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L’aube des échanges : Les sentiers renouvelés des rapports russo-nord-coréens

Publié le 06/02/2024
18 min de lecture
Par Corentin Delon
Russie

Ecrit par Corentin Delon et Enzo Padovan.

Le 14 janvier 2024, une délégation nord-coréenne s’est rendue à Moscou pour un voyage diplomatique. La responsable de cette mission, Choe Son-hui, est aussi la ministre des Affaires étrangères de Pyongyang ; en l’espace de 4 jours, elle a pu rencontrer la président Vladimir Poutine, mais aussi d’autres représentants étatiques russes tels que Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, ou encore Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie russe.

Ce long échange diplomatique, surtout en début d’année 2024, montre l’importance accordée à l’alliance historique entre Moscou et Pyongyang. Malgré son ancienneté, cette dernière n’a pas toujours été aussi importante aux yeux de la Russie ; le nouveau souffle qu’elle connaît aujourd’hui témoigne du changement de politique internationale opéré par le Kremlin dans les dernières années. Avec ses forts enjeux politiques et culturels, ce rapprochement entre les deux nations est un important point de l’actualité internationale.

Rappel historique des relations entre la Corée du Nord et la Russie

La relation entre Pyongyang et Moscou remonte à la fin de la Seconde Guerre mondiale. A la suite de l’effondrement de l’Allemagne nazie en mai 1945, l’attention de l’URSS se porta à ses frontières orientales, et plus précisément sur le Japon Impérial. Ce dernier avait annexé la péninsule coréenne en 1910, et l’occupation nippone se traduisit par de nombreuses exactions commises contre la population locale. L’URSS désirant encore se venger du Japon pour la défaite subie lors de la guerre de 1905, Staline entra en guerre contre Tokyo le 9 août 1945. Cette campagne fut de courte durée (étant donné la capitulation du Japon le mois suivant), mais elle permit à l’URSS de reprendre le contrôle du sud de l’île Sakhaline, et précipita le départ des japonais de la péninsule coréenne.

Libérée du joug nippon, la Corée fut divisée en deux zones d’occupation : respectivement soviétique au nord, et américaine au sud, les zones furent établies de part et d’autre du 38ème Parallèle Nord, qui coupe peu ou prou la Corée en son centre. Des plans de réunification ont été dessinés dans les années qui suivirent la capitulation de 1945, mais ont échoué rapidement. Le début de la Guerre Froide, et donc les influences rivales de Washington et Moscou sur la péninsule coréenne ont établi définitivement deux États distincts. Pour diriger le nord communiste, les soviétiques mirent à la tête du Comité provisoire du Peuple un résistant marxiste notoire, et vétéran volontaire de l’Armée Rouge : Kim Il-sung. Inspiré par le modèle stalinien, le leader coréen établit un véritable culte de la personnalité autour de son image, qui s’observe encore aujourd’hui, 75 ans plus tard, dans la personne de son petit-fils Kim Jong-un.

En 1948, alors que le gouvernement de la Corée du Nord est officiellement composé, le pays demeurait dépendant à l’URSS, à la fois du point de vue militaire et politique. Cependant, dès les débuts de la guerre contre le sud en 1950, les premières failles dans cette relation commencèrent à apparaître. Mais si le corps expéditionnaire chinois envoyé en renfort à Pyongyang avoisine alors les 3 millions de soldats, l’engagement soviétique dans le conflit fut plus timide. En plus de l’aide logistique, économique et médicale prodiguée, Moscou détacha également un escadron aérien pour lutter contre les forces alliées. Néanmoins, le Kremlin démentit toute implication directe dans le conflit, et ses pilotes prirent part aux combats sous les bannières chinoises ou nord-coréennes, par peur de déclencher un conflit direct avec l’Occident. Cette frilosité fut la première étape dans la détérioration des relations avec Pyongyang, mais aussi avec Beijing.

