Le nucléaire, pilier de l’autonomie stratégique européenne

Centrales nucléaires @Unsplash
A l’occasion du deuxième sommet sur l’énergie nucléaire le 10 mars 2026, la France a réuni à Paris plus de 60 pays ainsi que les principaux acteurs industriels et financiers mondiaux pour affirmer le rôle central du nucléaire civil dans la transition énergétique européenne. Le défi était de taille car, historiquement, le nucléaire a longtemps suscité une défiance en Europe et dans le monde. Depuis l’accident de Tchernobyl en 1986 et la catastrophe de Fukushima en 2011, l’énergie de l’atome avait été mise délibérément de côté dans les politiques énergétiques des Etats : entre 2006 et 2023, la production nucléaire a chuté de 32 % en Europe. La France, cependant, a fait le choix historique d’assurer sa sécurité énergétique en misant sur le nucléaire civil. Si en termes de production pure les Etats-Unis et la Chine devancent l’hexagone, la France reste le pays avec la plus forte proportion de nucléaire civil dans sa production nationale d’électricité : 67,3% en 2024 contre seulement contre 18,5% en 2023 pour les Etats-Unis.
La dépendance énergétique européenne
Le regain d’intérêt à l’égard de l’énergie nucléaire n’est pas anodin. Depuis 2022, les crises successives ont profondément déstabilisé les marchés énergétiques européens. Suite à la guerre en Ukraine en 2022, l’Europe a dû drastiquement réduire son importation de gaz russe et a été mise devant le fait accompli : elle était dépendante de la Russie. En 2021, la part des importations du gaz russe dans l’UE s’élevait à 40%, avant de tomber à 6% en 2025. Par un règlement visant à interdire les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) et de gaz par gazoduc en provenance de Russie à partir du 18 mars 2026, l’Europe a fait un premier pas vers sa souveraineté énergétique. Cet effort commun n’a pas été sans heurts pour l’Europe. L’Allemagne, pour compenser la perte du gaz russe, a dû prolonger l’exploitation de ses centrales à charbon. Afin de pallier la dépendance au gaz russe et se détourner des énergies fossiles comme substitut, l’Europe a réduit sa consommation de gaz et reconfiguré ses sources d’approvisionnement. En 2021, l’Europe importait 150 milliards de mètres cubes de gaz russe. En 2025, elle n’en importe plus que 36 milliards de mètres cubes. La Norvège, quant à elle, est devenue le premier importateur de gaz européen suivi des États-Unis. En effet, le pays nordique représente près d’un tiers des importations de gaz avec 89,3 milliards de mètres cubes en 2025 contre 79,5 en 2021. Si l’augmentation quantitative des importations européennes en provenance de la Norvège entre 2021 et 2025 est modérée, celle des Etats-Unis est conséquente : 18,9 milliards de mètres cubes en 2021 contre 75,6 en 2025.
Le conflit russo-ukrainien n’est cependant pas le seul conflit ayant eu des conséquences sur le marché de l’énergie. Le 28 février 2026, des frappes aériennes américaines et israéliennes ont conduit à l’ouverture d’un conflit armé avec l’Iran, bouleversant les cours du pétrole de manière durable et ceux du gaz à court terme tout en impactant directement l’Europe. En réponse à ces frappes, l’Iran a décidé de fermer unilatéralement le détroit d’Ormuz, situé au sud du pays. Suite au prolongement du conflit et contrairement au principe de libre navigation des navires sur les eaux internationales, l’Iran a mis en place un principe de péage appuyé par un blocus naval pour les navires souhaitant traverser le détroit. En conséquence, les Etats-Unis ont mis en place un contre-blocus pour bloquer les activités iraniennes. Ainsi, le détroit fait l’objet d’un double blocus : l’un américain et l’autre iranien. Le 22 avril, l’Iran a saisi deux navires tentant de traverser le détroit, qui n’était toujours pas ouvert aux navires commerciaux. Ce détroit, où transite près de 20% du pétrole et du GNL mondial, est hautement stratégique pour les pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) car il est leur seule porte de sortie maritime. Sachant que l’Arabie Saoudite, troisième producteur de pétrole mondial, et le Qatar, troisième producteur de GNL mondial, commercent par ce détroit, les marchés du pétrole et du gaz ont été inévitablement impactés. En effet, le prix du pétrole n’a jamais été aussi élevé que depuis 2022 : le Brent, indice mondial de référence, atteignait 105 dollars le baril le 25 avril 2026, contre 71 dollars la veille du conflit, le 27 février 2026. Le cours du gaz est cependant moins impacté à long terme. L’indice de référence Dutch TTF a bondi de 32 à 49 €/MWh entre le 26 et le 27 février 2026, avant de redescendre à 44 €/MWh le 25 avril 2026. Même si le cours du gaz reste sensiblement impacté aujourd’hui, il reste néanmoins en-decà des niveaux historiques atteints durant la crise énergétique de 2022 où le Dutch TTF avait culminé aux alentours de 240 €/MWh, soit près de cinq fois le niveau actuel.
