêt des médias, cela reste une déclaration politique d’un président et il reste à voir si d’autres États africains accepteraient une telle proposition. Quoi qu’il en soit, cette déclaration souligne l’ambivalence des sommets tels que le FOCAC, qui peuvent être considérés comme présentant un déséquilibre de pouvoir entre la voix unique de la Chine et les 54 voix différentes des États africains.
– Pour ce qui est des événements bilatéraux, fin avril, l’entreprise publique namibienne d’électricité Nampower a signé un contrat avec le producteur indépendant d’électricité Cerim Lüderitz Energy, une coentreprise namibo-chinoise entre une société d’investissement namibienne et la China Energy Engineering Corporation (CEEC). Dans le cadre de cet accord, Cerim Lüderitz Energy construira une centrale éolienne au sud de la ville côtière de Lüderitz et fournira 50 MW d’énergie éolienne pendant au moins 25 ans. Cet accord témoigne de la présence croissante de la Chine dans le développement des capacités de l’Afrique australe en matière d’énergie renouvelable. En effet, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), en 2021, la Chine représentait près de 70 % de la croissance mondiale de la capacité de production d’énergie éolienne. Ce projet namibien est également loin d’être le premier cas d’implication d’acteurs chinois dans des centrales éoliennes en Afrique australe. En effet, en 2017 déjà, une entreprise chinoise a joué un rôle clé dans la création de la centrale éolienne sud-africaine De Ar dans la province du Northern Cape. Cela s’inscrit également dans le contexte des pénuries croissantes d’électricité en Afrique du Sud, qui menacent la sécurité énergétique de la Namibie, celle-ci importe 50 à 60 % de son électricité, la plupart du temps d’Afrique du Sud.
– Enfin, en ce qui concerne la présence chinoise en République démocratique du Congo (RDC), Huayou Cobalt, une importante société minière chinoise, a déclaré qu’elle n’achèterait pas de cobalt à des personnes privées en RDC. Cette décision intervient alors que des groupes de défense des droits de l’homme ont dénoncé l’exploitation minière du cobalt pour leur mise au travail d’enfants, ce qui a donné lieu à un vaste procès judiciaire collectif aux États-Unis contre Huayou Cobalt et d’autres acteurs clés du secteur, tels qu’Apple, Dell et Microsoft. Cette affaire soulève deux questions principales. D’une part, il y a le problème récurrent de l’exploitation de la main-d’œuvre dans les investissements de la Chine en Afrique. Malgré des preuves contradictoires concernant l’ampleur globale de l’exploitation, il est clair que l’exploitation du cobalt en République démocratique du Congo souffre d’un problème omniprésent de travail des enfants et d’exploitation abusive de main d’œuvre. Cette situation a amené certains à la considérer comme une forme d’esclavage moderne. La deuxième question, plus géopolitique, est celle de l’extraterritorialité du système juridique des États-Unis. Même si la RDC a du mal à traduire les criminels en justice et que la situation des droits de l’homme y est grave, le fait que ce soit un tribunal américain qui fasse pression sur les acteurs chinois pour qu’ils modifient leurs actions en RDC soulève des questions de souveraineté, en particulier dans le contexte de méfiance et de la rivalité croissantes entre Washington et Pékin.
À propos de l'auteur
Vincent Savary-Jackson
French-South African student at the Catholic University of Paris in undergraduate of political science and International Relations. Responsible for the China-Africa watch with a particular emphasis on China-AU relations and China-Southern Africa relations.