Suite à l’armistice de 1953, l’économie nord-coréenne se reconstruisit autour du secteur industriel. En raison de son appui sur les aides financières russes, la jeune République populaire demeura dans l’axe de Moscou, tout en maintenant de bonnes relations avec la Chine, et une posture de neutralité dans la rivalité qui oppose les deux géants communistes. Mais les liens se dénouèrent petit à petit ; la déstalinisation opérée par Nikita Khrouchtchev rentra en confrontation directe avec le modèle nord-coréen, solidement attaché à la figure du leader suprême, en la personne de Kim Il-sung. Pour renverser ce modèle, des nord-coréens prosoviétiques tentèrent de renverser le leader suprême nord-coréen, mais furent purgés du système politique nord-coréen entre 1957 et 1961 (incident de la faction d’août). Pyongyang se distança ainsi peu à peu de l’influence de Moscou, et alla jusqu’à rejoindre le mouvement des pays non-alignés en 1975.

Non-content de ne plus dépendre diplomatiquement de Moscou, le régime de Kim Il-sung adopta également une doctrine différente du marxisme-léninisme soviétique. Cette idéologie, appelée Juche, impose l’indépendance et l’autocratie comme les maîtres-mots du régime nord-coréen. Mélange de maoïsme et de nationalisme, le juche valorise un affranchissement politique de l’URSS et une réunification de la péninsule coréenne, sur un modèle communiste. Avec l’inscription de cette doctrine dans la constitution de Pyongyang en 1972, le pays sortit définitivement du club des États-satellites au Kremlin.

La rupture fut effective à l’issue de la Guerre Froide. L’Union Soviétique, peu avant sa dissolution, reconnut l’indépendance de la Corée du Sud, une trahison complète des valeurs défendues par Pyongyang. Boris Eltsine, premier président de la Fédération de Russie, préféra ainsi se rapprocher de la Corée du Sud, en plein essor économique (Séoul rejoignit officiellement l’OCDE en 1996). Dans un désir de trancher net avec la période soviétique, la Fédération entreprit de fortement diminuer les aides associées à la République populaire. Ainsi, lorsque Vladimir Poutine arrive au pouvoir en 1999, le régime autarcique de Corée du Nord et la Russie affaiblie par la crise économique de 1998 n’entretenaient que peu de liens. Il fallut attendre encore plus d’une décennie avant que l’alliance ne soit formellement rétablie.

Vladimir Poutine et Kim Jong-un : les deux leaders responsables du rapprochement

Dès son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine chercha à se rapprocher progressivement de la Corée du Nord. Cette décision répondait ainsi aux défis qu’a rencontré la jeune Fédération au cours de ses premières années. Trois phénomènes en particulier ont grandement affaibli le prestige international de la Russie, à cette époque.

Tout d’abord, les nombreux conflits post-soviétiques, ayant eu lieu dans diverses anciennes républiques de l’Union, ébranlèrent la fragile cohésion de l’ancien empire russe. Bien que Moscou soit parvenu, dans l’ensemble, à triompher à l’issue de ces affrontements, le Kremlin paya un lourd tribut afin de conserver son aire d’influence. La première guerre de Tchétchénie (1994-1996) vit ainsi les séparatistes du Caucase mettre en échec les forces russes, pourtant plus nombreuses et mieux équipées. A cela s’est ajouté la violente crise économique qu’a traversé la Russie, qui perdit l’équivalent de 40% de son PIB entre 1989 et 1996. Ayant frôlé la banqueroute à l’été 1998, en raison d’une mauvaise gestion macroéconomique et de l’instabilité des marchés financiers postcommunistes, la Russie ne parvint à redresser son économie qu’avec l’aide de la communauté internationale. Enfin, la perte d’influence sur les anciens pays du bloc de l’Est, qui culmina par l’adhésion de trois d’entre elles (la Hongrie, la République Tchèque et la Pologne) à l’OTAN en 1999. Ces facteurs forcèrent un violent recul de l’influence russe en Europe, et la remirent en opposition directe avec l’Occident. Dès lors, le pays décida de se tourner vers son autre sphère d’influence, en Asie, afin de restaurer son prestige international.