Même si le Qatar ne représente que 9% du GNL importé dans l’Union européenne en 2026, son importance majeure dans le commerce mondial de gaz fait que l’arrêt de ses exportations perturbe tout le marché du gaz. Afin d’absorber le choc pétrolier, l’Agence internationale de l’énergie (AIE), avec l’appui du G7, a permis le déblocage de plus de 400 millions de barils de pétrole. Cette décision d’urgence, la plus importante de l’histoire, traduit bien l’ampleur de la situation et de la dépendance de l’Europe aux hydrocarbures étrangers. Cette situation pourrait s’avérer dangereuse, comme l’a d’ailleurs démontré Emmanuel Macron lors du deuxième sommet sur l’énergie nucléaire : «On le voit, dans le contexte géopolitique qui est le nôtre, combien, lorsqu’on est trop dépendant des hydrocarbures, cela peut devenir un instrument de pression voire de déstabilisation».
L’ambition européenne pour la fusion nucléaire
Au-delà des paroles, l’UE mène de véritables actions afin de faire revenir le nucléaire sur le devant de la scène. Le 19 mars 2026, la Commission Européenne a adopté le programme de travail pour la recherche et la formation Euratom 2026-2027 qui vise au développement des technologies à fusion nucléaire et à la sûreté des technologies à fission nucléaire. Grâce à un investissement de plus de 330 millions d’euros qui permettrait une avancée dans le secteur du nucléaire, l’UE cherche, à terme, à atteindre la neutralité carbone. D’ici 2040, l’Europe s’est fixé pour objectif de baisser de 90 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. D’autres projets plus durables comme ITER impliquent l’UE et d’autres acteurs étatiques. En collaboration avec la Russie, le Japon, la Chine, l’Inde, la Corée du Sud et les États-Unis, le projet ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor) a pour ambition de produire une énergie propre et en quantité colossale pour décarboner l’industrie de l’énergie. De plus, «La fusion nucléaire produit près de quatre millions de fois plus d’énergie que la réaction chimique issue de la combustion du charbon, du pétrole ou du gaz, et quatre fois plus que la fission nucléaire.», d’où sa capacité à répondre aux besoins énergétiques mondiaux. Ce projet, à ambition mondiale et basé à Cadarache en France, bénéficie d’un soutien financier de la part d’Euratom à hauteur de 5,61 milliards d’euros pour la période 2021-2027. En priorisant la mise au point de la fusion à l’aide d’un nouveau partenariat public-privé et un investissement massif, l’UE se donne un objectif clair : renforcer l’indépendance énergétique de l’alliance, pour devenir à terme indépendante. Ce projet d’ampleur est d’une importance majeure car maîtriser la fusion signifierait, théoriquement, disposer d’une source d’énergie quasi-illimitée, décarbonée et sûre, à même de couvrir l’ensemble des besoins énergétiques mondiaux.
