Casques bleus
Conflits
Liban
Nations Unies

Guerre au Liban : La FINUL endeuillée et fragilisée

Publié le 22/04/2026
6 min de lecture
Par Nans AMAIL
Monde
Tour de guet de l'ONU, source : pixabay - FreeToUseSounds

Tour de guet de l'ONU, source : pixabay - FreeToUseSounds

Le 18 avril 2026, le sergent-chef Florian Montorio, du 17ème régiment du génie parachutiste de Montauban, était tué dans la région de Deir-Kifa, au sud du Liban. En mission d’ouverture d’itinéraire vers un poste de la FINUL isolé depuis plusieurs jours par les combats, il a été pris dans une embuscade et touché par un tir direct à arme légère. Trois de ses camarades ont été blessés, dont deux grièvement. Le président Macron a attribué la responsabilité de l’attaque au Hezbollah, lequel a démenti toute implication. La FINUL a ouvert une enquête pour ce qui pourrait constituer des crimes de guerre au regard du droit international humanitaire.

Cet incident s’inscrit dans une série de pertes particulièrement lourdes sur une courte période. Les 29 et 30 mars 2026, trois Casques bleus indonésiens avaient été tués en moins de vingt-quatre heures : un premier à son poste à Ett-Taibe, touché par un projectile d’origine non établie ; deux autres dans l’explosion de leur véhicule logistique près de Bani Hayyan. Le bilan de ces dernières semaines porte à au moins six le nombre de membres de la FINUL tués, victimes d’acteurs dont l’identification reste, dans plusieurs cas, sujette à enquête. Suite à ces incidents, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a demandé la tenue d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, qualifiant ces attaques d’« inacceptables et injustifiables ».

Ces événements rappellent que la FINUL a historiquement été exposée aux agissements de l’ensemble des parties présentes dans le sud du Liban. En juillet 2006, quatre Casques bleus périssaient dans la destruction de leur poste par une frappe israélienne. Plus récemment, en octobre 2024, lors de l’invasion israélienne du Liban, plusieurs soldats de la Force avaient été blessés par des tirs de l’armée israélienne sur leurs positions, un char Merkava ayant par ailleurs pénétré de force dans un camp de la FINUL. De 1978 à 2025, 339 membres de la Force sont décédés en service, au titre d’actes malveillants ou d’accidents.

Genèse et limites structurelles de la Force Intérimaire des nations Unies au Liban

La Force intérimaire des Nations Unies au Liban a été créée en mars 1978 par les résolutions 425 et 426 du Conseil de sécurité, à la suite de l’opération israélienne « Litani » dans le sud du Liban. Déployée initialement avec 4 000 hommes sur 650 km², sa mission était de confirmer le retrait des forces israéliennes et de rétablir la paix dans la zone frontalière. La qualification « d’intérimaire » dans son nom reflétait alors un caractère supposément temporaire qui ne s’est jamais concrétisé.

La guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah a profondément reconfiguré la mission. La résolution 1701 du Conseil de sécurité a porté les effectifs autorisés à 15 000 militaires et élargi le mandat à l’appui du déploiement de l’armée libanaise au sud du Litani, ainsi qu’à la surveillance du respect du cessez-le-feu. Cette résolution constitue encore aujourd’hui le cadre juridique de référence de la FINUL.

Son mandat comporte toutefois une limite fondamentale : il n’impose pas à la Force de faire respecter les dispositions de la résolution 1701, mais seulement d’en surveiller l’application et d’en rendre compte au Conseil de sécurité. La FINUL ne dispose pas d’appui aérien à vocation dissuasive, ni de la capacité de pénétrer des propriétés privées sans l’accord des autorités libanaises. Cette architecture de mandat place la Force dans une position d’observateur armé plutôt que d’acteur coercitif, ce qui explique en partie les critiques récurrentes formulées à son égard par les différentes parties. Israël lui reproche de ne pas procéder au désarmement du Hezbollah ; le Hezbollah conteste sa présence dans la zone.