En juillet 2000, le président russe rendit visite à Kim Jong-il, fils et héritier de Kim Il-sung mort quelques années auparavant. L’objectif du Kremlin était donc de renouer les liens avec ce vieil allié, là où la Corée du Nord y vit une opportunité de sortir peu à peu de son autarcie diplomatique, voire de retrouver l’aide économique russe. La seconde moitié des années 90 avait été marquée par une famine importante en Corée, en partie causée par l’arrêt des aides soviétiques. L’intérêt du renouveau des relations, politique pour les russes, mais aussi économique pour les nord-coréens, motiva ainsi les deux pays à se rapprocher de nouveau.

Cependant, la Russie conserva un certain recul vis-à-vis de la Corée du Nord. Séoul demeurait un partenaire commercial important de Moscou, notamment pour les exportations énergétiques, jusqu’à très récemment. Dans les 5 premiers mois du conflit ukrainien (février-juillet 2022), la Corée du Sud importa l’équivalent de 1,5 milliards de dollars en énergies fossiles russes, principalement du pétrole. De même, Vladimir Poutine prit partie contre le programme nucléaire nord-coréen à deux reprises : en 2006 (résolution 1718 de l’ONU) et en 2009 (résolution 1874), la Russie approuva les sanctions internationales contre la Corée du Nord, désireuse de limiter la dissémination nucléaire en Asie. Enfin et surtout, la faible production économique et industrielle nord-coréenne ne lui permettait pas de rembourser les nombreux emprunts au Kremlin, générant une dette de près de 11 milliards de dollars en 2011. La Russie maintenait donc une relation cordiale avec son voisin coréen, sans pour autant s’investir pleinement dans cette alliance renaissante.

Néanmoins, l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un, qui succéda à son père Kim Jong-il en 2011, contribua fortement à redémarrer l’alliance russe. Kim Jong-un, qui a compris l’importance des relations avec la Russie et la Chine afin de sortir de son isolement diplomatique et de réunifier la Corée, se rapprocha immédiatement de ses deux voisins après son arrivée au pouvoir. En 2012, la dette nord-coréenne à la Russie fut exonérée à 90%, et le nouveau leader suprême coréen remit petit à petit en question les principes du Juche instaurés par son grand-père. Même si Beijing reste le principal partenaire de la Corée du Nord, tant sur le plan commercial que diplomatique (près de 97% des échanges commerciaux de Pyongyang sont réalisés avec la Chine), Kim Jong-un passa les années 2010 à faire la cour à la Russie de Vladimir Poutine, dont la relation de plus en plus conflictuelle avec l’Occident le poussait à envisager une alliance plus sérieuse avec ses partenaires asiatiques.

Finalement, c’est à partir de 2022 et du début des hostilités en Ukraine que cette relation prit tout son sens, de par un intérêt mutuel à tirer profit d’une situation géopolitique toujours plus complexe.

Le renouveau de 2022 et 2023

Depuis 2022, les relations entre la Corée du Nord et la Russie semblent connaître un nouveau souffle, marquées par plusieurs développements significatifs (rencontres, accords…). La reprise du trafic ferroviaire en novembre 2022 avait notamment permis la consolidation des liens économico-culturels, illustrée par l’envoi de chevaux pur-sang (race trotteur Ortlov) en Corée du Nord, renforçant ainsi les passifs culturels entre les deux nations. Les échanges russo-coréens ne semblent néanmoins pas s’arrêter à des échanges équestres. En effet, les États-Unis ont accusé en décembre 2022, la Corée du Nord d’avoir vendu des missiles balistiques au groupe Wagner pour ses opérations en Ukraine. Le porte-parole de la Maison Blanche pour la sécurité nationale, John Kirby, avait déclaré : «nous pouvons confirmer que la Corée du Nord a finalisé une première livraison d’armes à Wagner, qui a payé cet équipement». Il annonça ensuite que «les États-Unis {allez} renforcer les sanctions contre Wagner suite à la vente par la Corée du Nord de roquettes et de missiles d’infanterie au groupe le mois dernier, en violation des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU».