Une volonté politique encore hésitante
Bien que l’Europe souhaite renforcer sa sécurité énergétique avec le nucléaire, le financement de l’UE ne permet pas encore de réaliser cet objectif. En mars 2026, la Commission européenne a annoncé une aide temporaire supplémentaire de 200 millions d’euros dans l’optique d’assister au développement de technologies nucléaires innovantes comme les petits réacteurs modulaires (SMR), les réacteurs modulaires avancés (AMR) et les microréacteurs. Au-delà de la Commission européenne et du programme Euratom, l’Europe dispose de diverses sources de financement pour développer la filière nucléaire. Innovation fund, un programme de financement pour le déploiement de technologies bas carbone, alloue une partie de budget total de 2,9 milliards d’euros au nucléaire. La Banque européenne d’investissement a également alloué plus de 635 millions d’euros au secteur nucléaire européen sur les trois dernières années. En diversifiant ses technologies, l’Europe vise à rester dans la course au nucléaire civil. Bien que ces investissements marquent un tournant historique pour un secteur longtemps délaissé, ils restent encore trop limités pour garantir la compétitivité de l’Europe face aux géants mondiaux. Lors du sommet sur l’énergie atomique le 10 mars 2026, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen affirmait : «Je pense que c’était une erreur stratégique de la part de l’Europe de se détourner d’une source fiable et abordable d’énergie à faibles émissions». Si Ursula von der Leyen a reconnu «l’erreur stratégique» de l’Europe, les grandes puissances n’ont pas attendu le vieux continent pour développer leur filière nucléaire. En octobre 2025, les Etats-Unis annonçaient un financement de 80 milliards de dollars pour la construction de dix nouveaux réacteurs nucléaires d’ici 2030. En avril 2025, la Chine a annoncé la construction de dix réacteurs avec un investissement de plus de 27 milliards de dollars.
Au sein même de l’Europe, les divergences en termes de politiques nationales quant au nucléaire civil freinent la mise en place d’une politique européenne favorable au développement de l’atome, notamment sur la question des dépendances énergétiques de certains pays. L’Allemagne, qui a fermé ses dernières centrales en 2023, dépendait la même année à plus de 66% de ses importations. L’Espagne, qui prévoit une fermeture progressive de ces centrales, dépendait quant à elle en 2023 à plus de 68% de ses importations. Les pays qui n’ont pas un fort potentiel en ressources naturelles comme l’Espagne et l’Allemagne sont plus enclins à dépendre des importations étrangères, parfois hostiles à l’Europe. Avant la guerre, l’UE dépendait à 45% du gaz russe, avant de descendre à 15% en 2023. Cette dépendance perverse à directement permis à la Russie de se servir du gaz comme d’une arme et de s’enrichir sur des décennies, lui permettant également de financer sa future guerre en Ukraine. L’Autriche, l’un des pays les plus farouchement antinucléaire en Europe, est également l’un des pays les plus dépendants du gaz russe dans son mix électrique. En effet, ce dernier représentait plus de 80% de son importation de gaz en 2024 malgré une production hydraulique importante lui fournissant environ 60 % de son électricité. Même si, suite à l’arrêt des exportations gazières russes en Autriche, la ministre autrichienne de l’Environnement et de l’Energie Leonore Gewessler affirmait sur X le 15 novembre 2024 que «L’Autriche s’est longtemps préparée à cette situation. Notre approvisionnement en énergie est assuré.», cette forte dépendance démontre avec force comment un pays exportateur en position de force peut, comme elle l’avance elle-même, «utiliser une fois de plus l’énergie comme arme.». Cet aveu illustre le paradoxe autrichien : un pays constitutionnellement antinucléaire et pourtant contraint de subir pendant des décennies le chantage énergétique d’un fournisseur qu’une politique nucléaire nationale lui aurait permis d’éviter. En effet, à la suite d’un référendum organisé dans les années 1970, le Parlement autrichien a adopté une loi interdisant l’utilisation de l’énergie nucléaire dans le pays, une interdiction depuis élevée au rang constitutionnel malgré la présence de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) dans sa capitale à Vienne. En octobre 2022, l’Autriche a même intenté une action en justice auprès de la La Cour de justice de l’Union européenne suite à un règlement adopté par la Commission européenne dans lequel elle affirmait que l’énergie nucléaire pouvait contribuer, à certaines conditions, à l’atténuation du changement climatique. Ce refus du nucléaire ne se limite pas au seul cas autrichien et traduit une vulnérabilité énergétique plus large au sein du continent européen. Avec le blocage du détroit d’ormuz où transite près de 20% du GNL, des pays européens comme l’Espagne sont contraints d’avoir recours au gaz russe pour assurer leur approvisionnement énergétique. Selon El Pais, «Les importations [de l’Espagne] doublent et atteignent un record historique de près de 10 000 GWh de gaz russe en un mois, un volume qui dépasse même les livraisons effectuées lors de la crise des prix de 2023.» A l’inverse, la France est l’un des pays les moins dépendants des importations en Europe de l’Ouest avec 44,9% de dépendance énergétique en 2023. Cette différence s’explique en partie par le parc nucléaire français, composé de 56 réacteurs. Grâce au maintien de sa politique nucléaire, la France est capable d’absorber une partie des turbulences géopolitiques sans être contrainte de se retourner vers des fournisseurs alternatifs aux conditions défavorables, comme le gaz russe.
