Chine
Economie

Les tendances économiques chinoises – Point de situation au 14/10/2024

Publié le 15/10/2024
6 min de lecture
Par Raphael Yussourou
Asie de l'est

Guerre commerciale sino-européenne :

En septembre 2023, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen prononça un discours sur la situation de l’Union européenne à la suite duquel une enquête antisubventions sur les véhicules électriques chinois importés en Europe a été lancée.

Aux côtés du commissaire au commerce Valdis Dombrovskis, les dirigeants européens dénonçaient une concurrence déloyale favorisant les voitures électriques chinoises au détriment des voitures électriques européennes. Aujourd’hui les voitures électriques chinoises détiennent 8% du marché européen, certaines estimations prévoient une augmentation pouvant atteindre 15% d’ici 2025.

À la suite des décisions européennes, la Chine a répondu en juin 2024 en prenant des premières mesures concernant la viande de porc en provenance d’Europe. Pour ce faire, la Chine a imposé des questionnaires à certaines entreprises situées au Danemark, aux Pays-Bas ou encore en Espagne dans le but de recueillir des informations afin de calculer une potentielle surtaxe à imposer aux exportations européennes. Le secteur risque donc de subir des pertes si la Chine continue à imposer des sanctions à la filière.

Pékin a également imposé des taxes douanières sur les produits laitiers en août 2024, mettant à mal les subventions européennes accordées dans le cadre de la politique agricole communes (PAC).

Par ailleurs, le 4 octobre dernier, l’UE a autorisé la mise en place de droits de douane s’élevant à 35% sur les voitures électriques chinoises, s’ajoutant aux 10% déjà en vigueur. En prenant ces mesures, la Commission européenne cherche à équilibrer le marché européen en le rendant plus juste car elle juge la concurrence chinoise déloyale. De fait, elle accuse l’Etat chinois de subventionner ses entreprises afin de faire baisser les prix et de prendre davantage d’espace sur le marché européen : elle l’accuse de dumping.

En réponse à ces nouvelles sanctions et ce malgré une réticence de l’Allemagne qui a peur de représailles sur son secteur automobile, la Chine a riposté aux sanctions prises par la Commission par la mise en place de nouvelles mesures. En effet Pékin a décidé d’imposer le dépôt d’une caution en douane pour toute importation de brandy en provenance de l’Europe. Cette mesure vient fragiliser particulièrement la France -pays qui est favorable à l’instauration de taxes envers les véhicules chinois- et qui est un acteur majeur au sein de l’UE grâce à son industrie laitière et d’eau de vie.

Dans un communiqué du ministère est stipulé qu’«à partir du 11 octobre 2024, les importateurs devront, au moment d’importer des brandys en provenance d’Union européenne, fournir le dépôt correspondant aux douanes de la République populaire de Chine ».

En août 2024 la Chine a annoncé avoir trouvé des preuves de dumping suite à l’enquête lancée en janvier 2024 sur les brandys européens. Selon Florent Morillon, président du Bureau national interprofessionnel du cognac la Chine représente « un quart des exportations en valeur » et parfois 60% du chiffre d’affaires de certaines entreprises.

Ainsi, L’Empire du milieu accuse l’UE des mêmes pratiques que celui-ci lui reprochait et rentre dans une guerre commerciale qui s’intensifie avec ce-dernier. Depuis les premières mesures prises par la Commission Européenne jusqu’aux récentes mises en place de taxes douanières par Pékin, les deux acteurs semblent déterminer à rentrer dans un processus d’affrontement économique, qui depuis les décisions chinoises semble officiel.

Plan de relance et « relance au bazooka» :

« Nous sommes pleinement confiants d’atteindre les objectifs de développement économique et sociétal cette année » a annoncé Zheng Shanjie président de la Commission nationale pour le développement et les réformes (NDRC) en conférence mardi 8 octobre 2024. Pékin affirmait donc à nouveau son ambition des 5% de croissance pour l’année 2024 et ce malgré le scepticisme de certains analystes occidentaux. Ces-derniers voient dans la Chine un pays qui peine toujours à sortir des séquelles de la crise du Covid-19 avec un secteur immobilier touché en son épicentre et une consommation des ménages atone.

Cette conférence suivait celle organisée le 24 septembre qui avait porté un message positif pour les bourses mondiales. De fait, la Chine avait annoncé un plan comportant plusieurs mesures afin de relancer son économie dans les secteurs fragilisés par la crise que le pays traverse, qualifié par un analyste de « relance bazooka ».

Pan Gongsheng, le gouverneur de la Banque populaire de Chine avait annoncé pendant cette conférence de presse baisser le taux directeur de 1,7% à 1,5% ainsi que la baisse du ratio de réserves imposés aux banques, pour atteindre son plus bas niveau depuis 2018 dans le but de délivrer 1 000 milliards de yuan, soit 127 milliards d’euros.

En plus, afin de soulager le marché immobilier, le taux des prêts immobilier a été allégé de 0,5% – l’alignant ainsi sur celui des nouveaux prêts à la consommation – permettant d’économiser le coût des remboursements à hauteur de 150 milliards de yuan. La nouvelle « profitera à 50 millions de foyers, soit 150 millions de personnes, a fait valoir Pan Gongsheng.  Cela aidera la consommation et l’investissement. »

Subséquemment à la conférence les marchés boursiers avaient le vent en poupe, et, à l’aube de la conférence de mardi, ces espoirs s’étaient manifestés par la hausse de certaines valeurs comme Kering qui a connu une augmentation de 4,6% ou encore LVMH qui recensa une hausse de 2,7%. Malgré cela, le manque d’annonces supplémentaires mardi à contribuer à décevoir les marchés, entraînant une baisse de la côte de certaines valeurs. La Deutsche Bank témoignait justement qu’« il n’y a finalement pas eu de nouvelles annonces lors de cette conférence. Zheng Shanjie, chef de la Commission nationale chinoise pour le développement et la réforme (NDRC), n’a pas donné plus de détails sur la forme et l’ampleur de l’aide fiscale annoncée ».

Le secteur du luxe est particulièrement touché par le manque de mesure étant donné que c’est l’un des plus dépendants au marché chinois. Par ailleurs, au cours des 20 dernières années, le secteur du luxe a connu une croissance mondiale annuelle de 9 %, et selon les banques américaines, les consommateurs chinois ont joué un rôle clé en représentant 40 % de cette croissance.

Finalement, les investisseurs ressortent déçus de la conférence du mardi 8 octobre en raison du manque de réformes profondes afin d’améliorer les perspectives de l’économie chinoise. Les autorités chinoises semblent avoir désenchanté les bourses mondiales et sont attendues pour la mise en place de mesures drastiques en vue de relancer efficacement le pays. Les analystes occidentaux s’attendent d’abord à des politiques favorisant la consommation des ménages mais aussi d’autres permettant de réduire l’endettement du secteur immobilier, en crise continue depuis la chute d’Evergrande.

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