En parallèle, plusieurs rencontres ont eu lieu, telle que la visite officielle du chef d’État nord-coréen dans l’Extrême-Orient russe en septembre 2023. Il s’agissait de la première tournée officielle de Kim Jong-Un depuis plus de quatre ans. Le média Interfax avait rapporté l’information que le train du dirigeant suprême de la république de Corée était arrivé de Pyongyang, le 12 septembre. Cette visite d’Etat s’inscrit dans ce contexte de rapprochement entre les deux pays, au moment même où la Russie est plus que jamais ostracisée par la communauté internationale occidentale. Les deux chefs d’État se sont rencontrés au cosmodrome de Vostochny (au sud-est de la Sibérie près de la petite ville de Tsiolkovski), où Vladimir Poutine a offert à son homologue un fusil de fabrication russe «de la plus haute qualité», selon le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov. Au cours de son voyage dans l’Extrême Orient russe, Kim Jong-Un a visité plusieurs infrastructures d’armement russes, comme par exemple une usine d’avion de chasse. L’agence de presse nord-coréenne KCNA n’a pas manqué de décrire l’atmosphère de la visite comme «fervente et chaleureuse» avant de déclarer qu’une «nouvelle ère d’amitié, de solidarité et de coopération» s’ouvrait entre la Corée du Nord et la Russie.

Bien que Dmitri Peskov ait déclaré «qu’aucun accord [n’avait] été signé et qu’il [n’était] pas prévu d’en signer», cette visite illustre le rapprochement en cours de ses deux puissances déjà historiquement, culturellement et géographiquement proches. Du point de vue occidental, cette visite met en perspective le virage qu’affirme la diplomatie russe en se tournant un peu plus vers l’Asie. Selon le média indépendant The Moscow Times, le Kremlin serait intéressé par l’achat de munitions nord-coréennes pour poursuivre les combats en Ukraine, tandis que Pyongyang souhaite l’aide de la Russie pour un secours alimentaire, ainsi que pour développer son programme spatial de missiles condamné au niveau international.

Dans la même ligne, la rencontre en novembre 2023 entre le Premier ministre nord-coréen Kim Tok Hun et le ministre russe des Ressources naturelles, Alexander Kozlov, soulignent un peu plus cette volonté de coopération économique approfondie. Les discussions engagées portaient sur l’exploitation conjointe des ressources naturelles, en particulier des métaux et minéraux essentiels, malgré les défis historiques liés aux sanctions et aux tensions inter-coréennes.

Selon le média indépendant The Moscow Times, les domaines potentiels de coopération incluent l’uranium, le lithium et le minerai de fer, soulevant des préoccupations internationales, notamment de la part des États-Unis. L’aspect pratique de la mise en œuvre d’une coopération économique concrète reste semé d’embûches, notamment en raison du manque de transparence nord-coréen et des difficultés pour obtenir des informations sur le pays. Néanmoins, la Russie persiste dans ses propositions de coopération économique, suggérant une confiance en la viabilité de cette collaboration.

Cette coopération dans le domaine des ressources naturelles comporte des risques, notamment en termes de sanctions et de relations avec les partenaires commerciaux étrangers. Comme le rapporte le World Economic Forum, les ressources naturelles sont devenues une réelle arme géopolitique. Les liens politiques croissants entre Moscou et Pyongyang sont contrebalancés par les défis pratiques de cette coopération (opinions publiques et internationales…).

Néanmoins, la déclaration récente de l’Agence centrale de presse coréenne relayée par The Moscow Time le 14 janvier 2024, illustre le rapprochement effectif des deux États : «Choe Son Hui, ministre des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée, effectuera une visite officielle en Fédération de Russie du 15 au 17 janvier [2024] à l’invitation de son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov».