Retrait programmé et montée des violences contre le personnel onusien

Le 28 août 2025, le Conseil de sécurité adoptait à l’unanimité la résolution 2790, prorogeant le mandat de la FINUL jusqu’au 31 décembre 2026, avant l’entame d’un retrait progressif s’étalant sur une année. Le texte, présenté par la France, précise explicitement qu’il s’agit d’une « dernière prorogation ». Plusieurs délégations ont néanmoins exprimé des réserves, jugeant ce calendrier prématuré au regard d’une situation qualifiée de « volatile » dans une région du monde effectivement instable. Néanmoins, la FINUL avait déjà commencé à réduire une partie de ses effectifs fin 2025, en raison de contraintes budgétaires affectant l’ensemble des opérations de maintien de la paix de l’ONU.

C’est dans ce contexte de désengagement progressif que surviennent les incidents meurtriers de mars et avril 2026. La concomitance entre le retrait institutionnel de la Force et l’aggravation des violences sur le terrain pose la question de la viabilité d’une transition sécuritaire reposant sur les seules forces armées libanaises dans une zone où l’instabilité demeure structurelle.

Cette question s’inscrit par ailleurs dans une dynamique régionale plus préoccupante : la dégradation généralisée de la sécurité du personnel des Nations Unies au Moyen-Orient. À Gaza, le commissaire général de l’UNRWA Philippe Lazzarini a dénoncé un mépris flagrant pour la mission des Nations Unies, relevant que plus de 400 employés de l’agence avaient été tués en 2 ans, ce qui constitue le bilan le plus lourd jamais enregistré pour le personnel onusien au cours d’un conflit. Des centaines d’installations ont été frappées, des agents détenus et maltraités.

En octobre 2024, le secrétaire général António Guterres s’était vu interdire d’entrée sur le territoire israélien. Ces éléments illustrent une tendance à l’érosion des protections garanties au personnel des Nations Unies par le droit international, en particulier la Convention sur la sécurité du personnel de l’ONU de 1994.

Le retrait définitif de la FINUL en 2027 mettra un terme à l’une des plus longues opérations de maintien de la paix de l’histoire des Nations Unies. Si l’efficacité de la Force a souvent été débattue, sa présence a constitué pendant près de cinq décennies un mécanisme de surveillance internationale dans une zone de contact particulièrement sensible. Les incidents récents, survenus précisément au moment où s’engage le processus de désengagement, interrogent la capacité des mécanismes alternatifs envisagés à assurer une continuité minimale de stabilité dans le sud du Liban.

À propos de l'auteur

Photo de Nans AMAIL

Nans AMAIL

Nans Amail est étudiant en Master de Relations Internationales, Sécurité et Défense. Passionné par la diplomatie multilatérale et le rôle des organisations internationales, il se spécialise dans l’étude des Nations Unies face aux menaces contemporaines et hybrides. Au sein d’EURASIAPEACE, il analyse l’évolution des formes de conflictualité et la capacité d’adaptation des institutions onusiennes.

Auteur vérifié

Articles à lire dans cette rubrique

Humanitaire
Iran
+ 1
il y a un mois
En savoir plus
Cuba
Etats-Unis
+ 2
il y a 2 mois
En savoir plus
Humanitaire
Nations Unies
+ 1
il y a 2 mois
En savoir plus
Diplomatie
Etats-Unis
+ 1
il y a 3 mois
En savoir plus
Restez informé !

Recevez notre newsletter 4 à 5 fois par mois et restez en connexion avec l'actualité internationale.

  • Analyses mensuelles thématiques exclusives
  • Décryptage des enjeux mondiaux
  • Désabonnement facile à tout moment
Newsletter

Cultivez-vous et montez en compétences !
Recevez en exclusivité nos dernières parutions et nos offres de formation.

En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir nos emails.
Désabonnement en un clic