La rivalité franco-allemande
Le 15 avril 2026, l’Allemagne a définitivement mis à l’arrêt ses trois derniers réacteurs. Ce choix s’inscrit dans une longue politique anti nucléaire qui a officiellement débuté en 2002 et qui a connu une accélération en 2011, notamment par l’annulation d’une loi d’octobre 2010 qui avait repoussé la sortie du nucléaire jusqu’en 2036. En ayant avancé cette date à 2022, l’Allemagne a fait le choix d’assumer le coût stratégique de son idéologie antinucléaire, quitte à accroître durablement sa dépendance aux importations d’hydrocarbures. Angela Merkel, ancienne chancelière de l’Allemagne, affirmait en 2011 que «Notre système d’approvisionnement en énergie doit être et peut être fondamentalement modifié». Cependant, la rivalité franco-allemande sur la question du nucléaire ne se cantonne pas aux territoires nationaux. Historiquement, le principal État rival à la France sur le sujet de l’atome est l’Allemagne. Des décennies durant, l’Allemagne n’a cessé de décrier et diaboliser l’atome en usant de son influence dans les institutions européennes et de son poids économique. Cette promotion de l’antinucléaire est en partie directement financée par l’Allemagne elle-même via des opérations d’influence menant des actions à l’étranger mais aussi directement sur le territoire français. Pour garantir la compétitivité économique entre les deux pays, l’Allemagne vise à fragiliser l’industrie nucléaire française afin qu’elle ne bénéficie pas des avantages économiques de cette dernière. Pour parvenir à ses fins, l’Allemagne multiplie les articles contre le nucléaire français comme «L’Atlas de l’uranium».
Au-delà des productions écrites, des fondations politiques allemandes, financées majoritairement par l’Etat allemand, alimentent un discours antinucléaire. Heinrich Böll, l’un de ces organismes, a une implication directe sur le territoire français. En finançant le Réseau Action Climat, composé de plusieurs organisations contre l’atome telles que «Les Amis de la Terre» ou encore le réseau «Sortir du Nucléaire», l’Allemagne fait preuve d’ingérence dans l’objectif de mettre à mal la filière nucléaire française. L’Allemagne exerce également une influence au sein même de l’UE, où elle occupe des postes clés. Grâce à plusieurs partis influents au sein de l’UE tels que le Parti populaire européen (PPE), composé à majorité d’allemands (17,7%) et d’espagnols et (12,6%), l’Allemagne influence les décisions européennes. En effet, le PPE occupant les postes les plus cardinaux de l’UE comme la présidence de la Commission européenne via Ursula von Der Leyen (en coalition avec trois autres partis) et la présidence du Parlement européen via Roberta Metsola, l’Allemagne pèse les décisions. En juin 2021, «ce sont cinq États membres, l’Espagne et l’Allemagne qui ont appelé, dans une lettre commune adressée à la Commission européenne, à maintenir l’énergie nucléaire hors du champ d’application de la taxonomie de l’Union européenne.», preuve que la rivalité franco-allemande sur le nucléaire ne se limite pas à un simple désaccord bilatéral, mais est structurellement ancrée par des rapports de force au sein des institutions européennes, où Berlin parvient à coaliser autour de ses positions antinucléaires des partenaires suffisamment nombreux et influents pour peser sur les décisions de la Commission.
Cependant, la nouvelle position européenne sur le nucléaire civil vient rebattre les cartes dans certains États du continent. Le 16 janvier dernier, le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré que cette idéologie anti nucléaire était une «grave erreur stratégique». Cet aveu traduit une certaine réussite de l’Europe quant à la normalisation du nucléaire civil dans le débat énergétique du continent. Nonobstant, l’avènement de l’atome dans la politique énergétique de l’Allemagne est loin d’être acté, comme l’a rappelé le chancelier allemand en mars dernier : «La décision est irréversible. Je le regrette, mais c’est ainsi.»