Au cours de la visite, divers sujets ont été abordés. Tout d’abord, du point de vue scientifique, les diplomates firent le bilan de quelques mois de coopération à la suite du voyage de Kim Jong-un, en septembre. Le Kremlin a réaffirmé sa volonté d’étendre cette coopération spatiale, et de poursuivre ses livraisons à la République démocratique, ce qui risque de fortement déplaire à la Corée du Sud. En novembre 2023, Pyongyang avait lancé son premier satellite-espion (Malligyong-1), capable de surveiller les Etats-Unis, le Japon, mais aussi et surtout Séoul ; si d’autres lancements ont lieu à l’avenir, surtout avec l’appui du Kremlin, les tensions déjà hautes en Asie de l’Est n’en seront que plus exacerbées.

D’ailleurs, la question des tensions internationales fut aussi un des aspects importants des échanges. La Russie, comme pour la Chine et Taïwan, est partisane d’une réunification de la Corée, par des moyens pacifiques. Bien que Moscou ait placé la République de Corée sur sa liste des Etats «hostiles», les deux nations maintiennent des échanges commerciaux importants. Ainsi, s’il est certain que Vladimir Poutine est en meilleurs termes avec la Corée du Nord que Séoul, il est très peu probable que la Russie soutienne des affrontements intra-coréens directs, et le réel ennemi demeure à ses yeux l’occident. Selon Sergueï Lavrov, ce sont «les tentatives de la part des Etats-Unis et ses alliés à créer des formats fermés, sur une logique de blocs, et d’étendre les infrastructures de l’OTAN» qui affaiblissent les efforts de paix dans l’Extrême-Orient. Là où les nord-coréens fournissent du matériel militaire à la Russie dans le cadre des affrontements en Ukraine, Moscou renvoie l’ascenseur en défendant les intérêts de Pyongyang face à l’Occident.

Si cette alliance repose donc, de fait, sur un intérêt commun à s’opposer à l’occident, il ne faut pas pour autant sous-estimer l’influence culturelle dans ce domaine. Comme rappelé plus tôt, les échanges russo-nord-coréens se concentrent souvent sur l’action culturelle, comme le ministre des Affaires étrangères russe l’a rappelé le 16 janvier. Sergueï Lavrov a remercié la visite de Kim Il-guk, ministre nord-coréen de la Culture Physique et du Sport, au forum international du sport, tenu à Perm en octobre dernier. N’oublions pas aussi la présence des nord-coréens, le mois suivant, au Forum Culturel International de Saint-Pétersbourg : les deux pays éprouvent une réelle affection pour leurs cultures respectives, qui dépasse le simple cadre intéressé des relations géopolitiques. Si leur relation doit donc se cimenter, il y a fort à parier qu’en plus de l’axe économique à développer, la coopération culturelle peut réellement contribuer à assurer la pérennité de leur alliance.

La Corée du Nord continue d’avoir pour plus proche allié la Chine. Cependant, dans un contexte international changeant, et tandis que les rivalités entre les grandes puissances augmentent fortement, le rapprochement entre Pyongyang et le régime de Vladimir Poutine après quelques décennies de froideur n’est pas à prendre à la légère. La Russie a tout intérêt à s’allier avec des pays tels que la Chine et la Corée du Nord, qui exercent des pressions sur le rival occidental, même si elle ne compte pas forcément inciter à une guerre ouverte en Asie de l’Est. Quant à la Corée du Nord, la sortie de son autarcie politique lui permet de se développer plus rapidement, mais aussi de trouver de nouveaux alliés pouvant peser dans la balance, dans le cadre de sa rivalité avec le sud.

Cette relation repose principalement, comme mentionné, sur une volonté d’aide mutuelle, et obéit au vieil adage «l’ennemi de mon ennemi est mon ami». Mais il n’est pas certain que cette alliance soit pérenne, dans le cas où la Russie ne soutiendrait pas plus en avant les efforts de réunification coréen au nom de Pyongyang, ou si une guerre venait à éclater dans la péninsule. Si les deux nations veulent rester alliées, il est probable que des concessions soient nécessaires des deux côtés, et que leur coopération dépasse le simple cadre conflictuel ; les échanges économiques, scientifiques mais aussi et surtout culturels, vont alors jouer un rôle précieux afin de maintenir cette relation intacte.

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