Chine
Economie

Les tendances économiques chinoises – Point de situation au 14/05/2024

Publié le 15/05/2024
6 min de lecture
Par Raphael Yussourou
Asie de l'est

Une consommation intérieure réduite en raison de la morosité des ménages :

Alors que 46% des Chinois interrogés par la Banque centrale chinoise déclarent le marché du travail « incertain », les vacances du premier mai ont donné un aperçu de la consommation intérieure chinoise.

Dans un contexte économique drastiquement différent de celui qu’a connu la Chine avant la période du Covid-19, l’inquiétude règne. Que ce soit en raison de la fuite des investissements étrangers, du chômage des jeunes s’élevant à 15% (d’après les derniers chiffres publiés en décembre 2023 excluant les étudiants), ou bien de la crise touchant le secteur immobilier dont les premières victimes ont été les mastodontes Evergrande et Country Garden, la confiance des Chinois en leur économie s’est érodée.

En effet, l’économie chinoise est très dépendante de son marché immobilier. Représentant environ 30% du PIB chinois et 20% des emplois, le secteur constitue un pilier de l’économie chinoise. Cependant, la crise immobilière actuelle couplée aux séquelles du Covid-19 ont marqué la société chinoise, laissant des traces encore perceptibles. Alors qu’avant la crise sanitaire les investissements dans l’immobilier représentaient 70% du capital épargné des ménages chinois, l’affaiblissement du secteur tend à les faire épargner davantage.

Ces différents facteurs expliquent en partie la morosité des ménages et, par conséquent, le faible niveau de consommation intérieure. «Pour cette première année sans restriction pandémique, nous nous attendions à une vague d’activité, les ménages et les entreprises rattrapant le temps perdu. Au lieu de cela, nous avons eu une année marquée par une confiance chancelante des ménages et des entreprises méfiantes», explique Harry Murphy Cruise, économiste chez Moody’s Analytics.

Lors des congés du 1er mai, 23,13 milliards de dollars – soit 166,9 milliards de yuans – ont été dépensés par les voyageurs nationaux. Malgré une augmentation de ces dernières de 12,7% par rapport à 2023, la moyenne de 565,7 yuans dépensés par personne lors des congés du premier mai représente une baisse de 11,5% par rapport aux niveaux de dépense antérieurs à 2019.

Cette baisse ne masque pourtant pas le désir de la population de profiter de la fin des restrictions sanitaires liées la politique «zéro Covid» : la consommation intérieure a pris du volume depuis l’année passée, enregistrant 12,7% d’augmentation. Jonathan Yan, partenaire du cabinet de conseil Roland Berger, à Shanghai pense que «dans l’ensemble, je pense que les gens se serrent la ceinture et que la confiance est en berne, mais qu’ils veulent toujours de l’expérience».

Néanmoins bien que l’économie chinoise souffre encore des conséquences de la pandémie, l’on peut d’ores et déjà constater une lente reprise de la machine économique depuis la fin des restrictions sanitaires. Malgré des résultats moins fructueux que la période précédent la crise, la croissance chinoise a atteint 5% en 2023, chiffre qui correspond aux objectifs annoncés par le gouvernement.

Et ce rythme de croissance devrait être subsister : le Premier ministre chinois Li Qiang a annoncé prévoir de maintenir une croissance à 5% pour l’année 2024 à l’occasion de l’ouverture de la session parlementaire en mars dernier.

Implantation supplémentaire d’une usine de véhicules électriques chinois sur le sol européen 

Après une visite de Wang Chuangfu, président du fabricant automobile chinois Build Your Dreams (BYD), en Hongrie en octobre 2023, à l’occasion de laquelle M. Wang a rencontré le président hongrois Viktor Orban, cet important fabricant de voitures électriques compte consolider son implantation en Europe.

Cette entreprise l’entreprise pionnière dans le domaine de la production de batteries, fourni désormais de nombreux constructeurs automobiles, comme Tesla.

Deux pays en Europe servent de point d’entrée sur le marché intérieur de l’Union à l’Empire du milieu. Le premier est la Hongrie qui, dans le cadre de sa politique «regarder vers l’Est» a inscrit la coopération sino-hongroise sur son agenda politique. Dès 2015, la Hongrie a été le premier pays à signer un accord de coopération avec Pékin dans le cadre de la Belt and Road Initiative (BRI).

Depuis, les accords se sont multipliés et la Hongrie s’est révélée être un partenaire stratégique majeur afin de faciliter l’entrée de la Chine sur le marché européen. Ainsi, l’entreprise chinoise BYD, déjà implantée en Hongrie pour la fabrication de bus électriques, a de nouveau signé un accord afin d’implanter une nouvelle usine en décembre 2023, pour la construction de voitures électriques cette fois. BYD a par ailleurs signé un accord préliminaire de vente et d’achat le 30 janvier 2024.

Cette nouvelle usine dont la construction est prévue à Szeged est un reflet éloquent de la stratégie chinoise visant à écouler sa surproduction et pallier les difficultés économiques auxquelles le pays fait face. En effet, la Chine investit massivement en Europe, produisant sur le sol européen même afin de contourner les restrictions européennes de plus en plus importantes sur l’importation de véhicules électriques chinois.

Par ailleurs, la Serbie sert aussi de passerelle à la Chine. Les deux pays sont en effet très proches et leurs partenariats militaires et économiques se multiplient, comme en attestent l’envoi de batteries de missiles air-sol par six avions de l’armée de l’air chinoise en 2022, ou la construction d’un chemin de fer reliant Belgrade et Budapest. En l’espace d’une dizaine d’années, la Chine a multiplié par 100 ses échanges avec la Serbie.

La venue du président chinois Xi Jinping en Europe la semaine du 6 mai 2024 s’inscrit dans ce contexte d’approfondissement des partenariats. La visite du président chinois vient confirmer les liens entre la Chine et la Hongrie et la Serbie, tout en alertant le continent européen de la présence chinoise sur son sol.

C’est une Chine qui utilise les symboles – le triste anniversaire du bombardement de l’ambassade chinoise à Belgrade lors de la guerre de Yougoslavie – afin de renforcer les liens diplomatiques et économiques avec les deux pays d’Europe de l’Est visités. En s’appuyant sur la Hongrie et la Serbie, la Chine gagne du terrain en Europe et pallie ses problèmes internes en diversifiant ses méthodes de production – ici par le biais de la délocalisation. Grâce aux différents partenariats avec la Hongrie et la Serbie, la Chine peut ainsi écouler ses produits – qui bénéficieront de ce fait du bonus écologique français ayant pour but de contrecarrer les importations chinois de véhicules électriques… – et contourner les restrictions européennes faisant suite à une enquête antisubventions sur les véhicules électriques chinois importés en Europe.

À propos de l'auteur

Photo de Raphael Yussourou

Raphael Yussourou

Biographie non renseignée

Auteur vérifié

Articles à lire dans cette rubrique

Construction de la Paix
Corée du Nord
+ 1
il y a 7 jours
En savoir plus
En savoir plus
Corée du Sud
Energie
+ 1
il y a un mois
En savoir plus
Restez informé !

Recevez notre newsletter 4 à 5 fois par mois et restez en connexion avec l'actualité internationale.

  • Analyses mensuelles thématiques exclusives
  • Décryptage des enjeux mondiaux
  • Désabonnement facile à tout moment
Newsletter

Cultivez-vous et montez en compétences !
Recevez en exclusivité nos dernières parutions et nos offres de formation.

En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir nos emails.
Désabonnement en un clic