L’Espagne, quant à elle, reste sur sa position. Afin de garantir une transition énergétique, le pays prévoit de fermer ses centrales nucléaires entre 2027 et 2035, tout en sachant que l’énergie nucléaire est responsable de 20% de son mix électrique. Deuxième producteur d’énergie nucléaire en Europe, l’Espagne mise sur ses énergies renouvelables, qui lui fournit 56,8 % de son mix énergétique. Bien que le pays dispose d’une large base de renouvelable dans son mix énergétique, ce réseau est en proie aux conditions météorologiques et donc l’intermittence, ce qui n’est pas le cas du nucléaire. En cas de crise majeure comme celle du 28 avril 2025 où une panne généralisée de nombreuses heures dans la péninsule hibérique a paralysé la région, l’Espagne a été incapable de maitriser seule son réseau électrique. En effet, en partie à cause de sa dépendance aux énergies renouvelables intermittentes, le pays n’a pas su assurer seul une réponse appropriée au problème. Finalement, la volonté politique européenne de soutenir l’atome, voire d’adopter une politique commune et partagée, se heurte à deux facteurs interdépendants qui se renforcent mutuellement : d’une part, un manque de financement structurel au niveau de l’UE, et d’autre part, des politiques nationales hésitantes, voire foncièrement opposées au nucléaire, qui privent ce financement de la légitimité politique nécessaire à son déploiement.
La volonté d’un parapluie nucléaire européen
Outre le nucléaire civil, c’est aussi le nucléaire militaire qui vient rebattre les cartes de la défense européenne. Le 27 mars 2026 lors d’un forum en Floride, Donald Trump a déclaré : «Pourquoi serions-nous là pour eux s’ils ne sont pas là pour nous ?», ce qui traduit une volonté de désengagement des Etats-Unis de l’OTAN, dont ils sont le moteur. Alors que le président américain multiplie les déclarations véhémentes sur un possible retrait américain de l’alliance depuis son second mandat, l’Europe cherche progressivement à assurer sa propre défense. Si l’Europe cherche à assurer sa propre sécurité, c’est aussi car elle n’est plus en temps de paix. Depuis l’invasion russe en 2022, les inquiétudes d’un élargissement du conflit sur le continent européen pèsent. En 2025, le chef d’état-major des armées Fabien Mandon avançait que l’armée française devait être «prête à un choc avec la Russie dans trois, quatre ans».
Dans ce climat tendu, Emmanuel Macron a proposé le 2 mars 2026 une dissuasion nucléaire avancée. En rappelant que «Notre sécurité ne s’est jamais conçue dans les seules limites de notre territoire, au plan conventionnel comme au plan nucléaire», cette dissuasion dite “avancée” est inédite car elle associe pour la première fois les partenaires européens à la posture de dissuasion française, ce qui constitue une évolution historique dans la doctrine nucléaire française, qui a toujours été strictement nationale. Toutefois, la décision finale demeurera exclusivement française sans partage possible. Concrètement, l’évolution de la doctrine nucléaire française sera appuyée par la possibilité pour les partenaires européens d’assister à des exercices de dissuasion et, si la situation l’exige, de disséminer des forces aériennes stratégiques sur le territoire des alliés. La dissuasion avancée n’a pas pour but de remplacer la dissuasion nucléaire de l’OTAN mais de la compléter. En faisant bénéficier sa dissuasion nucléaire aux membres de l’Europe, notamment par une définition et une extension volontairement ambiguë des intérêts vitaux de la France et de ses partenaires compliquant le calcul de l’adversaire quant à un possible usage du nucléaire, la France contribue à consolider l’indépendance stratégique européenne. De plus, grâce à sa maîtrise sur l’ensemble de la chaîne de valeur du nucléaire civil, la France s’impose comme un partenaire nucléaire fiable et technologiquement souverain auprès de ses partenaires européens. En effet, la dissuasion avancée proposée par Emmanuel Macron s’appuie sur l’arsenal militaire français et la robustesse de sa filière nucléaire civile. En maintenant une maîtrise complète de la chaîne de valeur nucléaire, allant de l’enrichissement de l’uranium au retraitement des combustibles, assurés par des acteurs comme Orano, la France préserve les compétences qui conditionnent directement la modernisation et la crédibilité de sa force de frappe. Les pays ayant renoncé ou refusé l’énergie nucléaire à l’image de l’Allemagne ou de l’Autriche, se privent ainsi de toute autonomie énergétique équivalente et d’une base industrielle stratégique que la maîtrise de l’atome peut offrir.
À propos de l'auteur
Joris Berry
Biographie non renseignée



