Les tendances économiques chinoises – Point de situation au 25/04/2024

Affirmation de l’hégémonie du solaire chinois en Europe
Malgré le «pacte solaire» lancé par le ministre français de l’économie, Bruno Le Maire, visant à favoriser la production de panneaux solaires à hauteur de 40% de leur utilisation sur le territoire d’ici à 2030, les entreprises françaises telles Sistovi ferment face à la concurrence chinoise aigüe.
Alors que Sistovi avait investi un million d’euros afin d’augmenter sa production pour 2024, les prix cassés des produits chinois mis en place à l’été 2023 sur le marché français ont affaibli l’entreprise, qui s’est vue forcée de fermer son usine près de Nantes en raison d’une concurrence chinoise dominante et devenue insoutenable – les commandes de l’entreprise avaient été divisées par cinq. En effet, dans le contexte où le coût global d’un projet chinois est 1000 euros moins cher qu’un projet français, les entreprises françaises ne font pas le poids face aux géants chinois. Le directeur général de Sistovi, Paul Toulouse, dénonce un « gâchis » et déplore le manque de réaction du gouvernement : «les politiques promettent des choses, mais rien n’a été mis en place pour nous protéger alors que nous avons alerté sur notre situation».
Plusieurs demandes d’aide de subventions ont été réalisées afin de rééquilibrer le marché mais rien n’a jamais abouti, alors que les pompes à chaleur avaient perçu des primes à l’autoconsommation d’environ 1000 euros : «on l’a demandé de nombreuses fois, mais on n’a pas été suivis, alors que cela a été possible pour les pompes à chaleur», rapporte le directeur général Paul Toulouse. L’entreprise installée près de Nantes met la clé sous la porte après quinze ans de vie, et licencie ses 87 salariés.
En France, 90% des panneaux solaires installés proviennent de Chine. L’emprise de la Chine est donc réelle sur le marché français et européen. Désormais, il ne reste plus qu’une entreprise française qui produit des panneaux solaires, Voltec Solar.
Mais la dominance chinoise n’est pas limitée au secteur photovoltaïque, elle est fortement implantée ou monte en puissance dans divers domaines – et l’Europe n’est pas sans se défendre, tel que le monde l’ouverture d’une enquête sur des subventions illégales des voitures électriques chinois menée par la Commission européenne.
Mais pourquoi une telle vivacité de la concurrence chinoise ? La Chine cherche à exporter son surplus de production afin de palier au ralentissement économique qu’elle connaît. Sa forte main d’œuvre et sa capacité d’exporter ses produits en lui ont valu, dès les années 1990, le surnom d’«Atelier du monde».
Avec le secteur photovoltaïque mais aussi sa forte influence lors de la COP28, la Chine semble effectuer un virage écologique – bien qu’elle reste le premier pollueur mondial -, renforçant sa crédibilité d’acteur responsable sur la scène internationale.
- L’économie mise au service de la diplomatie :
La Chine mise sur un renforcement de sa diplomatie grâce, notamment, à une augmentation du budget allouée à son ministère des Affaires Étrangères : une prime mensuelle de 1000 dollars supplémentaires à tous les diplomates chinois en poste à l’étranger va entrer en vigueur. Celle-ci vise à maintenir «l’esprit combattif» voulu par le président chinois, dans un but de «rallier la majorité au monde» explique-t-il. Cette annonce découle d’une décision prise en 2023 qui visait déjà à augmenter le budget de son ministère des Affaires Étrangères par cinq. Elle met en œuvre la hausse de salaire promise aux diplomates mais prévoit aussi de prévoir une nouvelle hausse de 23% pour 2024.
Après des périodes de troubles liées à la diplomatie dite des «loups combattants» et à la disparition de l’ancien ministre des Affaires étrangères Qin Gang l’année dernière, la prime allouée aux diplomates vise à rassurer et fidéliser les diplomates chinois, dans un contexte où le Parti a serré la vis vis-à-vis de son corps diplomatique. En décembre 2023, le président chinois Xi Jinping a reçu au Grand Palais du Peuple les chefs des corps diplomatiques et consulaires participant à la conférence qui leur était dédiée afin de leur faire part de l’avenir de la diplomatie chinoise. Après la pandémie de Covid-19 qui a frappé durement le monde, le secrétaire général du Parti a donné le ton : les diplomates chinois doivent désormais «remporter des victoires» en faisant jouer leur «combattivité».
La Chine opère donc un revirement de sa politique en matière de diplomatie afin de séduire davantage de pays et notamment ceux du Sud. La stratégie chinoise en matière de diplomatie tend vers une vision décrite comme du «smart power» – ou «puissance intelligente» – permise par une communication et des démarches de séductions accrues.
Afin de clarifier le sujet, le président chinois Xi Jinping a déclaré que les diplomates chinois doivent «trouver le bon discours, être confiant, mais aussi humble et doux, et créer une image d’une Chine adorable» – et ce dans l’optique d’adoucir l’image d’une Chine des «loups combattants », en 2021.
Par ailleurs, la Chine cherche à promouvoir et à « bien raconter l’histoire de la Chine » par le biais de financements de bourses en Afrique, de think thank et/ou l’organisation de conférences. L’offensive diplomatique chinoise en Afrique est notamment permise par des initiatives comme «China Global South Project» (CGSP) qui se définit comme «une organisation à but non lucrative qui se consacre à l’exploration de tous les aspects de l’engagement de la Chine en Afrique». Du paiement des vols à ceux des logements, en passant par les repas ou à la participation aux sessions plénières des deux assemblées chinoises réunies à Pékin, la Chine prend à sa charge tous les frais nécessaires à sa propre promotion auprès des pays du Sud. Des actions ont déjà été mises en place et elle a déjà financé des évènements pour des journalistes venant du Congo, de Zambie ou encore du Sénégal.
La Chine met, autrement dit, l’économie au service de sa diplomatie.
À propos de l'auteur
Raphael Yussourou
Biographie non renseignée



