Chine
Economie

Les tendances économiques chinoises – Point de situation au 20/06/2024

Publié le 20/06/2024
6 min de lecture
Par Raphael Yussourou
Asie de l'est

Investiture présidentielle taïwanaise et sanctions économiques chinoises contre des entreprises d’armement américaines

Le 20 mai 2024 Lai Ching-te, président nouvellement élu de Taïwan, a prêté serment au palais présidentiel de Taipei. Dans son discours d’investiture, il a appelé la Chine à «cesser ses intimidations politiques et militaires» afin de favoriser «le dialogue aux dépens de la confrontation». Lai Ching-te a également promis que le gouvernement taïwanais maintiendrait un statu quo vis-à-vis de la Chine.

En réaction, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Wang Wenbin a dénoncé ces paroles, qualifiant la tentative de rapprochement du nouveau président taïwanais d’«impasse». Le ministre des Affaires étrangères Wang Yi a quant à lui déclaré que les séparatistes taïwanais «seront cloués au pilori de la honte pour l’Histoire» ainsi que «la trahison de Lai Ching-te envers sa nation et ses ancêtres est honteuse».

Le gouvernement américain a quant à lui félicité Taiwan. Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a vu l’investiture comme le symbole d’un «système démocratique résilient». Il a également souhaité que leurs deux pays puissent assurer la «paix et la stabilité» dans la région par l’intermédiaire de relations diplomatiques, militaires et économiques renforcées. Justement, en avril 2024, Washington a approuvé un plan de 8 milliards de dollars d’aide militaire afin de faire face à la Chine. Il prévoyait une aide notamment dans le développement des sous-marins, tout en renforçant leurs liens économiques afin de concurrencer les projets chinois.

En réaction, le jour même de l’investiture du président taïwanais, la Chine a imposé des sanctions à l’encontre de trois entreprises américaines qui vendent des armes à l’île de Formose, à savoir General Atomics Aeronautical Systems, General Dynamics Land Systems et Boeing Defense, Space & Security. Ces dernières ont été placées sur la liste des «entités non-fiables» par le gouvernement chinois. Elles sont désormais «interdites de toute activité d’import-export liées à la Chine et interdites de tout nouvel investissement en Chine», rapporte un média d’État chinois. Cette radiation s’est assortie de sanctions individuelles stipulant que «les cadres supérieurs de ces entreprises ont l’interdiction d’entrer en Chine» et que «leurs permis de travail seront révoqués».

Depuis mercredi, douze nouvelles entreprises américaines ont été visées par la Chine, pour faire front à la «coercition économique» de la Maison Blanche. Cette-fois, Pékin justifie ses sanctions par celles prises par les États-Unis en rétorsion du soutien de la Chine à la Russie. Le ministère des Affaires étrangères chinois prévoit donc des «contre-mesures». De plus, étant donné que la Chine revendique la souveraineté de Taiwan, la vente d’armes par les États-Unis au gouvernement insulaire est vue comme une violation de cette souveraineté, un soutien à une dissidence interne insupportable pour Pékin. Suivant cette logique, le ministère des Affaires étrangères chinois a déclaré que les ventes américaines «enfreignent sérieusement le principe d’une seule Chine […] et constituent une grave ingérence dans les affaires intérieures de la Chine, affectant fortement sa souveraineté et son intégrité territoriale ».

Les semi-conducteurs dans la guerre commerciale sino-américaine

Lors du salon Semicon à Shanghai qui s’est tenu du 20 au 22 mars 2024, des slogans comme «soutenez les puces chinoises» ont orné les stands. Reflétant les tensions autour de cette technologie hautement stratégique, les semi-conducteurs sont devenus un enjeu majeur dans la quête de puissance entre les États-Unis et la Chine. Depuis les premières mesures protectionnistes prises sous l’ère Trump (2016-2020), les tensions n’ont fait que croître et se poursuivent désormais sous le mandat du président américain Joseph Biden. Ce dernier a par exemple renforcé les droits de douane, en particulier sur les véhicules électriques – les portant à leur quadruple, les véhicules électriques chinois étant désormais taxés à plus de 100%.

En effet, les semi-conducteurs constituent le nouveau Graal de l’économie moderne. Ils sont essentiels à la production d’une multitude d’appareils électroniques, des machines à café aux voitures électriques, mais aussi et surtout dans l’armement. Les tensions géopolitiques autour de Taïwan et les États-Unis face à la Chine, ainsi que la guerre en Ukraine et la proximité affichée entre la Russie et la Chine, poussent l’Europe et les États-Unis à bloquer tout transfert de leurs technologies à l’Empire du milieu. Bruxelles et la Maison Blanche craignent que le partage de leur technologie soit utilisé à des fins militaires à leur encontre.

En Chine-même, les professionnels du secteur pensent que les sanctions économiques à l’égard de la Chine vont pousser les entreprises à innover davantage. Vicky Zheng, représentante d’une entreprise d’assemblage de puces de Qingdao, pense que les sanctions encourageront la Chine à «se développer davantage pour rattraper son retard, voire pour remplacer des produits, afin de disposer de solutions plus nombreuses et de meilleure qualité».

Le constat est similaire du côté de M. Huang, représentant de l’entreprise de test de semi-conducteurs King Long Technology, qui pense que ce climat de tensions est favorable pour la Chine afin de développer son industrie et ainsi accroître son autonomie : «dans un environnement soumis à une telle pression, la Chine fait des progrès très rapides pour augmenter ses capacités en technologie et en production, ainsi que dans la formation du personnel technique».

Malgré le retard du secteur des semi-conducteurs chinois estimé par Scotten W. Jones, du site spécialisé TechInsights, ou peut-être même en raison de ce retard, le gouvernement chinois investit massivement dans cette industrie. Selon Scotten W. Jones, «si la Chine est prête à investir suffisamment, elle pourra probablement rattraper le reste du monde» – le chercheur estime cependant «qu’il faudra attendre au moins une décennie», notamment afin de rattraper les industries néerlandaise et taïwanaise. De fait, les puces les plus avancées au monde sont les puces néerlandaises ASML d’une superficie de 7nm et les puces de l’entreprise taïwanaise TSMC qui a établi un record en 2022 en produisant des puces d’une superficie de 3nm.

Afin de soutenir son industrie, la Chine a mis en place le 24 mai 2024 son troisième fonds d’investissements avec un capital s’élevant à 344 milliards de yuan (47,5 milliards de dollars) soutenu par l’État. Ce troisième fonds s’inscrit dans un processus entamé en 2014 et qui a pour but d’atteindre l’autosuffisance de la Chine en matière de semi-conducteurs.

 

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