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Livraison d’essence de l’Azerbaïdjan vers l’Arménie : un événement historique !

Publié le 08/01/2026
6 min de lecture
Par Morgan Caillet
Asie Centrale et sud-Caucase
Convoi d'essence - Azerbaïdjan Arménie

Convoi d'essence - Azerbaïdjan Arménie

Après le premier convoi de grains arrivé à bon port en Arménie le 6 novembre dernier, suite à un transit par l’Azerbaïdjan depuis le Kazakhstan, et l’interdiction levée pour les livraisons depuis la Russie, une livraison d’essence vers l’Arménie a eu lieu le 18 décembre dernier : 22 wagons ont livré 1220 tonnes de produits pétroliers de la SOCAR. De nouvelles livraisons en date du 8 janvier ont été confirmées par le ministère de l’Economie arménien. Un événement historique !

Le potentiel de développement du commerce Azerbaïdjan – Arménie

Selon des experts évoqués par le média Haqqin, le volume d’échange entre les deux pays pourraient atteindre 100 millions de dollars par an dans les années à venir. Le développement des échanges entre les deux pays nécessitera néanmoins de développer progressivement les infrastructures (telles que celles partagées par Hikmet Hadjiyev, le conseiller en politique étrangère du président azerbaïdjanais, sur X) et de procéder à une harmonisation douanière.

Ces développements positifs pour la région ont fait dire à Ilham Aliev le 17 novembre dernier lors de la visite en Ouzbékistan : « l’Asie centrale et l’Azerbaïdjan forment aujourd’hui une seule et même région géopolitique et géoéconomique » soulignant une augmentation de 90 % du transit par cargo le long du Corridor du milieu vers son pays sur les trois dernières années. Ilham Aliev a annoncé le 6 janvier que la route était achevée à environ 95 % et que la voie ferrée était prête à 70 %.

Les relations Arménie – Turquie en progrès

De même les relations de l’Arménie avec la Turquie semblent se détendre avec des annonces concernant l’ouverture de lignes directes entre Istanbul et Erevan à partir de mars 2026, un communiqué de presse concernant la réhabilitation et la remise en service de la ligne ferroviaire Kars-Gyumri, l’annonce de simplification de procédures de visa pour les titulaires de passeports diplomatiques, spéciaux et de service, ou encore des rumeurs concernant la possible décision de Nikol Pachinian, d’accorder à la Turquie une partie des droits exclusifs d’utilisation des ressources en eau du fleuve Araxe, à titre gratuit.

L’Arménie espère ainsi un accès progressif à la mer Noire. Il est encore un peu tôt pour préjuger de l’évolution des relations entre les deux pays qui sont tributaires de l’évolution de celle de l’Arménie avec l’Azerbaïdjan, ce qui a été confirmé par Hakan Fidan, le MAE turc le 19 novembre dernier. Le volume des liaisons aériennes, a, en effet, connu bien des hauts et des bas depuis le début des années 90, malgré une notable avancée en 2009.

Les derniers obstacles diplomatiques au traité de paix Azerbaïdjan – Arménie

Or les réticences de l’Azerbaïdjan restent, selon Aykhan Hadjizadeh, porte parole du ministère des Affaires étrangères, celles qu’il a exprimé le 7 novembre dernier : les activités de la mission de surveillance de l’Union européenne en Arménie ainsi que les achats d’armement de l’Arménie, qui ont causé selon le Premier ministre Pachinian une « augmentation de la dette extérieure de 8 milliards de dollars », et dont les principaux fournisseurs sont la France et l’Inde. Il a ainsi qualifié d’« improbable » la participation de l’Azerbaïdjan au prochain sommet de la communauté européenne qui aura lieu à Erevan en 2026, pour lequel le président Aliev semble ne pas avoir été invité.

Mais il s’agit surtout du changement demandé de la Constitution arménienne sur le passage évoquant les revendications territoriales arméniennes au Karabakh et la restitution de quatre enclaves territoriales supplémentaires (une à la frontière du Nakhitchevan et 3 dans le district de Qazakh). De son côté, l’Arménie, quoiqu’elle n’exprime que peu ses griefs depuis quelques temps, pourrait réclamer plus ouvertement la libération de 15 responsables politiques de l’ex Haut-Karabakh toujours emprisonnés à Bakou et pour lesquels le Procureur azerbaïdjanais a réclamé le 14 novembre, des peines allant de 16 ans de prison ferme à la perpétuité, notamment pour Ruben Vardanian. La question du retour des réfugiés au Karabakh semble avoir été écartée par le gouvernement.

Ainsi, les obstacles se lèvent progressivement : une 12ème réunion de la commission de délimitation des frontières entre les deux pays a eu lieu le 18 novembre dernier à Gabala en Azerbaïdjan, la 11ème réunion ayant eu lieu en janvier 2025. Des rencontres entre membres des sociétés civiles des deux pays ont eu lieu les 21 et 22 octobre à Erevan et les 21 et 22 novembre à Bakou. Le secrétaire arménien du Conseil de sécurité, Armen Grigorian, a également participé, le 6 décembre dernier, avec le conseiller de politique étrangère du président azerbaïdjanais Akhmet Hadjiyev, à un panel de discussion au forum de Doha sur le thème « Arménie Azerbaïdjan, paix durable : L’Accord de Washington et un avenir partagé ».

L’axe commercial fort Géorgie – Azerbaïdjan est-il remis en cause ?

Les bouleversements qui sont à l’œuvre concernant cette nouvelle voie de transit TRIPP combinant les projets de « corridor du Zanguezour » azerbaïdjanais et de « Carrefour de la Paix » arménien doivent questionner la pérennité de l’axe fort du Caucase en matière de commerce et de transport international durant plusieurs décennies, à savoir la coopération Azerbaïdjan / Géorgie.

En effet, malgré les déclarations de Djeyhun Bayramov et de son homologue Maka Botchorishvili, l’inquiétude de la Géorgie d’être écartée des nouveaux projets régionaux est palpable et elle a mené à quelques différends relayés par des médias locaux (caliber, minval politika, eurasianet) : blocage des chauffeurs routiers et augmentation drastique des tarifs douaniers. Ces événement sont symptomatiques de la restructuration et du rééquilibrage en cours des flux commerciaux entre les trois pays du sud-Caucase.

En ce qui concerne la Géorgie, ces agissements récents sont-ils le signe d’un mauvais calcul court-termiste alors que se profile une vraie logique de développement du sud-Caucase à moyen et à long terme qui lui serait profitable ou est-ce le signe d’une coopération étroite avec la Russie qui cherche à conserver des moyens de pression à la fois sur l’Arménie qui se rapproche de plus en plus de l’UE, et sur l’Azerbaïdjan dans le cadre des négociations sur le corridor nord/sud ?

À propos de l'auteur

Photo de Morgan Caillet

Morgan Caillet

Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.

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